La STM pourrait devoir verser 2,5 millions à la firme de Bouchard

Lucien Bouchard
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard

La Société de transport de Montréal (STM) pourrait devoir verser jusqu'à 2,5 millions de dollars à l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et à la firme d'avocats qui l'emploie pour la négociation du contrat des voitures du métro avec le consortium Alstom-Bombardier. Mais tout ce travail risque d'être à recommencer si la STM lance un nouvel appel d'offres.

Lorsqu'elle a confié à Lucien Bouchard et à la firme Davies, Ward, Phillips & Vineberg le mandat de la représenter dans le dossier des voitures de métro, la STM a réservé une somme 2,5 millions de dollars à titre d'honoraires pour la firme d'avocats, a confirmé hier Odile Paradis, porte-parole de la société de transport. Les négociations avec Alstom et Bombardier se sont échelonnées sur plus d'un an, pour aboutir, en janvier dernier, à une entente avec le consortium. Cette entente est maintenant en péril avec l'entrée en scène de nouveaux joueurs.

Mme Paradis n'a pu préciser hier quelle somme avait été versée à la firme d'avocats jusqu'à maintenant. Reste qu'en 2008, on prévoyait des honoraires importants en raison de la complexité du dossier et de l'ampleur du contrat. Si Lucien Bouchard est responsable de ce dossier, il ne travaille pas seul et a eu recours à des collègues pour l'assister, a-t-elle ajouté.

Lundi, ruefrontenac.com révélait que l'UQAM avait versé des honoraires de près de 2,7 millions de dollars depuis trois ans à la firme pour laquelle travaille Lucien Bouchard. Embauché comme négociateur, M. Bouchard avait pour mandat de libérer l'Université du dossier de l'îlot Voyageur, un projet immobilier transformé en fiasco. À ce jour, aucune entente n'est intervenue avec la firme Busac. L'ampleur des honoraires a fait grincer des dents plusieurs représentants d'enseignants et d'étudiants, d'autant qu'il y a deux semaines, M. Bouchard ainsi que des personnalités publiques avaient plaidé pour le dégel des frais de scolarité pour renflouer les coffres des universités.

Lucien Bouchard a agi à titre de négociateur dans plusieurs dossiers litigieux depuis sa retraite de la vie politique. En 2005, la Société des alcools (SAQ) avait eu recours à ses services pour la représenter dans le conflit l'opposant à ses employés. Pour deux mois et demi de travail, M. Bouchard avait touché près de 200 000 $, avait rapporté à l'époque Le Journal de Montréal. La SAQ avait par la suite retenu ses services comme conseiller juridique lorsqu'elle s'est retrouvée au centre d'une enquête du Vérificateur général pour la commercialisation douteuse de ses produits.

M. Bouchard a aussi représenté Petro-Canada en 2007 pendant le lock-out des 260 employés de l'entreprise. Après 14 mois de conflit, une entente a été conclue entre les deux parties.

La saga du métro

Le dossier du contrat des voitures du métro ne semble pas être près de se régler. Au fil des pourparlers auxquels a participé M. Bouchard, le nombre de voitures en jeu a triplé, tout comme la facture, qui est maintenant évaluée à plus de 3 milliards de dollars. Le contrat ayant pris de l'ampleur, la STM a décidé lancer un avis d'intérêt international le 22 janvier dernier afin de se protéger contre de possibles contestations judiciaires. Rappelons que deux entreprises ont manifesté leur intérêt, soit Zhuzhou — dont l'offre a été d'emblée rejetée par la STM à cause des roues d'acier que cherchent à imposer les Chinois — et l'espagnole CAF, qui serait en mesure de fournir des voitures sur pneus. Si la STM juge que CAF satisfait ses exigences, elle devra alors lancer un nouvel appel d'offres, ce qui constitue un retour à la case départ.

Odile Paradis estime toutefois que le travail mené par M. Bouchard et son équipe n'aura pas été vain. «On était prêts à signer le contrat. On a maintenant une idée très précise du produit qu'on veut et on a des comparatifs avec d'autres villes, soutient-elle. Même si on doit recommencer le processus [...], je pense que l'expérience et l'expertise qu'on est allés chercher demeurent.»

Reste qu'avec l'explosion de la commande, qui est passée de 342 à près de 1053 voitures, la STM s'est placée dans une situation difficile qui l'exposait à des contestations judiciaires. Aurait-il mieux valu se contenter, dans un premier temps, de conclure une entente avec Alstom-Bombardier pour 342 voitures et ensuite lancer un appel d'offres pour les 711 autres voitures? Ainsi, la STM aurait eu l'assurance que le parc de voitures MR-63 pouvait être remplacée dans les délais prévus, soit en 2012, alors que reprendre tout le processus à zéro pourrait retarder la livraison des premières voitures de deux ans. Avocat spécialisé en droit commercial, Lucien Bouchard a-t-il sonné l'alarme à ce sujet pendant le processus de négociations?

Au bureau de Lucien Bouchard, on a indiqué que l'ancien premier ministre ne commenterait pas le dossier ni ne confirmerait les honoraires perçus par la firme d'avocats.

En augmentant l'ampleur de la commande, la STM comptait réaliser des économies d'échelle. Elle craignait aussi de devoir composer avec des fournisseurs distincts ayant recours à des technologies différentes, affirme Odile Paradis. «À un moment donné, on se dit qu'il vaut mieux tout passer à la fois et faire en sorte qu'il n'y ait pas de rupture dans la livraison des voitures et qu'on puisse bénéficier d'un meilleur prix. Ça peut être une aussi bonne décision d'affaires que d'y aller à petites bouchées», estime Mme Paradis.

La décision de lancer un nouvel appel d'offres sera prise lorsque la STM aura terminé l'analyse du dossier déposé par CAF.

Le mois dernier, la STM avait dû autoriser une dépense supplémentaire de 7 millions pour la préparation du contrat. Alors que l'appel d'offres initial devait coûter 7,5 millions, la facture s'élève maintenant à 22,3 millions.
42 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 11 mars 2010 03 h 53

    Beurk...

    Je ne sais pas pourquoi, mais d'une seul coup j'ai la nausée. Et le vertige.
    Retenez-moi, sinon je vire à l'extrême-gauche.
    Je reprend mon souffle... bon, ça va mieux.
    Les choses s'éclaircissent, je vois mieux. Et je les vois plus clairement.
    Il y a quelques semaines, dans la version Lucide Bouchard d'un Québec qui ne sera pas indépendant parce que... etc., je comprenais bien que ce monsieur nous disait que cette tâche était impossible. Enfin, selon lui mais surtout, impossible avec lui... Je m'étais alors demandé pour qui, depuis sa retraite de la politique, pouvait bien travailler celui qui finalement, croit que "hors de lui, point de salut" ? Mes temps libres sont occupés à autres choses que de suivre les carrières de nos ex... Mais peut-être devrais-je le faire ?
    Enfin, toujours est-il que maintenant, je le sais : il travaille pour qui le paie. Avec des fonds qui sont pris dans la poche généreuse du contribuable.
    Et c'est tout...
    Ah, finalement, même en respirant un bon coup, je crois que je ne vais pas beaucoup mieux.
    Quand nous déciderons-nous donc à ne pas laisser nos affaires à tous dans les mains de qui, tous, nous méprisent ? Je me le demande.
    Dans le saint fond du plus profond du Québécois, pour que cela continue, il doit y avoir une sacrée dose, massive et active, de masochiste ?
    Autrement, je n'y vois pas d'explication compréhensible.
    Parce que cela ne peut certainement pas venir d'un grand confort, la douleur n'est jamais confortable; pas plus que cela peut arriver d'une belle indifférence, la douleur ne rend jamais indifférent.
    Il faut donc que cela vienne d'un goût prononcé pour l'auto-flagellation chronique et morbide. C'est la seule possibilité qui reste logiquement envisageable à quiconque réfléchit ?
    C'est fou ce que, depuis quelques temps, des gens comme Gaston Miron, Pauline Julien, Gérald Godin, Félix, etc. me manquent avec leur saines colères. Je trouve les jeunes d'aujourd'hui passablement trop "comme il faut" d'accepter que les plus anciens les poussent comme ça sous le tapis. Faut dire que les postes publics créés par les anciens jeunes turbulents des années 70 sont confortables et bien rémunérés...
    Peut-être qu'un certain 15 novembre, René Lévesque aura finalement menti ? Ou plus justement parlant, qu'on est en train tous de le faire mentir à force de laisser des pseudo-grands détricoter lousse tout ce que le monde ordinaire a participé à bâtir depuis les années cinquante-soixante au Québec...
    Je propose donc en toute cohérence aujourd'hui, que notre Premier conducteur de charette dépose ipso-facto un projet de loi transformant la Devise nationale des Québécois pour qu'elle soit plus conforme à la tiède réalité du Québec moderne.
    "Je Me Flagelle" m'apparaît pouvoir faire vaguement l'affaire. Donc parfaitement l'affaire.
    A bon entendeur, salut.

  • Normand Carrier - Abonné 11 mars 2010 07 h 09

    Prêcher la rigueur .....

    Facile pour notre Lucien national de prêcher la rigueur , la bonne gestion et l'équilibre budgétaire lorsqu'on profite de l'abondance des contrats de sociétés d'état qui rapportent des millions a Davies , Ward , Phillips

  • jean claude pomerleau - Inscrit 11 mars 2010 07 h 13

    Le vrai visage de Lucien Bouhard

    Voici un texte de Me Pierre Cloutier qui nous en apprend beaucoup sur le parcours de Lucien Bouchard. On y apprend entre autre:

    (....)

    " En mars 2001, à mi-mandat, Lucien Bouchard démissionne comme premier ministre de la "province" de Québec et 3 semaines plus tard on le retrouve associé principal au cabinet juridique Davis Ward Philipps Vineberg, prestigieux bureau pan canadien de droit des affaires.(4) Ce cabinet (5) est celui qui s’occupe des questions légales entourant la vente de PCAA ("papier commercial adossé à des actifs") pour la firme Coventree de Toronto, actuellement sous enquête par la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario(6).

    [8] Quand Davis Ward Philipps Vineberg fait de l’argent, Lucien Bouchard, comme associé principal en fait aussi. Entre 2002 et 2006, on sait maintenant que la Caisse de dépôt et placement, sous la direction de Henri-Paul Rousseau, nommé malheureusement par Pauline Marois (7) en achète pour 13 milliards$, battant et de loin tous les records des institutions financières au Canada, un véritable désastre. Et personne n’oserait affirmer sans rire que Lucien Bouchard et Henri-Paul Rousseau ne se connaissent pas."


    http://www.vigile.net/Le-vrai-visage-de-Lucien-Bou

    ...........

    Au sujet des PCAA-non bancaire, M Rousseau lors de son passage à la Chambre de Commerce de Montréal, est venu dire que " les PCAA c'était un mystère de la vie que la Caisse en ait eu autant". À la fin de la conférence de , M Bouchard est venu dire que M Rousseau avait été " Transparent". Donc les pertes de plus de 6 milliards sur le papier commerial, étaient donc un mystère transparent. Donc as besoin d'enquête publique sur la Caisse qui aurait pu mener ..... à son cabinet d'avocat !

    JCPomerleau

  • Gilles Bousquet - Inscrit 11 mars 2010 07 h 15

    La firme de Bouchard ?

    Si on se fie au titre plus haut, M. Bouchard aurait acheté la firme Davies, Ward, Phillips

  • Pierre Gadoury - Inscrit 11 mars 2010 07 h 23

    MIUM-MIUM ... MIAM-MIAM



    Merci, Mme Jeanne Corriveau, pour votre excellent article. On en mangerait encore et encore. Vous faites honneur à votre profession, chère madame. Encore une fois, par votre travail, vos recherches, votre perspicacité, le journalisme se positionne comme l'un des derniers rempart de la "démocratie".

    Vous avez fait votre travail. Vous ne pouvez faire plus. Qui fera le reste ?