Le Quartier des spectacles sous enquête

Le vérificateur général de Montréal enquête actuellement sur les transactions associées au Quartier des spectacles, y compris les trois projets menés par la Société de développement Angus (SDA), a appris Le Devoir.

Le processus décisionnel de la Ville serait au coeur du travail de l'équipe du vérificateur. Selon le président de la SDA, Christian Yaccarini, les ententes avec la Ville de Montréal ont toutes été faites selon les règles de l'art. «On ne m'a pas informé de l'enquête. Je l'ai su», a laissé tomber au Devoir Christian Yaccarini, ne cachant pas son agacement.

La Ville de Montréal n'a pas lancé d'appels de propositions pour le développement des terrains publics du 2-22 Sainte-Catherine et du métro Saint-Laurent, choisissant plutôt d'accorder de gré à gré un mandat à la SDA. L'administration municipale souligne son droit d'agir ainsi avec un organisme à but non lucratif (OBNL). «La SDA est un OBNL exemplaire qui a la capacité de mener à bien des projets qui étaient complexes à cause de nos exigences culturelles», a soutenu hier au Devoir Stéphane Ricci, responsable de la vocation culturelle du Quartier des spectacles (QdS).

Jusqu'à maintenant, la Ville a surtout investi temps et énergie dans ces projets. Le coût lié au 2-22 est de 2,6 millions pour le terrain exproprié. Pour le métro Saint-Laurent, la SDA bénéficie d'une promesse d'achat de 2,8 millions. Quant au Quadrilatère Saint-Laurent, la Ville a dépensé jusqu'ici 12 000 $, notamment pour les services d'un expert en évaluation foncière.

Ni le promoteur ni l'administration municipale ne s'inquiètent du travail du vérificateur. «Il est normal de travailler dans la transparence. La démarche ne signifie pas qu'il y ait anguille sous roche», a commenté Martin Maillet, chef de projet pour le QdS.

Pour Christian Yaccarini, l'enquête du vérificateur constitue tout de même une embûche supplémentaire pour réaliser ses projets qui sont déjà ralentis. La SDA mène de front trois projets: le 2-22 Sainte-Catherine et le métro Saint-Laurent, qui sont de nature culturelle, ainsi que le Quadrilatère Saint-Laurent, qui s'intègre dans le vaste projet du Quartier des spectacles mais vise d'abord et avant tout à revitaliser le boulevard Saint-Laurent au sud de la rue Sainte-Catherine.

Ces projets sont revus de fond en comble à cause de problèmes financiers rencontrés notamment par les organismes culturels qui doivent y loger. Le 2-22 sera relancé, ce qui nécessitera de reprendre le processus de consultation, a confirmé le chargé du projet pour Montréal, Christian Lalonde.

Cela risque de soulever l'ire du promoteur, qui a dénoncé hier devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain les obstacles pour voir aboutir ses projets. «Le processus de consultation est aberrant. Mais on ne peut pas dire ce que je dis parce que c'est comme s'attaquer à la démocratie», a-t-il lancé devant un parterre de quelque 200 personnes du milieu des affaires.

Selon M. Yaccarini, le cadre des consultations de Montréal est lourd en plus d'être peu constructif. Il devrait se faire en amont de toutes les démarches d'autorisation administrative, croit-il.
3 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 19 février 2010 08 h 38

    Encore une enquête

    Je pense que l'on devrait arrêter d'enquêter et commencer à construire, commencer à bâtir. Si on se retrouve à Montréal et au Québec avec un système pur comme de l'eau de roche, mais avec absolument rien qui se bâtit; ça va servir qui au juste ?

  • Jacques Patenaude - Abonné 19 février 2010 13 h 10

    Ls Société de développement Angus a-t-elle la légitimité pour réaliser ce projet?

    Impliqué depuis longtemps en économie sociale, je suis ce dossier dans les journaux depuis longtemps. À voir le déroulement du dossier, je me pose de plus en plus de questions sur celui-ci. Une entreprise d'économie sociale doit en premnier être une émanation du milieu. Elle doit avoir des membres et être source d'une mobilisation citoyenne. Où est cette mobilisation dans ce quartier? À suivre le dossier on peut se demander si la SDA a plus qu'un membre: M. Crhistian Yacarini. Ses déclarations à la Chambre de commerce ressemblent beaucoup à celle de n'importe quel entrepreneur privé qui peste contre le droit des citoyens d'être entendu. Le projet qu'a mené la SDA à Rosemont semblait avoir une ligitimité réelle dans le milieu bien que déjà on voyait une omniprésence de celui qui la dirige maintenant.

    J'ai bien peur que la conséquence de tout ce brouhaha soit de jeter le discrédit sur le secteur de l'éconmie sociale. Privant ainsi les citoyens d'un outil qu'ils ont peinés à bâtir.

    Je crois que la SDA doit s'interroger sur son comportement qui montre des allures d'entreprises privées.

    Où elle commence par démontrer son ancrage dans le quartier et la mobilisation citoyenne qu'elle représente ou elle doit se retirer du projet et laisser la place à un organisme dont l'ancrage dans le milieu est en comformité avec la vision et la culture propre à l'économie sociale.

  • Paradis - Inscrit 19 février 2010 13 h 46

    Bâtir une fierté

    Est-ce une bonne chose que de bâtir à tout prix, sans y inclure nos jeunes artistes, artisans et architectes?

    N'est-ce pas là de perdre une vraie chance de redonner fierté à ceux-ci?

    Montréal se doit de redevenir une "métropole des arts et de la culture". Cet objectif doit prédominer l'intérêt corporatif.

    Après tout, n'est-ce pas là l'enjeu du Quartier des Spectacles?

    Certes, il faut bâtir et revitaliser mais cela ne doit pas se faire au détriment de l'être humain, de l'artiste et de son public.

    L'enjeu ici dépasse de beaucoup le simple débat de construire... "Être ou ne pas être" telle est la vraie question que l'on doit se poser aujourd'hui si notre réel désir est d'assurer un avenir culturel bien à nous.