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Brouhaha sur le Plateau

Carl Boileau, Conseiller d'arrondissement du district de De Lorimier dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal  9 septembre 2010  Montréal
Nous sommes bel et bien entrés dans l'ère des communications 2.0 en politique. En effet, quelle ne fut pas ma surprise de voir l'un de mes propos billets sur Facebook mentionné dans le texte «Silence, Montréalais!» paru dans la section «Libre opinion» du Devoir du 3 septembre dernier.

Que l'auteur du texte, Renaud Plante, exporte notre débat né de Facebook sur la place publique est de bonne guerre. Que ce «spécialiste en communication» parle de lui-même à la troisième personne en omettant de mentionner qu'il est le Rosemontois cité dans son article l'est beaucoup moins. Mais bon, la méthode est à l'image de son texte opportuniste.

Car si Renaud Plante inscrit son initiative dans la polémique du moment (à propos de la nouvelle réglementation sur les nuisances sonores dont s'est doté le Plateau-Mont-Royal), il s'agit formellement d'une critique sur la décentralisation des pouvoirs accordés aux arrondissements. Si bien qu'en sourdine, nous y entendons le discours centralisateur de Vision Montréal.

Pourtant, en juin 2008, par l'entremise de son maire dans Ville-Marie, Vision Montréal avait exactement voté les mêmes modifications apportées au règlement sur le bruit de la Ville de Montréal. Concrètement, cela veut dire de faire une distinction entre les personnes morales (entreprises, associations et groupes) et les personnes physiques, afin d'y indexer le montant des amendes en conséquence.

En ce moment, non seulement n'y a-t-il pas eu de tollé médiatique, mais personne n'aura claironné que le centre-ville s'isolait sur lui-même en déclarant la guerre au monde culturel. Deux poids, deux mesures donc. Car, voyez-vous, c'est la tendance lourde du moment: lorsqu'il est question du Plateau Mont-Royal, tout est matière à devenir un débat médiatique et à casser du sucre sur son dos. Qu'à cela ne tienne, je me servirai moi aussi de l'occasion pour, finalement, recentrer l'attention sur les objectifs de notre réglementation.

Rappelons que cette mesure émane originellement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En effet, croulant littéralement sous une avalanche de plaintes concernant le bruit (plus de 3000 plaintes au cours des cinq derniers mois), nos policiers ne suffisent plus à la demande. Ainsi, cette situation touche les patrouilles courantes puisqu'elle nous coûte davantage en heures par personne par mois de travail par nos policiers. Cependant, sur les centaines d'établissements ayant un permis d'alcool dans le quartier, ce n'est qu'une minorité de clubs qui suscite la majorité des plaintes. Malgré des centaines d'avertissements et des dizaines d'amendes aux tenanciers concernés, ces irréductibles délinquants sociaux persistent à défier l'ordre public. Vraisemblablement, les amendes antérieures étaient trop minimes pour avoir un effet dissuasif.

En augmentant radicalement les amendes infligées aux personnes morales, l'objectif est de forcer un dialogue avec les établissements fautifs et faire ainsi respecter l'aspect résidentiel du quartier. Pour les cas à l'extérieur de cette minorité de récidivistes, les policiers ont toujours la discrétion d'imposer une première amende, plus basse, contre une personne physique. Ici, la stratégie du SPVM est donc de chercher la collaboration, puis d'appliquer une gradation dans l'imposition des amendes.

Comprenez bien que notre objectif politique est d'éviter que l'avenue du Mont-Royal, cet axe à vocation mixte au centre socio-économique de notre quartier, ne se change en rue Crescent. Il s'avère en effet que nos bistros traditionnels se transforment graduellement en «discothèques». Subséquemment, en important dans nos rues une faune tapageuse tout droit sortie du film Fast and Furious, ces nouveaux roitelets de la nuit accentuent les incivilités, augmentent le sentiment d'insécurité des citoyens et chassent les résidants de leur quartier. Le but n'est donc pas de transformer le Plateau en quartier-dortoir, voire de s'en prendre à la scène culturelle, mais bien de préserver notre tissu sociologique.

Renaud Plante ne s'est pas donné la peine de comprendre les réels enjeux sociaux avant de soumettre son texte précipité. Et dans ce procès d'intention où il tente d'expliquer la préséance de tous les Montréalais sur les attractions du Plateau, nous décodons que les nuisances sous-jacentes, elles, n'appartiennent qu'aux résidants.

Une société intelligente sait se projeter dans l'avenir et se donne ensuite des moyens d'intervention adéquate pour influer positivement sur son environnement. Devant l'individualisme primaire s'exprimant à travers l'impunité accordée aux nuisances sonores, notre responsabilité d'administration municipale est de ramener un équilibre pour protéger notre milieu de vie. Or, que cela déplaise au «lobby des clubs», aux centralistes de Vision Montréal et autres adeptes du «Plateau bashing», il était de notre devoir politique d'utiliser les moyens à notre disposition.

 
 
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  • André Boulanger
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 09h00
    Le «ALL YOU CAN HEAR» Ca va faire !
    On demande la tolérance d’un côté mais on refuse la modération de l’autre.

    Pourquoi est-ce toujours ceux qui dérangent les autres qui doivent avoir le droit de s’exprimer à tout prix et à tout décibel ?

    Près de chez moi, il y un bar de quartier très correct. Tous les soirs les clients stationnent dans la ruelle même si c’est interdit. On tolère. Des clients viennent pisser, baiser et ch… dans la ruelle. On vit avec. Le matin, des centaines de mégots sont là écrasés sur le trottoir. Ca fait partie du charme du coin.
    Ce bar est très correct et personne ne fait appel au 911 pour se plaindre.

    L’ajustement de règlementation de l’administration de Projet Montréal vise essentiellement les bars qui se foutent de la gueule de tout le monde en jouant du décibel à outrance.

    Ce sont les abuseurs qui attirent les applications abusives. Que ceux qui ne sont pas concernés par cette réglementation retournent téter leurs bières, personne ne va les déranger.

  • Guillaume L'altermontréaliste
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 09h37
    Trouver les bonnes sollutions au problème
    Merci Carl d'aborder le sujet du bruit ; j'espère que le débat continuera sur ce blogue.

    Mon but ici n'est pas de faire du "Plateau bashing" ou de tomber dans la partisannerie ; il s'agit d'identifier les irritants et tenter d'y trouver des solutions pour qu'un maximum de citoyen nes soient satisfaits.

    J'apprends rien à personne en disant que le Plateau, au fil des années, a attiré plusieurs bars et salles culturelles ; malgré la création du quartier des spectacles, le Plateau demeure un pôle culturel, et je trouve que c'est très bien ainsi. Je tiens à appuyer l'industrie du spectacle, spécialement la scène underground qui existe sur le Plateau ; je ne dis pas que vous ne l'appuyez pas non plus, et vous avez l'occasion aujourd'hui de l'affirmer ou de le réitérer. Aussi, je vous appuierai vigoureusement si vous demandez que la Ville de Montréal agrandisse son équipe d'inspecteurs du bruit pour qu'ils soient plus que 2.

    Mais contrairement aux bruits d'avions, de Harley ou de tondeuses, je crois qu'il faut être plus que permissifs pour ce que est des salles culturelles : il faut planifier ces activités pour amoindrir le effets néfastes de ce bruit.

    Je crois que nous identifions 2 aspects du problème : le bruit de cette "faune tapageuse", spécifiquement à l'heure de fermeture des bars, et la géographie / zonage de ces activités.

    Serait-t-il souhaitable que le Plateau se dote d'un secteur ou d'un axe zoné culturel, créé sa version de Crescent loin des secteurs résidentiels ; je crois que oui. Le Plateau a le potentiel de devenir ce que Lapa est pour Rio de Janeiro.

    Pour ce qui est du brouhaha à la fermeture des bars entre 3am et 4am, je crois que tous seraient gagnants si les bars fermaient plutot vers 8am (et l'alternative à l'alcoolisme au volant, le transport en commun, serait plus praticable). Le bruit dérangerait à un moins pire moment.

    Continuons le débat ici dans le but de trouver les meilleures solutions.

    Guillaume Blo

  • Renaud Plante
    Abonné
    jeudi 9 septembre 2010 10h04
    Réflexion intéressante
    Toujours intéressant de constater qu'un conseiller municipal qui a 2 comptes Facebook, 2 comptes Twitter et un blog se surprenne de l'utilisation du web 2.0...

    Voilà un texte de fond beaucoup sur un ton beaucoup plus reposé :
    http://www.cyberpresse.ca/place-publique/opinions/

  • Renaud Plante
    Abonné
    jeudi 9 septembre 2010 10h20
    Le programme de Projet Montréal
    M Boileau nous enseigne que dans mon texte, je prône une centralisation au détriment des arrondissements.

    «Car si Renaud Plante inscrit son initiative dans la polémique du moment (à propos de la nouvelle réglementation sur les nuisances sonores dont s'est doté le Plateau-Mont-Royal), il s'agit formellement d'une critique sur la décentralisation des pouvoirs accordés aux arrondissements. Si bien qu'en sourdine, nous y entendons le discours centralisateur de Vision Montréal.»

    Voilà ce que le programme de son parti écrit sur la question :

    « Abolir le poste de mairie d’arrondissement, qui est l’expression politique et institutionnelle du démantèlement de Montréal, de sa transformation en l’équivalent de 19 villes dirigées chacune par un baron local. À partir de l’élection 2009, suite aux modifications à la Charte de la Ville apportée par la Loi 22, le maire de Montréal deviendra aussi le maire de l’arrondissement Ville-Marie, ce qui constitue un aveu implicite que les mairies d’arrondissement furent une erreur. Il restera encore à ce moment 18 maires et mairesses de trop à Montréal. [...] De manière générale, dépasser la politique partisane afin de coordonner l’action des élus des arrondissements voisins.»

    Il aurait été souhaitable que le Conseiller Boileau lise le programme de son parti avant d'en porter les couleurs.

  • POURLENVIRONNEMENTSONORE
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 16h11
    POLLUTION SONORE : UNE QUESTION DE SANTÉ ET DE QUALITÉ DE VIE
    Un règlement pas si mal contre le bruit existe à Montréal depuis un bon moment. De la même manière qu’un automobiliste n’est "pas" autorisé à pousser à plein volume son système de son (section II-6) comme cela arrive trop souvent, aucun commerce n’est autorisé à assommer le voisinage par sa musique (section III-9). Il n’y avait pas eu jusqu’ici de volonté de faire respecter la réglementation. Quand le conseil d’arrondissement du Plateau fait aujourd’hui œuvre de pionnier et donne l'exemple au Québec entier, des voix crient à la répression ou nient le problème.
    Un chiffre : une hausse des consultations de 150% pour des problèmes d’audition chez les 25-27 ans en 10 ans. Une kyrielle d’effets majeurs sur la santé existe, parmi lesquels une contribution significative à l’augmentation des "maladies cardio-vasculaires". C’est de santé publique qu’il s’agit.
    La vie nocturne, c’est bien beau mais que s’y adonne qui veut sans manquer de civisme. En outre, Il n’est pas vrai qu’il faille se défoncer les tympans pour avoir du plaisir et s’amuser. Cette équation qu’on voudrait voir s’installer dans la culture, il faut en dénoncer la dangereuse logique. Les élus du Plateau augmentent des amendes dérisoires qui jusqu’à présent donnaient lieu à de multiples récidives et à un refus de corriger la situation. Si en même temps que l’on protège la quiétude du voisinage, on incite les propriétaires de bars à baisser le volume de manière à protéger les tympans de ceux qui les fréquentent, tant mieux. On ne peut plus faire comme si un sérieux problème de pollution sonore n’existait pas au Québec. Et contrairement à ceux qui agitent des épouvantails pour nier le problème ou prédisent la fermeture de tous les bars comme lorsqu'on a décidé qu'il ne serait plus question qu'on y fume, à baisser le volume, on ne s’en portera que mieux, créativité et plaisir compris !

    Patrick Leclerc,

  • POURLENVIRONNEMENTSONORE
    Inscrit
    jeudi 9 septembre 2010 17h57
    UN RÉVEIL COLLECTIF POSSIBLE ?
    J'ai oublié de mentionner quelque chose dans ma contribution précédente. C'est parce que je considère la pollution sonore comme un problème tout à fait criant que j'ai fondé le "Regroupement québécois contre le bruit excessif". Je ne me fais pas d'illusion. Ce ne sera pas facile tellement le problème est aigu, mais ensemble nous y pouvons peut-être quelque chose. Un réveil collectif m'apparaît nécessaire. Nos milieux de vie et notre santé en valent la peine.

    Patrick Leclerc

  • pilac
    Inscrit
    samedi 11 septembre 2010 11h16
    À fond la caisse
    Monsieur Boileau,

    J'adhère entièrement à votre lutte pour la réduction de la pollution sonore qui n'a eu de cesse d'augmenter de façon anarchique au fil des décennies dans les rues de Montréal. Il est à peu près temps que les élus viennent au secours des citoyens résidents qui ne demandent rien d'autre que de pouvoir vivre et élever leurs familles dans un environnement sain et de qualité.

    À défaut de légiférer pour réduire le bruit assourdissant des enceintes acoustiques qui dynamitent les tympans tout en faisant trembler les carreaux de fenêtres du quartier, il ne restera plus aux citoyens qu'à aller grossir les banlieues motorisées avant de devenir timbré.

    Ceux qui ont les moyens de quitter ces zones de guerre sonores pour aller s'établir ailleurs ont de la chance. Mais que dire de tous ceux qui, faute de ressources, doivent se résigner à voir leur terminaisons nerveuses s'émietter? Après le supplice chinois de la goutte, celui de la note qui s'enfonce coup après coup dans l'oreille est aussi efficace que destructeur.

    Quand on a à cœur de faire de son milieu de vie un espace propice au développement humain, on n'a d'autre choix que de s'attaquer aux pollutions, d'où qu'elles proviennent. Le trop plein de voitures, de décibels et d'irritants de touts sortes, tout comme le manque de respect à l'égard des citoyens qui ont le droit de revendiquer un environnement décent font en sorte que vous devez imposer des limites à ne pas franchir. La liberté des uns s'arrête ou commence celle des autres. Bravo pour votre règlementation et surtout, allez-y à fond la caisse.

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