Le pari de la cohabitation

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, siégera au comité exécutif de la Ville de Montréal, qui sera présidé par le maire, Gérald Tremblay.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, siégera au comité exécutif de la Ville de Montréal, qui sera présidé par le maire, Gérald Tremblay.

Profitant de la formation de son nouveau comité exécutif, le maire Gérald Tremblay a décidé d'insuffler un vent de changement à l'Hôtel de Ville. Si certains fidèles, comme Alan DeSousa et Michael Applebaum, ont pris du galon, d'autres, comme Sammy Forcillo et Luis Miranda, ont été rétrogradés. Mais surtout, le maire Tremblay a fait le pari de faire une place aux membres de l'opposition dans le cercle restreint du pouvoir.

Deux élus de l'opposition ont fait leur entrée au comité exécutif hier, marquant le début d'une nouvelle ère à l'Hôtel de Ville de Montréal. Se disant conscients des dangers d'une telle alliance avec l'équipe au pouvoir, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, et la conseillère de Vision Montréal, Lyn Thériault, ont affirmé que, malgré les risques, l'expérience valait la peine d'être tentée.

Une certaine fébrilité régnait à l'hôtel de ville hier pour le dévoilement du nouveau comité exécutif. Gérald Tremblay a parlé d'une nouvelle page d'histoire qui s'écrivait avec l'intégration de membres de l'opposition. «Mon parti étant majoritaire, rien ne m'oblige à un tel geste d'ouverture. Je ne le fais pas par obligation. Je le fais par conviction en espérant que la sagesse soit au rendez-vous, a-t-il expliqué. Si je pose ce geste d'ouverture dans l'intérêt supérieur de Montréal, c'est que je crois que toutes les personnes choisies au comité exécutif seront capables, avant toute autre chose, de représenter Montréal, et non leur parti politique.»

Le maire a confirmé qu'il assumera lui-même la présidence du comité exécutif. Il a également fait monter en grade Alan DeSousa, maire de l'arrondissement de Saint-Laurent, qui assumera la vice-présidence du comité exécutif en plus d'hériter des finances, du développement durable, de l'environnement, des parcs et de l'administration générale. Au maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Michael Applebaum, Gérald Tremblay a confié les services aux citoyens, qui comprend le déneigement, ainsi que l'habitation et les relations avec les arrondissements. La mairesse de LaSalle, Manon Barbe, s'occupera des transports alors que le conseiller du même arrondissement, Richard Deschamps, gérera le développement économique, les infrastructures et la voirie.

Les autres membres d'Union Montréal au comité exécutif sont Helen Fotopulos (culture), Claude Trudel (sécurité publique), Michel Bissonnet (affaires gouvernementales et 375e anniversaire de Montréal), Mary Deros (communautés culturelles) et Monique Worth (sports et loisirs). L'ancien numéro deux de l'administration, Claude Dauphin, présidera désormais les débats au conseil municipal alors que Sammy Forcillo et Luis Miranda ont été écartés du comité exécutif.

Soucieux de restaurer le lien de confiance avec la population, le maire Gérald Tremblay a décidé d'accueillir deux membres de l'opposition au comité exécutif, leur confiant du même coup des dossiers. Urbaniste de profession, Richard Bergeron sera responsable de la mise en valeur du territoire et du plan d'urbanisme alors que Lyn Thériault, de Vision Montréal, s'occupera du développement social et communautaire, de la famille et des aînés.

Radieux, Richard Bergeron a reconnu que le succès de ce comité exécutif nouveau genre n'était pas garanti, mais qu'il avait reçu l'appui sans équivoque de son équipe et que son rôle n'en serait pas un de simple figurant. «On est conscients que c'est un exercice délicat et que chacun devra mettre de l'eau dans son vin lorsque nécessaire. On verra à l'usage, mais on souhaite tous que ce soit un succès», a-t-il insisté.

Placée dans une position potentiellement difficile, l'opposition sera-t-elle muselée? «Quand je ne serai pas d'accord [avec une décision], je serai tenu d'être solidaire de mes collègues du comité exécutif, a reconnu M. Bergeron. Mais je ne suis pas tout seul dans Projet Montréal», a-t-il ajouté, en précisant que les élus de son équipe pourraient alors prendre la relève pour critiquer l'administration. Si la situation devient intenable, il quittera le comité exécutif, a-t-il dit. «Mais l'expérience vaut la peine qu'on court le risque [de la tenter]. Ça répond aux attentes de la population et c'est moi qui l'ai proposée en campagne.» Nouveau responsable de l'urbanisme, il fera de l'échangeur Turcot et de l'autoroute Notre-Dame ses priorités.

De son côté, Lyn Thériault dit avoir reçu la bénédiction de sa chef Louise Harel après le coup de fil du maire Tremblay lundi soir. Elle ne croit pas que son nouveau statut la réduira au silence. «Pour moi, c'est vraiment une nouvelle page d'histoire. Si je suis dissidente, c'est évident que je le dirai haut et fort», a-t-elle soutenu.

En voyage à l'étranger, Louise Harel a fait preuve d'un enthousiasme prudent, car, selon elle, bien des questions demeurent en suspens, notamment en ce qui a trait au vote lors des séances du conseil municipal. «Nous verrons à l'usage si cet arrangement sert ou dessert la représentation démocratique et la défense des intérêts des Montréalais», a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

Le nouveau leader de la majorité, Marvin Rotrand, reconnaît que l'arrivée de conseillers de l'opposition au comité exécutif ne fait pas l'unanimité dans les rangs du parti du maire. Mais il se réjouit par ailleurs du rôle grandissant qu'auront les commissions permanentes du conseil. À cet effet, le maire a annoncé hier qu'elles se verront confier l'étude des dossiers avant que ceux-ci soient soumis au comité exécutif. À plus long terme, ces commissions pourraient se voir dotées de pouvoirs décisionnels, allégeant du même coup le poids du comité exécutif, a précisé M. Rotrand.
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 novembre 2009 09 h 53

    Fin renard, le maire - par Bernard Terreault

    M. Tremblay a démontré son habileté par son choix de soi-disant opposants pour sièger à l'exécutif. Richard Bergeron est tellement vaniteux qu'il n'y a qu'à lui faire des fleurs pour l'enfirouaper, il n'y a qu'à voir à quel point il est mielleux avec le maire. Et Lyn Thériault, ne l'oublions pas, provient du "vieux" Vison Montréal, celui de Labonté, et du parti libéral provincial dont elle a porté les couleurs. Ce n'est qu'une question de temps avant que ces deux-là rejoignent la "gang" du pouvoir, des honneurs et des comités (rémunérés), comme ces anciens du RCM du genre Prescott qui ont oublié leurs idéaux, et fermé les yeux et laissé les Zampino, Miranda et autres Forcilo mener la barque à leur guise -- les vrais maîtres à bord -- pendant que le maire faisait de beaux discours jovialistes.

  • François Caron - Abonné 18 novembre 2009 13 h 03

    Le club d'adoration mutuelle libâral provincial 'rides again'

    Lyn Thériault au CE de la Ville, c'est comme avoir une meneuse de claque en chef dont l'exemple éloquent prend la forme de la p'tite relationniste du MTQ, la çi-devant nommée Julie Boulét au pronvincial.

    Les endormiEs municipaux n'y verront que du feu, mais G Tremblay a fait un coup facile en s'assurant l'appui d'une fausse opposante, activiste au PLQ depuis des lustres, qui fera défection pour G Tremblay, 'son homme' à elle aussi.

    Ce club de gens qui a prétendu en 2001, pour se faire élire, qu'il allait 'introduire' (sic) les 'meilleures pratiques' (re-sic) en matière de gestion municipale ayant cours dans les fututres ex-banlieues d'alors.

    Nous en avons vu le pitoyable résultat avec les dévoilement des accointances nébuleuses entre les entrepreneurs généraux, pushers d'asphalte et autres peddleurs de ciment férus de monster homes, de steak de vaches mortes et de gros chars à moteur d'avion, les éluEs misérabilistes qui nous serinent le discours que collectivement on n'a les moyens de ne pouvoir rien se payer MAIS qui trouvent toujours des budgets pour des projets dont le peuple n'a aucun besoin, et les fonctionnaires complaisantEs qui font perdurer un système sophistiqué (vraiment ? comparé aux partis socialistes français ou espagnols ???) de bakshish où tout le monde trouve son compte, sauf le cochon de payant qu'on affuble du doux sobriquet de 'citoyen'.

    Les signes patents d'une 'société à l'italienne' que le moindre observateur un peu allumé dénonce vigoureusement depuis l'ère tonitruante et triomphante de Bourassa II nous ont sauté au visage sans grands résultats cependant (l'anesthésie à la TéVéAch'tée à crédit pour voir Le Banquier et ses p'tites mongoles en HD) grâce à des journalistes sans peur comme A Gravel, M-Maude Denis, K Lévesque, les deux A (Noël et Cédilot) entre autres, mes excuses pour ceux que j'oublie).

    Des procès politiques retentissants se font pour bien moins que ça dans les pays qui ont une fibre collective et patriotique résistante et pour qui la conception du bien commun veut encore dire quelque chose.

    Dans le même ordre d'idées, on peut commencer à prendre des gageures sur la date de défection de R Bergeron, cinquième colonne du NPD-Québec, vers Union MTL, la politique municipale s'appuyant sur un principe de volatilité des allégeances directement proportionnel à la vacuité des idées faibles en protéines offertes en pâture à la populace.

    G Tremblay est un politicien du XXème siècle qui essaie de faire survivre des principes politques surannés à un siècle dont les défis nous demandent des leaders éduquéEs, informéEs, visionnaires, soucieux du bien et des besoins réels du peuple, et surtout pas des old boys à cravate rouge provenant du sulfureux, prétentieux et vaniteux sérail libâral provincial qui n'a strictement et absolument rien accompli pour le peuple depuis MIL NEUF CENT SOIXANTE-SIX.

    P.S.: B Terreault a tout bien, bravo d'y voir la même analyse que moi, en d'autres mots et en plus concis.

  • Nicolas Thibodeau - Inscrit 19 novembre 2009 05 h 11

    Méconnaissance carronesque

    En guise de réplique à M. Caron, je mettrais ma gageure que Richard Bergeron demeurera fidèle au parti qu'il bâti avec l'éventail de ses membres et la multitude des approches. Je prends en guise d'exemple l'arrondissement de Villeray St-Michel Parc-Extension, Projet Montréal y présentait des candidatEs impliquéEs tant au PQ, qu'au BQ, qu'au NPD, qu'au PLC. C'est cette diversité qui comble à mon sens la vacuité des idées.