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    Stationnement à Montréal - Des millions de dollars dans la rue!

    Lettre à Alan De Sousa, responsable des finances à la Ville de Montréal

    5 février 2010 |Pierre Mantha - Président de la Financière Mazarin | Montréal
    Cher collègue, En 1994, j'étais président de Stationnement de Montréal et trésorier de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. C'est à ce titre que j'avais initié, organisé le financement et piloté la privatisation de la gestion du stationnement municipal à Montréal. Le but premier de cette initiative était d'accroître la clientèle dans les zones commerciales, en concurrence avec les centres commerciaux (de banlieue) dotés d'un stationnement. Pour réaliser cet objectif, il fallait augmenter l'offre de places de stationnement dans la rue durant la journée et rendre accessibles les stationnements des édifices à bureaux le soir et les week-ends.

    Le plan d'affaires de Stationnement de Montréal prévoyait donc ajouter 2000 places de stationnement sur rue, en remplaçant les parcomètres par des bornes de péage. Il faut savoir que l'espace disponible pour le stationnement dans la rue dans les zones commerciales est très peu expansible. À Montréal, il fallait abandonner la délimitation des places par les parcomètres pour laisser les automobiles remplir tout l'espace disponible, d'un coin de rue à l'autre. Les analyses comparatives indiquaient alors un potentiel d'augmentation du nombre de places de 15 %.

    Depuis mon départ de Stationnement de Montréal en 1995, les places tarifées sont plus nombreuses, bravo! Cependant, les commerces ne profitent toujours pas des 2000 places «virtuelles» (probablement devenues 3000 aujourd'hui avec les fusions municipales) qui devaient s'ajouter. La Ville de Montréal, quant à elle, ne touche évidemment rien de sa part des recettes possibles sur ces places perdues, soit un manque à gagner de cinq à huit millions de dollars en 2008.

    Bornes de péage

    Cette somme croît chaque année. En effet, le manque à gagner de la Ville sur les places «virtuelles» augmente au rythme de la popularité croissante (plus de 15 % par an en Amérique du Nord) des véhicules plus petits (3569 mm pour la Fiesta contre 5000 mm pour une Buick et 5557 mm pour la Dodge Dakota). Paradoxalement, plus les automobilistes se soucieront de l'environnement lors de l'achat de leur automobile, plus le manque à gagner augmentera, jusqu'à dépasser 25 millions de dollars annuellement. Cherchez l'erreur!

    Les bornes de péage qu'on voit dans les rues de Montréal ne font pas ce qu'elles devaient faire. Au moment de remplacer les parcomètres, il y a quelques années, Stationnement de Montréal, «filiale» de la Chambre de commerce, a commandé un système sur mesure. Celui-ci (Parcoflex) comprend la borne de péage, mais aussi des panonceaux (poteaux) plantés sur le trottoir. Ces panonceaux délimitent les places dans la rue, tout comme les parcomètres, et identifient chaque place. Ce sont donc des parcomètres high-tech!

    Malgré les rêves d'exportation de Stationnement de Montréal, aucune ville n'a encore fait l'acquisition de Parcoflex. Contrairement au Bixi de Michel Dallaire, qui a déjà trouvé preneurs, cet «horodateur délateur» risque fort de demeurer exclusif à Montréal. Qui plus est, les panonceaux sont une barrière qui empêche l'implantation de bornes de péage dans le Vieux-Montréal.

    Places virtuelles

    La Chambre de commerce a reçu, de Stationnement de Montréal, plus de cinq millions de dollars depuis 1995. À ce que l'on sache, elle n'a pas tenté de résoudre le problème des pertes qui s'accumulent au rythme de plusieurs millions de dollars par année dans les finances de la Ville de Montréal! Elle n'a pas non plus suggéré de moyens pour compenser les milliers de places qui ne sont pas disponibles à la clientèle des commerces. Pourtant, la participation et les suggestions de la Chambre de commerce à l'amélioration du transport à Montréal étaient ce qui justifiait qu'elle participe aux profits découlant de cette privatisation.

    Heureusement, tout n'est pas perdu. En effet, il n'est pas nécessaire de faire de nouveaux investissements pour récupérer les places virtuelles. Les bornes de péage ont leur utilité et peuvent continuer de servir, pourvu que le système soit programmé autrement. On pourra alors enlever les panonceaux et les remplacer par une ou des affiches, comme cela se fait ailleurs. Du coup, des milliers de places de stationnement dans la rue deviendront disponibles. Stationnement de Montréal pourrait d'ailleurs en profiter et contribuer à la qualité de l'environnement en instaurant un tarif pour «gros véhicules», où le prix ira selon le gabarit, ce qui n'est pas possible avec des places délimitées.

    Dans leur exercice de tarification, les élus auront même le plaisir de répartir ces gains providentiels. Par exemple, une réduction de tarif répondrait aux voeux des commerçants et de leurs clients et augmenterait les affaires dans les zones commerciales. Les élus pourraient, du coup, revoir le montant des contraventions (les recettes de 53 millions en 2008 augmenteront avec les places additionnelles).

    J'espère que ces suggestions susciteront l'intérêt des milieux d'affaires et de ceux qui veillent à la bonne gestion municipale, et se traduiront en gains pour les Montréalais.

    ***

    Pierre Mantha - Président de la Financière Mazarin












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