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    Génie-conseil à Montréal - Dix sociétés se partagent la plus grosse part du gâteau

    L'administration confie aux firmes d'ingénierie des contrats étonnants, comme la réfection de la croix du mont Royal

    29 octobre 2009 |Kathleen Lévesque, Alec Castonguay | Montréal
    Avec Gérald Tremblay à la mairie depuis huit ans, les firmes de génie-conseil ont connu un essor grandissant au coeur de la Ville de Montréal. Au cours du dernier mandat, des exemples de contrats accordés aux ingénieurs externes démontrent une mainmise du privé sur certaines fonctions stratégiques de la plus importante municipalité du Québec.

    Trois contrats sur quatre (73 %) accordés à des firmes de génie-conseil à Montréal sont concentrés entre les mains de 10 firmes, qui se sont partagé un pactole de près de 100 millions de dollars depuis quatre ans, a appris Le Devoir.

    La firme Tecsult arrive en tête de liste des entreprises dont les services professionnels sont le plus souvent retenus par Montréal. Ainsi, Tecsult a reçu un total de 19 contrats sur les 159 octroyés en génie-conseil entre janvier 2005 et juin 2009, à Montréal. Tecsult a fait alliance avec des firmes concurrentes à 15 reprises afin de remporter des soumissions totalisant plus de 30 millions.

    Outre Tecsult, on retrouve SNC-Lavalin, Génivar, CIMA+, BPR, le Groupe HBA, Teknika, Géniplus, le Groupe Cardinal Hardy et le Groupe Séguin. Au total, ces firmes ont empoché approximativement 100 millions de dollars en contrats.

    Les services professionnels, et en particulier le génie-conseil, sont devenus ni plus ni moins un rouage de l'appareil municipal montréalais. Les responsabilités publiques sont ainsi imparties aux firmes, qui ne se limitent plus à faire un travail technique d'ingénieur. Elles mènent de très nombreux dossiers au nom de la Ville.

    Par exemple, en août 2007, l'administration Tremblay a octroyé un contrat de 289 000 $ à CIMA+ pour offrir une «assistance opérationnelle en gestion de projets majeurs» pour une période de deux ans.

    Le maire Tremblay a beau dire sur tous les tons depuis quelques semaines que son administration est en plein contrôle et que de toute façon, des changements sont en cours pour redresser la situation, il reste que les contrats aux firmes d'ingénierie continuent de se multiplier. Parmi ceux-ci, on compte de nombreux contrats d'études d'opportunité, soit une planification qui normalement relèverait des services municipaux. Il en va de même de la responsabilité déléguée aux firmes privées pour la gestion de travaux.

    Par exemple, plusieurs contrats ont été accordés à des experts-conseils tout simplement pour planifier le réaménagement de certains parcs pour enfants. Chaque fois, plusieurs milliers de dollars vont à des firmes privées.

    Il y a un mois jour pour jour, le comité exécutif a retenu les services de quatre firmes (le Groupe ABS, Consultants SM, Tecsult et Dessau) pour effectuer plusieurs mandats de caractérisation environnementale. Or, devant le flot de projets et la lenteur qu'impose le processus d'appel d'offres public, l'administration a sélectionné des firmes qui réaliseront des mandats selon des demandes à être déterminées. Il s'agit de contrats ouverts avec une gestion des dossiers relevant des firmes de génie-conseil.

    Le même argument est présenté par le Service des infrastructures, du transport et de l'environnement pour l'octroi en juin dernier d'un contrat d'études géotechniques. Trois firmes, LVM Technisol, Labo SM et Inspec-sol, ont remporté la mise (1,5 million). Elles se partageront la tarte des mandats.

    D'autres exemples soulèvent des interrogations concernant les hauts tarifs des honoraires réclamés par les firmes par rapport aux travaux exécutés. Ainsi, pour la restauration de la croix du mont Royal, la firme Géniplus a reçu 163 000 $ pour un projet devant coûter 850 000 $. Les services professionnels représentent donc 19 % de la facture des travaux. Notons toutefois que le prix a explosé en cours de chantier, pour s'établir à près de 1,5 million.

    La directrice générale par intérim de Montréal a d'ailleurs remis un rapport lundi dernier qui met en lumière «la perdition des compétences, ce qui n'a pas permis aux ressources internes [les professionnels de la Ville] d'assurer un encadrement adéquat, d'assumer le rôle de gardien des actifs et de donneur d'ordres, imputable et responsable, et finalement d'assurer le contrôle de la Ville sur ses projets».

    Chez Vision Montréal, le candidat à la mairie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, suit de près le rôle grandissant joué à Montréal par les firmes d'experts-conseils. Il juge «aberrants» les exemples soumis par Le Devoir. Il cite notamment la planification des travaux pour réaménager les parcs de Montréal ou encore la restauration de la croix du mont Royal.

    «Comment se fait-il qu'il n'y ait pas d'ingénieurs ou de cols bleus à Montréal pour aménager des aires de jeu pour enfants? Il faut se poser des questions. On est allé trop loin», dit-il.

    Selon lui, les firmes de génie-conseil font maintenant partie de la «planification stratégique» de pans entiers de la ville. «Quand vous êtes tributaire des firmes privées à un moment où il y a une infiltration du crime organisé, il me semble que ça nous met à risque, dit-il. Il faut créer un renouveau dans la fonction publique, avec les ingénieurs notamment, parce que les fonctionnaires ont à c¶ur les intérêts publics.»
     
     
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