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Guet des mouvements marginaux - Profilage politique à Montréal

Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l'UQAM et sympathisant du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP)  18 juillet 2011  Montréal
Le profilage politique, rarement considéré en Occident, a été discuté en tant qu’attitude discriminatoire des policiers, en fonction de certaines identités politiques, réelles ou perçues. Par ailleurs, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été épinglé pour ce type de discrimination par le Comité des droits de l’homme de l’ONU en 2005 pour sa pratique des arrestations de masse lors de manifestations associées à l’extrême gauche. <br />
Photo : Agence Reuters Christinne Muschi
Le profilage politique, rarement considéré en Occident, a été discuté en tant qu’attitude discriminatoire des policiers, en fonction de certaines identités politiques, réelles ou perçues. Par ailleurs, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été épinglé pour ce type de discrimination par le Comité des droits de l’homme de l’ONU en 2005 pour sa pratique des arrestations de masse lors de manifestations associées à l’extrême gauche.
On apprenait récemment l'existence d'une nouvelle escouade policière à Montréal. Cette information paraît à la suite de l'arrestation, plusieurs semaines après l'événement, de quatre personnes associées au Parti communiste révolutionnaire (PCR) qui auraient bousculé des policiers intervenant contre la manifestation anticapitaliste du 1er mai. La nouvelle escouade a pour acronyme GAMMA et se nomme Guet des activités et des mouvements marginaux et anarchistes. Elle relève de la Division du crime organisé, rien de moins...

Le SPVM et le profilage politique

Avec le GAMMA, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) vient donner raison à qui l'accuse de pratiquer la discrimination politique. Ainsi, au printemps 2010 avait lieu le colloque «Le profilage discriminatoire dans l'espace public: profilage racial, social ou politique» (à la mémoire de l'avocate Natacha Binsse-Masse), organisé par la Ligue des droits et libertés, en partenariat avec le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) et le Service d'aide aux collectivités (SAC) de l'UQAM, qui a permis de réfléchir à trois formes de discrimination policière.

En résumé, le profilage racial désigne la discrimination selon la couleur de la peau ou l'appartenance ethnique, alors que le profilage social désigne la discrimination en fonction du statut socio-économique (personnes itinérantes, prostituées ou consommant des drogues, surtout au centre-ville de Montréal). Ces profilages s'expriment par du harcèlement, de la brutalité et un nombre disproportionné d'arrestations et d'emprisonnements.

Lors de ce colloque, le profilage politique, rarement considéré en Occident, a été discuté en tant qu'attitude discriminatoire des policiers en fonction de certaines identités politiques, réelles ou perçues. Par ailleurs, le SPVM a été épinglé pour ce type de discrimination par le Comité des droits de l'homme de l'ONU en 2005, pour sa pratique des arrestations de masse lors de manifestations associées à l'extrême gauche. Même si l'arrestation de masse s'apparente à un déni des libertés d'assemblée et d'expression, l'enquête publique réclamée par l'ONU n'a jamais eu lieu...

De plus, la requérante du recours collectif dans la cause Engler-Stringer contre la Ville de Montréal, lancé à la suite d'une arrestation de masse en 2003, affirme que le SPVM pratique une «discrimination fondée sur [les] convictions politiques». En s'inspirant de la définition du profilage racial avancée par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, le «profilage politique» est alors défini comme «toute action prise par une ou des personnes d'autorité à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes, pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de protection du public, qui repose sur des facteurs tels l'opinion politique, les convictions politiques, l'allégeance à un groupe politique ou les activités politiques, sans motif réel ou soupçon raisonnable, et qui a pour effet d'exposer la personne à un examen ou à un traitement différent».

Ce qu'en disent les études universitaires

Dans les années 1970, J. A. Frank et Michael Kelly ont publié des études, au sujet de 286 manifestations tenues en Ontario et au Québec entre 1963 et 1975, indiquant que la probabilité de violence policière contre les manifestants est influencée par la façon dont «un groupe revendicateur est [...] perçu par les autorités», c'est-à-dire en fonction de son «statut dans la société». Un groupe risque plus d'être réprimé s'il rejette «les valeurs dominantes» et s'il est considéré comme «communiste» ou «anarchiste». Les groupes sont d'autant plus «vulnérables» à la répression qu'ils n'ont pas de liens institutionnels et organiques avec le pouvoir, ni d'«amis en haut lieu».

En décembre 2010 paraissait une nouvelle étude intitulée Asymmetry in Protest Control? et signée par Patrick Rafail, de l'Université d'État de la Pennsylvanie. Ce sociologue a analysé 1500 manifestations organisées à Vancouver, Toronto et Montréal, pour constater que 14 % des manifestations tenues à Montréal sont la cible d'arrestations et que «la police de Montréal s'en prend systématiquement à certains groupes de contestataires» en raison de leur identité politique, c'est-à-dire en fonction de ce qu'ils sont, et non de ce qu'ils font dans une manifestation. À titre d'exemple, rappelons les propos d'un policier ayant témoigné à un procès à la suite d'une «arrestation préventive» (dixit l'officier André Durocher) d'environ 500 personnes, en 2002, avant même le début d'une manifestation contre une réunion préparatoire du G8.

Selon le juge Massignani (jugement du 23 septembre 2004), l'agent a expliqué qu'il y avait, dans la foule rassemblée, «des drapeaux rouges représentant l'anarchie et des gens à problèmes», ce qui annonçait «un potentiel de violence». Que les drapeaux rouges soient ceux des communistes et non des anarchistes reste ici secondaire; ce témoignage d'un policier, comme plusieurs autres d'ailleurs, indique clairement que les policiers procèdent par amalgame, confondant appartenance idéologique, «gens à problèmes» et violence, ce qui permet de justifier la répression, même «préventive».

Il apparaît évident que le profilage politique est discriminatoire, tout comme ce que pratique le GAMMA, dont l'existence a été dénoncée par Alexandre Popovic, porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP). Selon M. Popovic, avec «l'escouade GAMMA, le SPVM montre son vrai visage: celui d'une police politique qui méprise la liberté d'opinion et le droit à la dissidence».

Une police politique

Le retour d'une police politique n'est pas si surprenant, étant donné que le Canada est maintenant sous le joug d'un gouvernement conservateur majoritaire (et paranoïaque) et que le capitalisme n'en finit plus de produire des injustices et de la misère. Mais si une police politique est discriminatoire selon le droit libéral, le GAMMA l'est même triplement.

Premièrement, le GAMMA discrimine parce qu'il cible en fonction des identités politiques, soit les «marginaux» et les «anarchistes». Mais à quoi reconnaître les «marginaux»: est-ce l'association étudiante du cégep du Vieux-Montréal, mais pas celle du cégep Brébeuf (ou l'ASSÉ, mais pas la FEUQ)? Un groupe maoïste, mais pas un comité adéquiste?

Et quelles sont les «activités» anarchistes qui sont sous surveillance? Le GAMMA espionne-t-il le Salon du livre anarchiste de Montréal? De plus, le GAMMA est discriminatoire de par son nom, qui stigmatise, aux yeux du public et des tribunaux, des citoyens et citoyennes identifiés à des idéologies politiques déviantes, «politiquement incorrectes», voire dangereuses (pour qui?) et potentiellement criminelles.

Enfin, par la menace que représente sa simple existence, le GAMMA participe d'une répression discriminatoire. Combien d'agents infiltrés sont déployés dans les réseaux anarchistes et «marginaux»? Le GAMMA partage-t-il avec d'autres corps policiers ses informations (et ses soupçons) au sujet d'anarchistes et de «marginaux» de Montréal? Ses enquêteurs rendent-ils visite à des employeurs, à des propriétaires de logements et à des parents de «marginaux» et d'«anarchistes» pour leur poser des questions indiscrètes, voire les intimider et les forcer à collaborer?

Puisque le GAMMA relève de la Division du crime organisé, on peut se demander s'il est criminel aujourd'hui à Montréal d'être anarchiste et politiquement «marginal»? Chaque fois qu'il y a police politique, il y a abus et discrimination, alors pourquoi le GAMMA serait-il différent? M. Popovic a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse lui demandant de «faire enquête sur l'escouade GAMMA afin de déterminer si son mandat contrevient aux dispositions de la Charte des droits et libertés de la personne». Espérons que d'autres voix s'élèveront pour protester contre la mise sur pied d'une police politique à Montréal.

***

Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l'UQAM et sympathisant du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP)

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  • Simone Denis - Abonné
    18 juillet 2011 07 h 39
    Guet des mouvements marginaux
    Salut Laurence,
    un article de ton ami Francis Dupuis-Déri.

    Bonne journée.

    Dan
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    18 juillet 2011 08 h 04
    Que ma voix s'élève...
    "Espérons que d'autres voix s'élèveront pour protester contre la mise sur pied d'une police politique à Montréal.''
    À quand une escouade gros BETA pour faire le ménage dans le Service de police ?
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  • SDenault - Inscrit
    18 juillet 2011 10 h 27
    Le Devoir frileux
    On voit bien ici avec la mise en place d'une police de répression de la liberté de manifester qu'on est en train de perdre du terrain quant à nos droits les plus fondamentaux d'être en désaccord avec la façon dont le système marche et le droit de le dire haut et fort. Et il a fallu attendre l'article de Francis Dupuis Déry pour que le Devoir parle de la nouvelle escouade idéologique de la police de Montréal! Ce n'est pas bon signe.
    Je suis très inquiétée par cette escouade et j'ai beaucoup de questions, de qui vient cette idée ? Combien ça coûte tout ça? Comment jugent-ils de la pertinence d'intervenir ou non? Qui guettent-ils? Et enfin, pourquoi, de quoi ont-ils vraiment peur, qui a peur de quoi?
    C'est sûrement pas à cause de deux ou trois vitrines brisées, il y a plus de dommages causées pour une coupe Stanley et on ne s'en fait pas outre mesure.... n'est ce pas?
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  • Nike - Inscrit
    18 juillet 2011 11 h 25
    Un peu de sens critique mes amis.
    Ben Voyons, n'importe qui, qui s'y connait le moindrement en politique sait que les Black Block et autre crétin du genre n'ont rien à voir avoir l'anarchisme.

    Que ce professeur fasse l'apologie de ces mouvements et fasse passer la nouvelle escouade Gamma qui essaie d'épingler de réel criminel me laisse un peu perplexe qu'en t’à son jugement ou ses motivations...
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    18 juillet 2011 12 h 39
    @ Nike
    Je pense que c'est le Hulk qui avait abusé des rayons GAMMA. Le Nike, lui, me laisse un peu perplexe... Ce n'est pas tant sa prose bancale que l'absence de sens critique qui la nourrit... Bref, ne peut probablement pas mieux faire.
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  • Guillaume Mathieu - Inscrit
    18 juillet 2011 13 h 25
    Attention...
    On ne parle pas de black bloc dans l'article, on parle des anarchistes. Certes, certains anarchistes on parfois recourt à la destruction de propriété privée (et attention, ceci n'est pas de la violence, sinon la saisie des avoir de Moubarak devra être considérée violente aussi) parmis la variété d'action qu'ils entreprennent (considérons par exemple le salon du livre anarchiste ou la librairie l'Insoumise). Toutefois, former une équipe d'enquête sur "les anarchistes", est aussi abérrant que de former une équipe d'enquête sur "les partisants du canadiens" ; c'est d'espionner et mettre à sac leur mouvement, plutôt que de faire leur travail de prévention des méfaits, ce qui semble trop demander au policier du SPVM.

    On ne choisit pas ce à quoi l'on croit, mais on peut choisir de le cacher, et si on a à le faire, c'est vraiment signe que la démocratie est en danger ! Si on laisse passer ca, est-ce qu'on va laisser passer une brigade anti-syndicaliste (je suis sur qu'on peut en trouver qui ont fait des méfaits), anti-féministe (encore une fois) ou anti-mouvement étudiant ?
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  • Fontainebleu - Inscrit
    18 juillet 2011 18 h 29
    Un déconnecé...

    On voit bien ici l'opinion d'un prof profondément déconnecté, l'escouade GAMMA n'a rien à foutre de l'opinion d'un tel groupe ou un autre, cela intéresse davantage un universitaire comme le prof Dupuis. En revanche, l'escouade se souci d'épier les manifestants et de porter des accusations lorsqu'ils commettent des gestes ou actes criminel. Maintenant, si, selon lu,i la gang des CASSÉ est plus ciblé qu'un autre groupe, il se devrait davantage se questionner sur leur façon de se comporter lorsqu'ils manifestent. Également, il devrait se questionner sur le genre de démocratie de bas étage (vote à main levé, prise de contrôle des assemblé et des poste de direction par des gens radicaux, peu porté sur la réflexion) que ce groupe défend si fièrement,
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  • SDenault - Inscrit
    19 juillet 2011 00 h 21
    Qui sont les anarchistes ?
    L'escouade GAMMA n'est pas la solution parce que ça va avoir des effets pervers sur les mouvements citoyens. Le peuple n'aime pas sentir qu'il n'ont pas le droit de s'exprimer, surtout les QuébécoisEs.... De plus, Gamma va avoir de la misère à répertorier les gens qui sont des anarchistes ou qui vivent avec certaines des valeurs anarchistes. Tous ce monde ne fait pas nécessairement partie de groupes connus qui se déclarent anarchistes comme tel et même, ils ne s'identifient pas nécessairement comme des anarchistes eux-mêmes même si ils le sont dans le fond! Présentement, il y a plein de monde en opposition avec le système capitaliste d'extrême droite qui prévaut, ces gens là ne sont pas dangereux comme tel, mènent leur vie dans la société et en parallèle, sont créatifs et posent des actions intéressantes, indépendantes et alternatives dans leurs milieux pour améliorer la condition humaine, la leur et celle des autres.

    Je pense qu'avant de profiler les anarchistes, la police aurait avantage à lire sur ce que c'est que l'anarchisme et à se défaire des gros préjugés faciles.. comme, c'est tous des cassés, des enragés, ils sont tous des casseurs de vitrines, .... etc. Je suggère la lecture du livre de Cindy Milstein, Anarchism and its Aspirations à tout le monde qui veulent en savoir plus sur ce que c'est, j'ai beaucoup appris en le lisant.
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