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Environnement - Si Montréal devenait une réserve de la biosphère...

« On a ajouté 700 000 voitures depuis 10 ans dans la région de Montréal »

24 septembre 2011 | Catherine Lalonde | Montréal
Est-il possible de développer une ville écologique? De rêver un Grand Montréal plus vert? Un des trois axes cruciaux du Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) est celui de l'environnement. Un volet essentiel, urgent même, selon les acteurs écologiques, car la Communauté métropolitaine de Montréal a besoin d'un élan pour rattraper, face aux autres métropoles, son retard. Zoom sur ce plan vert.

Le chapitre environnement du PMAD veut penser un Grand Montréal à l'environnement protégé, bien mis en valeur et digne de la fierté de ses résidants. Ce n'est pas peu. D'ici 2031, les objectifs sont donc de maintenir le couvert forestier dans les bois métropolitains; de protéger les rives, les plans d'eau et les milieux humides du Grand Montréal; de protéger les paysages d'intérêt métropolitain; de protéger aussi le patrimoine bâti métropolitain; et, finalement, de mettre en valeur tous les paysages de Montréal, naturels, bâtis ou patrimoniaux, pour une utilisation récréotouristique.

Renforcer les densités

Rien ne se perd, rien ne se crée et tout se tisse: la réussite de ces visées écologiques est étroitement liée à l'atteinte des objectifs d'aménagement et de transport du PMAD, comme le rappellent les joueurs écologiques. «Au plan des changements climatiques, explique Karel Mayrand, directeur général au Québec de la Fondation David-Suzuki, le Québec cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Mais c'est impossible de les réduire de 80 % d'ici 2050, comme les scientifiques nous le demandent, si on ne s'attaque pas au couple transport-aménagement urbain. On est dans un cul-de-sac actuellement en transport, et ce n'est pas juste les infrastructures vieillissantes qui nous minent. On a ajouté

700 000 voitures depuis 10 ans dans la région de Montréal. Ça n'a plus de bon sens. Il faut mettre un terme à l'étalement urbain et renforcer les pôles de densité pour le transport collectif.»

L'autre aspect cher à la Fondation Suzuki est la protection de la biodiversité. «On oublie souvent que la plus grande biodiversité au Québec ne se trouve ni dans la forêt boréale, ni en Gaspésie, mais dans le sud-ouest de la province», où se situe, contre toute attente, Montréal. «Là où trois millions de personnes vivent: on reste dans la nature. C'est pourquoi, à la Fondation Suzuki, on dit que la dichotomie ville-nature est fausse, poursuit M. Mayrand. Par contre, c'est dans cette même région qu'on trouve le plus grand nombre d'espèces menacées, à cause de l'étalement urbain. On perd 1,8 % des milieux naturels du Grand Montréal chaque année — ça veut dire 36 % de moins en 20 ans. On a atteint les seuils critiques. On est juste au bord du déclin irréversible. Là-dessus, à Montréal, on est en retard.» Et, pour contrer l'étalement urbain, la densification des pôles de transport est nécessaire.

Aller plus loin encore


L'organisation Équiterre est engagée depuis des années déjà dans les questions du transport, de la réduction des gaz à effet de serre et de la souveraineté alimentaire. Elle appuie aussi les orientations écologiques du PMAD. «On y trouve de belles actions et des idées intéressantes, explique Guillaume Plamondon, écoconseiller et chargé de projets en énergie et transport. Mais nous, on suggère de pousser plus loin certains points. Par exemple, le PMAD vise à rejoindre 40 % des nouveaux ménages pour les con-vaincre de s'installer dans des lieux plus denses [dans les pôles de Transit-Oriented Developement, ou TOD] qui permettent le transport. On suggère de viser plutôt 60 % des ménages. Par ailleurs, le PMAD cherche à augmenter de 6 % l'agriculture sur les terres en zones déjà agricoles. On ne parle pas ici de 6 % d'augmentation de la zone agricole, mais d'une augmentation de tout ce qui est cultivé sur 100 % de la zone agricole. Ce n'est pas beaucoup. Pour nous, ce n'est pas suffisant: il faudrait conserver le zonage agricole actuel et faire un moratoire d'au moins 20 ans sur le dézonage.»

Si Guillaume Plamondon prône ses arguments, c'est que «la Communauté métropolitaine de Montréal regroupe tout de même 82 municipalités: elle doit composer avec plusieurs intérêts, dont ceux de la banlieue nord et ceux des promoteurs immobiliers qui ne veulent que faire du dézonage. C'est pour ça qu'on est là. Pour rappeler qu'il ne faut pas que les efforts écologiques soient réduits.»

« On est mûr »

Est-il utopique de rêver une ville écologique? Selon Karel Mayrand, de la Fondation Suzuki, absolument pas. L'homme arrivait tout juste, lors de l'entrevue accordée au Devoir, de New York, où il accompagnait, comme conférencier invité, Al Gore pour l'événement écologique «24 heures de réalité». «S'il y a une ville qu'on n'imaginait jamais devenir écologique, c'est bien New York. Les gens s'y promènent à pied et en vélo partout. Il y a des projets de reverdissement à tous les coins, et ce n'est pas l'exemple le plus avancé à l'heure actuelle.»

La Fondation Suzuki aime imaginer que Montréal va rejoindre ces métropoles. Et que le Grand Montréal, pourquoi pas, soit reconnu comme une réserve de la biosphère par l'Unesco. «Je pense qu'on est mûr à Montréal pour penser un grand chantier, pour créer un développement urbain dans le respect de la biodiversité et dans le respect de l'agriculture, pour construire une vraie ceinture verte. On vit dans un archipel d'îles traversé par le fleuve Saint-Laurent et par des rivières, dans un site naturel absolument magnifique, mais on l'oublie parce que la seule fois qu'on voit le fleuve, c'est en traversant les ponts, sur des autoroutes, ou lorsqu'on est dans des quartiers qui nous font sentir loin de la nature.»

Pour se donner des armes face aux arguments économiques et immobiliers, la Fondation Suzuki calcule présentement la valeur de la nature du Grand Montréal. «On a tendance à considérer les réserves et les milieux naturels comme sans valeur, jusqu'à ce qu'on les remblaie et les développe, et qu'ils prennent alors une valeur foncière. On veut contester cette vision. Le milieu naturel produit un ensemble de services qui ont une valeur pour la collectivité.»

Par exemple, les milieux humides agissent comme des éponges lors de fortes pluies, de plus en plus nombreuses avec les changements climatiques, et aident à prévenir les inondations. Entre autres. À Toronto et à Vancouver, cette analyse de la valeur des biens et services écologiques a révélé des chiffres étonnants. «Seulement pour la prévention des inondations et la séquestration du carbone, on atteint un rendement de 3500 $ l'hectare par année. Si on ajoute tous les autres services, à Toronto, la nature rend des services équivalant à deux milliards par année.» De quoi se mettre à compter en billets vraiment verts.
 
 
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