Expérience novatrice ou schizophrénie politique ?
Le vote du chef de Projet Montréal en faveur du budget de l'administration Tremblay soulève des questions de fond
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Richard Bergeron, chef de Projet Montréal et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal
Après l'avoir sévèrement critiqué, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a finalement voté en faveur de l'adoption du budget de l'administration Tremblay pour se montrer «solidaire» des autres membres du comité exécutif dont il a accepté de faire partie même s'il siège dans l'opposition. Mais les autres conseillers qu'il dirige à l'Hôtel de Ville s'y sont opposés parce qu'il ne satisfait pas aux conditions minimales posées par leur parti.
Interviewé à la radio sur ce qui paraît de prime abord être de la schizophrénie politique, M. Bergeron a expliqué que son comportement était dicté par son désir de réformer la gouvernance municipale. Il a dit avoir l'appui du caucus de ses conseillers à ce sujet. Prié par un chroniqueur municipal d'expliquer les contradictions entre ses virulentes dénonciations du maire Gérald Tremblay au cours de la dernière campagne électorale et l'appui qu'il lui accorde maintenant, M. Bergeron a répondu que son opinion avait changé parce que ce dernier avait changé.
Sa nomination au comité exécutif n'aurait rien à voir avec sa nouvelle attitude; le chef de Projet Montréal veut oublier le passé et penser au futur. Il admet que sa position a aussi un côté pragmatique, car il estime que l'on est plus efficace en agissant à l'intérieur du cénacle du pouvoir qu'en brassant les portes pour tenter d'y pénétrer.
Que penser de cette situation pour le moins tarabiscotée? Sans mettre en cause la bonne foi de M. Bergeron, je pense qu'il fait preuve de naïveté ou d'inconscience s'il pense qu'un seul individu, fût-il chef d'un parti, peut devenir l'élément déclencheur d'une réforme réelle de la gouvernance municipale. Le rôle qu'il joue au comité exécutif lui permettra probablement de faire adopter quelques mesures intéressantes en matière d'urbanisme ou d'aménagement. Mais combien de couleuvres, comme le budget, devra-t-il avaler en contrepartie? Sans compter que la caution qu'il fournit à l'administration Tremblay vaut son pesant d'or pour cette dernière.
M. Bergeron prétend que le maire Tremblay a changé. Pour nous convaincre, qu'il le mette à l'épreuve immédiatement en lui demandant, par exemple, de rendre publiques les réunions du comité exécutif puisque ce dernier reste un des rares qui siège encore à huis clos parmi les grandes villes canadiennes et américaines. Qu'il lui demande aussi d'entreprendre une démarche en vue de l'instauration d'un scrutin proportionnel permettant à tous les votes de compter. À noter que ces deux réformes font partie du programme de Projet Montréal et que ce dernier a été la principale victime du mode de scrutin majoritaire actuel aux élections de novembre.
Je crains pour ma part que l'expérience de M. Bergeron ne tourne en une folle équipée personnelle dont Projet Montréal et ses idées progressistes feront les frais. Des dizaines de milliers de Montréalais ont fait confiance à ce jeune parti réformiste lors de l'élection de novembre dernier. Il ne faudrait surtout pas que cet espoir collectif soit déçu. Suis-je trop pessimiste? L'avenir le dira.
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Paul Cliche - Membre fondateur de Projet Montréal
Interviewé à la radio sur ce qui paraît de prime abord être de la schizophrénie politique, M. Bergeron a expliqué que son comportement était dicté par son désir de réformer la gouvernance municipale. Il a dit avoir l'appui du caucus de ses conseillers à ce sujet. Prié par un chroniqueur municipal d'expliquer les contradictions entre ses virulentes dénonciations du maire Gérald Tremblay au cours de la dernière campagne électorale et l'appui qu'il lui accorde maintenant, M. Bergeron a répondu que son opinion avait changé parce que ce dernier avait changé.
Sa nomination au comité exécutif n'aurait rien à voir avec sa nouvelle attitude; le chef de Projet Montréal veut oublier le passé et penser au futur. Il admet que sa position a aussi un côté pragmatique, car il estime que l'on est plus efficace en agissant à l'intérieur du cénacle du pouvoir qu'en brassant les portes pour tenter d'y pénétrer.
Que penser de cette situation pour le moins tarabiscotée? Sans mettre en cause la bonne foi de M. Bergeron, je pense qu'il fait preuve de naïveté ou d'inconscience s'il pense qu'un seul individu, fût-il chef d'un parti, peut devenir l'élément déclencheur d'une réforme réelle de la gouvernance municipale. Le rôle qu'il joue au comité exécutif lui permettra probablement de faire adopter quelques mesures intéressantes en matière d'urbanisme ou d'aménagement. Mais combien de couleuvres, comme le budget, devra-t-il avaler en contrepartie? Sans compter que la caution qu'il fournit à l'administration Tremblay vaut son pesant d'or pour cette dernière.
M. Bergeron prétend que le maire Tremblay a changé. Pour nous convaincre, qu'il le mette à l'épreuve immédiatement en lui demandant, par exemple, de rendre publiques les réunions du comité exécutif puisque ce dernier reste un des rares qui siège encore à huis clos parmi les grandes villes canadiennes et américaines. Qu'il lui demande aussi d'entreprendre une démarche en vue de l'instauration d'un scrutin proportionnel permettant à tous les votes de compter. À noter que ces deux réformes font partie du programme de Projet Montréal et que ce dernier a été la principale victime du mode de scrutin majoritaire actuel aux élections de novembre.
Je crains pour ma part que l'expérience de M. Bergeron ne tourne en une folle équipée personnelle dont Projet Montréal et ses idées progressistes feront les frais. Des dizaines de milliers de Montréalais ont fait confiance à ce jeune parti réformiste lors de l'élection de novembre dernier. Il ne faudrait surtout pas que cet espoir collectif soit déçu. Suis-je trop pessimiste? L'avenir le dira.
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Paul Cliche - Membre fondateur de Projet Montréal
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