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    La stratégie du sparadrap

    Gil Courtemanche
    28 novembre 2009 |Gil Courtemanche | Montréal | Chroniques
    En général, les individus, tout comme les sociétés, évoluent lentement, mesurant prudemment les doses de changement et de réforme qu'ils peuvent digérer et assimiler. Une sorte d'évolution homéopathique. Les changements radicaux de comportement ou d'organisation sociale surviennent la plupart du temps quand on est victime d'un grave revers, de conflits ou de menaces imminentes. La catastrophe annoncée impose souvent une remise en question globale.

    Quand on se relève d'une maladie grave, la peur de la mort fait souvent en sorte qu'on modifie radicalement son mode de vie et son alimentation. Un revers financier nous mène à repenser nos habitudes de consommation et notre rapport aux possessions. On pourrait imaginer que les sociétés et les organismes réagissent de la même manière. C'est de moins en moins le cas parce que les sociétés ne sont pas des ensembles organiques et que leurs besoins sont interprétés par ceux qui détiennent le pouvoir politique. Voyons comment des gouvernements réagissent à deux cancers et à une catastrophe annoncée.

    ***

    Depuis le scandale du contrat des compteurs d'eau à Montréal, pas un mois qui ne révèle un scandale dans le secteur de la construction et des infrastructures routières. Il se dégage de tout cela l'impression bien documentée d'un système de collusion et de favoritisme qui mine la vie démocratique et entraîne des coûts supplémentaires de plusieurs centaines de millions. Les policiers, les procureurs de la Couronne, les associations de municipalités et 80 % de la population pensent que seule une enquête globale peut enrayer ce système et faire disparaître cette odeur de soufre qui plane sur la province.

    Le gouvernement refuse de traiter la maladie et s'attaque aux symptômes en appliquant la stratégie du sparadrap: quelques enquêtes policières, un resserrement des règles, quelques vérificateurs de plus. Aucune mesure pour s'attaquer aux racines de la maladie. De là à penser que le gouvernement a quelque chose à cacher, il n'y a qu'un pas qu'une grande partie de la population a déjà franchi, accroissant encore plus le cynisme qu'elle entretient à l'égard de la chose politique. Pas étonnant qu'on vote de moins en moins.

    Un autre cancer: la crise financière mondiale. C'est bien la maladie la plus grave dont ait souffert l'économie mondiale depuis 1930. Et pourtant, le choc et la menace de l'effondrement du système financier ne furent pas suffisants pour qu'on s'attaque lourdement au cancer de la spéculation et des produits dérivés. On a mis quelques pansements sur les grandes banques et les assureurs menacés de faillite sans leur imposer un nouveau cadre de fonctionnement et sans traiter les cellules qui pervertissent le système financier mondial. Oubliées, les grandes déclarations sur la nécessité de réformer le capitalisme et la rentabilité fondée sur la spéculation.

    Pendant que la gangrène continue de se propager, les grands de ce monde se sont préoccupés des verrues que sont les paradis fiscaux. Les «pauvres» banquiers suisses qui s'enrichissaient de la fraude fiscale (une bien petite maladie comparée à l'économie spéculative) virent leur secret bancaire charcuté et leurs clients douteux rentrer à la maison. Mais, au bout du compte, ce qu'on nous dit c'est qu'on peut éviter une prochaine crise et sortir de celle-ci en ne modifiant radicalement aucun aspect de notre système économique. Cela ressemble à un malade qui se remet à fumer après l'ablation d'un poumon rongé par le cancer. Le choc et la frayeur ne furent pas suffisants pour nous mener sur le chemin du changement fondamental.

    ***

    Puis finalement, il y a cette catastrophe annoncée si magistralement documentée depuis Kyoto. La banquise qui fond 20 fois plus rapidement que prévu, des modes de vie déjà modifiés dans le Grand Nord, des îles qui disparaîtront, des millions de kilomètres carrés qui seront inondés par la montée des océans, des millions de réfugiés climatiques. Les premiers seront chez nous. Ce sont les Inuits, dont non seulement le mode de vie est menacé à court terme, mais aussi les installations, qui seront fragilisées par la fonte du pergélisol. Mais ce qu'on nous dit ici, c'est qu'on peut continuer en maintenant le même mode de vie, la même course à la croissance et les mêmes comportements. Pis, on rate toutes les occasions de prendre le virage vert et du développement durable.

    Pour sortir de la crise, nos gouvernements ont mis sur pied des plans de relance. Alors qu'en Europe une grande partie de ces injections de fonds a été dédiée à la recherche, au développement des énergies renouvelables, au financement des transports publics et à la création de villes vertes, ici on a essentiellement investi dans l'industrie automobile, dans la réfection des infrastructures routières, autrement dit, dans ce qui nous conduit à la catastrophe. Pourtant, les exemples de changement radical et aussi économiquement rentable ne manquent pas, en particulier dans des pays comme le Danemark, la Norvège, la Suède, qui possèdent beaucoup de caractéristiques communes, climatiques ou économiques. Ce qu'on nous dit, c'est qu'il faut être raisonnable.

    Alors qu'il faut imaginer un nouveau monde si nous voulons survivre, on se refuse l'audace et le courage politique de dire qu'il faut changer. Même Michael Ignatieff, pour des raisons de rentabilité politique, a abandonné l'idée de la taxe carbone, solution qui est pourtant favorisée par la majorité des pays européens.












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