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    La STM pourrait devoir verser 2,5 millions à la firme de Bouchard

    Le cabinet de l'ex-premier ministre a facturé 2,7 millions à l'UQAM pour régler le dossier de l'îlot Voyageur

    11 mars 2010 |Jeanne Corriveau | Montréal
    Lucien Bouchard
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard
    La Société de transport de Montréal (STM) pourrait devoir verser jusqu'à 2,5 millions de dollars à l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et à la firme d'avocats qui l'emploie pour la négociation du contrat des voitures du métro avec le consortium Alstom-Bombardier. Mais tout ce travail risque d'être à recommencer si la STM lance un nouvel appel d'offres.

    Lorsqu'elle a confié à Lucien Bouchard et à la firme Davies, Ward, Phillips & Vineberg le mandat de la représenter dans le dossier des voitures de métro, la STM a réservé une somme 2,5 millions de dollars à titre d'honoraires pour la firme d'avocats, a confirmé hier Odile Paradis, porte-parole de la société de transport. Les négociations avec Alstom et Bombardier se sont échelonnées sur plus d'un an, pour aboutir, en janvier dernier, à une entente avec le consortium. Cette entente est maintenant en péril avec l'entrée en scène de nouveaux joueurs.

    Mme Paradis n'a pu préciser hier quelle somme avait été versée à la firme d'avocats jusqu'à maintenant. Reste qu'en 2008, on prévoyait des honoraires importants en raison de la complexité du dossier et de l'ampleur du contrat. Si Lucien Bouchard est responsable de ce dossier, il ne travaille pas seul et a eu recours à des collègues pour l'assister, a-t-elle ajouté.

    Lundi, ruefrontenac.com révélait que l'UQAM avait versé des honoraires de près de 2,7 millions de dollars depuis trois ans à la firme pour laquelle travaille Lucien Bouchard. Embauché comme négociateur, M. Bouchard avait pour mandat de libérer l'Université du dossier de l'îlot Voyageur, un projet immobilier transformé en fiasco. À ce jour, aucune entente n'est intervenue avec la firme Busac. L'ampleur des honoraires a fait grincer des dents plusieurs représentants d'enseignants et d'étudiants, d'autant qu'il y a deux semaines, M. Bouchard ainsi que des personnalités publiques avaient plaidé pour le dégel des frais de scolarité pour renflouer les coffres des universités.

    Lucien Bouchard a agi à titre de négociateur dans plusieurs dossiers litigieux depuis sa retraite de la vie politique. En 2005, la Société des alcools (SAQ) avait eu recours à ses services pour la représenter dans le conflit l'opposant à ses employés. Pour deux mois et demi de travail, M. Bouchard avait touché près de 200 000 $, avait rapporté à l'époque Le Journal de Montréal. La SAQ avait par la suite retenu ses services comme conseiller juridique lorsqu'elle s'est retrouvée au centre d'une enquête du Vérificateur général pour la commercialisation douteuse de ses produits.

    M. Bouchard a aussi représenté Petro-Canada en 2007 pendant le lock-out des 260 employés de l'entreprise. Après 14 mois de conflit, une entente a été conclue entre les deux parties.

    La saga du métro

    Le dossier du contrat des voitures du métro ne semble pas être près de se régler. Au fil des pourparlers auxquels a participé M. Bouchard, le nombre de voitures en jeu a triplé, tout comme la facture, qui est maintenant évaluée à plus de 3 milliards de dollars. Le contrat ayant pris de l'ampleur, la STM a décidé lancer un avis d'intérêt international le 22 janvier dernier afin de se protéger contre de possibles contestations judiciaires. Rappelons que deux entreprises ont manifesté leur intérêt, soit Zhuzhou — dont l'offre a été d'emblée rejetée par la STM à cause des roues d'acier que cherchent à imposer les Chinois — et l'espagnole CAF, qui serait en mesure de fournir des voitures sur pneus. Si la STM juge que CAF satisfait ses exigences, elle devra alors lancer un nouvel appel d'offres, ce qui constitue un retour à la case départ.

    Odile Paradis estime toutefois que le travail mené par M. Bouchard et son équipe n'aura pas été vain. «On était prêts à signer le contrat. On a maintenant une idée très précise du produit qu'on veut et on a des comparatifs avec d'autres villes, soutient-elle. Même si on doit recommencer le processus [...], je pense que l'expérience et l'expertise qu'on est allés chercher demeurent.»

    Reste qu'avec l'explosion de la commande, qui est passée de 342 à près de 1053 voitures, la STM s'est placée dans une situation difficile qui l'exposait à des contestations judiciaires. Aurait-il mieux valu se contenter, dans un premier temps, de conclure une entente avec Alstom-Bombardier pour 342 voitures et ensuite lancer un appel d'offres pour les 711 autres voitures? Ainsi, la STM aurait eu l'assurance que le parc de voitures MR-63 pouvait être remplacée dans les délais prévus, soit en 2012, alors que reprendre tout le processus à zéro pourrait retarder la livraison des premières voitures de deux ans. Avocat spécialisé en droit commercial, Lucien Bouchard a-t-il sonné l'alarme à ce sujet pendant le processus de négociations?

    Au bureau de Lucien Bouchard, on a indiqué que l'ancien premier ministre ne commenterait pas le dossier ni ne confirmerait les honoraires perçus par la firme d'avocats.

    En augmentant l'ampleur de la commande, la STM comptait réaliser des économies d'échelle. Elle craignait aussi de devoir composer avec des fournisseurs distincts ayant recours à des technologies différentes, affirme Odile Paradis. «À un moment donné, on se dit qu'il vaut mieux tout passer à la fois et faire en sorte qu'il n'y ait pas de rupture dans la livraison des voitures et qu'on puisse bénéficier d'un meilleur prix. Ça peut être une aussi bonne décision d'affaires que d'y aller à petites bouchées», estime Mme Paradis.

    La décision de lancer un nouvel appel d'offres sera prise lorsque la STM aura terminé l'analyse du dossier déposé par CAF.

    Le mois dernier, la STM avait dû autoriser une dépense supplémentaire de 7 millions pour la préparation du contrat. Alors que l'appel d'offres initial devait coûter 7,5 millions, la facture s'élève maintenant à 22,3 millions.
    Lucien Bouchard L’îlot Voyageur, rue Berri à Montréal












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