Régime minceur pour le Quartier des spectacles

Trois des projets liés au Quartier des spectacles devront attendre avant de voir le jour. Aux prises avec des difficultés, notamment d'ordre financier, le promoteur de l'édifice du 2-22 Sainte-Catherine, du quadrilatère Saint-Laurent et de l'édicule du métro Saint-Laurent fait table rase et entend relancer des projets revus et corrigés.

La construction de l'édifice culturel phare du Quartier des spectacles, le 2-22 Sainte-Catherine, qui doit abriter la Vitrine culturelle, la radio communautaire CIBL, le Projet Imago, la galerie Vox et Artexte ne pourra pas débuter avant le 15 mai prochain. À l'origine, le chantier devait démarrer en octobre dernier, mais la tenue des élections municipales et la tourmente dans le secteur de la construction avaient freiné l'élan du promoteur, la Société de développement Angus (SDA). Mais le montage financier représentait le coeur du problème.

«Le coût des travaux était trop élevé pour la capacité de payer des organismes culturels. Il a fallu refaire le projet avec l'objectif de faire une économie de 1,7 million», a expliqué en entrevue au Devoir le président de la SDA, Christian Yaccarini.

Exit, l'immeuble de verre audacieux signé Paul Andreu. Le 2-22 comptera plutôt cinq étages faits notamment de briques, en harmonie avec l'architecture traditionnelle montréalaise. Le hall d'entrée conçu comme une place publique avec les plafonds très hauts sera ramené à des proportions moins coûteuses.

«Ce sera un geste architectural moins éclatant. On fera un bâtiment plus consensuel et plus modeste», a indiqué M. Yaccarini.

Le projet devra être soumis de nouveau à l'approbation de l'arrondissement de Ville-Marie, mais M. Yaccarini assure d'ores et déjà qu'il respectera en tout point le règlement d'urbanisme. Il n'est pas question de porter flanc aux nombreuses critiques des derniers mois et surtout, de retarder davantage l'arrivée des grues. Pour l'instant, le projet est revenu à l'étape des esquisses.

Quadrilatère Saint-Laurent

Un coup de barre majeur est également prévu du côté du quadrilatère Saint-Laurent. Le projet sera réduit des deux tiers. Ainsi, d'un projet de 300 000 pieds carrés, le quadrilatère Saint-Laurent ne comptera plus que 100 000 pieds carrés. Les investissements suivent la même pente, passant de 170 millions à environ 60 millions.

Hydro-Québec demeure le principal locataire du projet, mais il n'est plus question d'une tour de 15 étages pour y déménager ses quelque 1300 employés, qui logent actuellement à la place Dupuis. L'édifice ne dépassera pas son voisin patrimonial, le Monument-National.

«On n'est pas capable de livrer le bâtiment pour 2012 parce qu'on n'a pas réussi à acquérir le Cléopâtre. Ça n'a rien à voir avec une défection d'Hydro-Québec», a soutenu le président de la SDA.

De fait, le propriétaire du café Cléopâtre, un bar de danseuses nues, conteste devant la Cour supérieure le droit de la Ville de Montréal de l'exproprier au profit d'un promoteur privé. Avec le processus judiciaire, les changements de fond et les étapes d'approbation municipale, rien ne laisse croire que le projet de la SDA puisse s'enclencher avant deux ans, estime le promoteur.

Pendant ce temps, l'investissement de quelque 25 millions de la SDA est gelé et génère même un coût, c'est-à-dire le paiement des taxes foncières et l'entretien minimal des bâtiments barricadés. Hormis le Cléopâtre, la SDA détient 92 % des terrains et bâtiments qui doivent servir à la revitalisation du tronçon du boulevard Saint-Laurent au sud de la rue Sainte-Catherine.

Métro Saint-Laurent

Les ennuis de la SDA ne s'arrêtent pas là. Le troisième projet, qui est un complexe culturel érigé sur l'édicule du métro Saint-Laurent, est reporté d'au moins un an — dans le meilleur des cas. La difficulté pour les organismes culturels d'obtenir le financement gouvernemental nécessaire à leur installation déstabilise grandement le projet. Pour l'instant, seul LADMMI, une école de danse contemporaine, a les sous en poche. Le cinéma Parallèle a également prévu y déménager ses pénates en prenant de l'expansion (cinq salles sont prévues), mais le montage financier est à revoir. Tous les autres partenaires sont hypothétiques pour l'instant.

Au total, le quart seulement de la superficie du projet est occupé. «On a sept ou huit mois pour que le projet mature. Si ça ne fonctionne pas, on va laisser faire. On retarde la construction d'un an pour que les partenaires complètent leur bout de chemin», a soutenu Christian Yaccarini. La SDA a en poche une option d'achat avec la Ville de Montréal, ce qu'elle doit finaliser l'automne prochain.
7 commentaires
  • clemjoub - Inscrit 13 février 2010 09 h 17

    ouf!

    on l'a échappé belle! Bien content de voir qu'on révise ces projets montés à toute vitesse et qui étaient mal ficelés! D'un autre côté, c'est bien dommage pour les locataires qui y croyaient et ont vraiment besoin d'espace.
    Mais est-ce que M. Yaccarini pourrait engager des architectes québécois sensibles à la réalité montréalaise et qui ont fait leurs preuves? Je pense à Dan Hanganu (Musée Pointe-à-Callières, Pavillon de Design de l'UQAM, Complexe Chaussegros-de-Léry, Archives nationales sur Viger, siège social du Cirque du Soleil et plusieurs autres) ou Saucier Perotte (Usine C, Cégep Gérald-Godin, Nouveau pavillon de musique de McGill, etc) ou Éric Gauthier de FABG (Cirque du Soleil, Théâtre Dawson, Théâtre Quat'Sous, etc) ou Daoust-Lestage (Siège social de la Caisse de dépôt et placements, Maison du Festival de Jazz, Quartier International, Quartier des spectacles, etc)...

    Au moins avec un de ces architectes on ne refera pas l'erreur de l'OSM: choisir un projet sur la base du montage financier sans aucune considération architecturale...

    Pour une ville qui se veut une ville du design c'est pas fort et c'est d'autant plus frustrant qu'on a plusieurs architectes vraiment compétents et créatifs!

  • Paradis - Inscrit 13 février 2010 14 h 35

    Déchirer l'âme de l'artiste dans le Quartier des Spectacles

    Depuis son inauguration le projet de la SDA semble faire exclusion des artistes du Cabaret Cleo alors que nous nous y présentons en spectacle depuis 6 ans.

    Le cabaret Cleo n'est pas seulement qu'un "bar de danseuses" mais c'est aussi un 2ème étage avec une scène de type "show-bar" (la dernière à Montréal) qui accueille des centaines de spectacles alternatifs à chaque année. C'est aussi un 3ème étage entier dédié aux loges pour artistes!

    Lors des audiences de l'Office de Consultation Publique de Montréal nous avons proposé plusieurs alternatives d'inclusion des artistes dans le projet. Nous attendons toujours un retour d'appel de la Ville de Montréal et de la SDA à cet effet.

    Le Partenariat du Quartier des Spectacles, à ce jour, continue d'ignorer notre existence même après une démarche franche et constructive exprimant notre volonté de prendre part aux activités, et ce, après y avoir livré plus de plus de 200 spectacles depuis 2004.

    250 artistes et jeunes designers y ont participé. Un mouvement qui continue d'attirer des centaines de touristes provenant des quatre coins du monde à l'occasion de notre festival annuel, le Week-end Fétiche de Montréal.

    Il est dommage de déchirer l'âme de l'artiste en ignorant tout de ses réels besoins en le réduisant comme simple spectateur de son propre avenir n'ayant ni droit de parole ou d'apport.

    Il faut seulement regarder le nombre d'espaces commerciaux vacants
    entre le Centre Eaton et Papineau pour avoir une idée de l'hécatombe
    qui nous attend si l'on persiste à refuser d'y intégrer les artistes qui se battent depuis 8 mois pour y conserver une place qui leur revient de droit.

    On ne peut qu'imaginer 100 000 pieds carrés de locaux à louer en plein Quartier des Spectacles de Montréal.

    Alors que des villes comme New York avec son Greenwich Village, Miami avec son South Beach, Londres avec son Soho Village et New Orleans avec son Bourbon Street honorent la tradition artistique et culturelle de leur passé, Montréal efface la sienne.

    Notre futur ne peut que grandir par notre volonté d'y participer et
    c'est à Ville de Montréal et son partenaire de la SDA que revient la responsabilité de nous offrir des outils de continuité et de prospérité compétitifs.

    L'avenir, c'est ensemble qu'il faut le bâtir!

    Eric Paradis, président de la Coalition des Artistes du Cabaret Cléo, producteur du Club Sin et du Week-end Fétiche de Montréal.

  • Henry Fleury - Inscrit 14 février 2010 07 h 00

    Le Quartier des copains

    Dans mon jeune temps, j'allais régulièrement chez Cléo pour me faire remonter le bouquet. Un endroit que j'ai toujours aimé. Aujourd'hui, si tu n'es pas "ami" de la bande, tu ne fais pas partie du quartier... des copains.

  • La Rouche - Inscrit 16 février 2010 07 h 20

    Le Quartier délabré

    Un projet qui donne la chance à ce pan de rue délabré d'avoir l'air d'autre chose qu'un dépotoir, c'est trop beau pour être vrai. En fait c'est trop beau pour qu'il se réalise et là comme ailleurs, le Montréalais s'oppose, procrastine et chiale. Pas compliqué la SDA, allez mettre vos (nos?) sous ailleurs, et laissez ce petti bout de rue tout sale tel qu'il est. J'ai autre chose à faire avec les 2500 $ de taxes que je paie à la Ville chaque année.

  • Olivier Begin-Caouette - Inscrit 16 février 2010 15 h 10

    Se renouveler, bâtir, mais ne pas exclure!

    Montréal est une ville d'inclusion. Elle tire sa beauté et sa force des groupes culturels qui y habitent et des différentes professions qui s'y pratiquent. Parmi celles-ci, il y a les artistes, une des grandes fiertés de la ville. Et, dans ces artistes, il y a les artistes nouveau genre, les artisans des cabarets et les bâtisseurs de spectacles marginaux. Pour que ceux-ci s'expriment, une scène du 2e étage du Cabaret Clé leur offre un environnement de choix et un public interational, venu des États-Unis, d'Europe, d'Asie et d'Australie pour admirer ces spectacles choquant mais si rares. Ils ne cadrent pas dans la morale populaire, certes, mais ne méritent pas non plus d'être exclus du projet de la Ville. Un quartier des spectacles, comme montréalais, j'en rêve. Mais je ne veux pas qu'il brime ces artistes marginaux. Je veux aller voir le Cinéma Parallèle, je veux aller aux différents festivals, mais je veux aussi pouvoir m'amuser au 2e étage du Cabaret Clé. Alors, si la ville est incapable de collaborer avec ces artistes qui ont mis de magnifiques propositions sur la table, tant pis si le projet se perd. Le montréalais n'est pas immobile comme croient certains québécois. Le montréalais est consensuel et, certes, le consensus prend du temps!