Un débat sous haute tension
L'affaire Labonté provoque des étincelles
Photo : Jacques Nadeau
Les candidats à la mairie de Montréal Richard Bergeron, Louise Harel et Gérald Tremblay photographiés avant de se livrer au débat le plus attendu de la campagne électorale, hier soir, dans les studios de Radio-Canada.
L'affaire Benoit Labonté, expulsé dimanche de Vision Montréal, a donné le ton hier soir au débat télévisé opposant les trois principaux candidats à la mairie de Montréal. À la suite des échanges, la chef de Vision Montréal, Louise Harel, a insinué que le camp du maire Gérald Tremblay était responsable des fuites dans les médias ayant conduit au départ de M. Labonté.
Pendant une heure, les trois candidats ont discuté de l'avenir de Montréal, des services aux citoyens ainsi que d'éthique et de gouvernance dans le cadre d'un débat animé par Patrice Roy dans les studios de Radio-Canada. Mais la crise que vient de traverser Vision Montréal avec le départ précipité de Benoit Labonté et les questions entourant le financement des partis politiques ont déteint sur les échanges.
Alors que le débat s'ouvrait sur l'avenir de Montréal, Patrice Roy a demandé aux belligérants s'il était possible d'avoir accès aux élus sans payer et sans être un entrepreneur. Le ton était donné, car bien que les discussions aient aussi porté sur des questions comme les nids-de-poule et le déneigement, c'est l'éthique qui a provoqué le plus d'étincelles pendant cette confrontation.
Baptême du feu pour Richard Bergeron, qui a pris le pari de « faire de la politique autrement », mais, à plusieurs reprises, il semblait hésitant et nerveux. Le chef de Projet Montréal s'est présenté comme le seul à incarner l'intégrité, disant que ses deux adversaires ne sont que « deux anciens politiciens provinciaux devenus chefs de vieux partis municipaux » et qui mènent des « campagnes extravagantes financées par des réseaux douteux ». M. Bergeron, qui a pris grand soin de rappeler que l'ex-juge John Gomery était à la tête de la campagne de financement de Projet Montréal, a fait savoir que son parti « n'était pas riche », mais n'avait en contrepartie « pas de dettes » et qu'il ne « doit rien à personne ».
Il a aussi reproché à Louise Harel d'avoir chassé seulement dimanche son ancien lieutenant politique, Benoit Labonté. En avril dernier, il l'avait pourtant mise en garde contre le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, a-t-il dit. « Vous avez été obligée de vous en défaire avant même qu'il ne prenne ses fonctions. Alors, ça commence mal », a-t-il fait remarquer.
Son adversaire Louise Harel, chef de Vision Montréal, a répliqué en qualifiant son parti comme celui d'un seul homme, faisant remarquer qu'il n'avait même pas de candidat potentiel pour le poste de président du comité exécutif. Au sujet de Gérald Tremblay, elle a rappelé que le « maire avait été obligé de congédier tout le monde autour de lui, sauf lui-même ».
Le chef d'Union Montréal et maire sortant Gérald Tremblay a défendu son bilan, affirmant qu'il avait fait des « gestes concrets » pour remettre Montréal sur les rails et qu'en matière d'éthique, il avait proposé une série de mesures pour resserrer les règles de déontologie à l'Hôtel de Ville. Il a de nouveau souligné hier avoir toujours agi promptement lorsque des allégations d'irrégularités à l'Hôtel de Ville venaient à ses oreilles. « C'est moi qui ai demandé au gouvernement du Québec de mettre en place une enquête mixte pour faire la lumière sur les rumeurs de collusion et de corruption dans le monde municipal », a-t-il indiqué. M. Tremblay a accusé ses adversaires politiques de voir des complots « partout ».
En matière de transport, les trois candidats s'entendaient pour privilégier un péage régional autour de Montréal, mais Gérald Tremblay a été sévère à l'endroit de Richard Bergeron, qui soutient que, s'il était porté au pouvoir, il serait en mesure d'implanter un réseau de tramways de 33 kilomètres. Le maire sortant croit irréaliste que l'on puisse préparer les plans et devis, consulter la population sur les tracés possibles et lancer les appels d'offres avant 2012. M. Bergeron a fait remarquer que dans les années soixante, l'administration Drapeau avait réussi, en quatre ans et demi, à préparer l'Expo 67 et réaliser le réseau de métro. « Et aujourd'hui, on ne serait pas capable de livrer 33 km de tramway en trois ans? Vous, vous n'êtes pas capable de le faire, mais moi, j'ai confiance », a-t-il dit au maire.
Au cours des échanges sur l'éthique, Mme Harel a réclamé à plusieurs reprises de Gérald Tremblay qu'il lui dise si un membre de son équipe avait été à la source des fuites aux journalistes au sujet de l'agenda de Benoit Labonté, ex-numéro 2 son équipe. « La seule façon dont vous pouvez justifier vos erreurs du passé, c'est en salissant les autres. Samedi, vous avez parlé d'un complot de la part des journalistes et vous avez ensuite sali ma formation politique », a lancé le maire. Gérald Tremblay a finalement indiqué qu'il n'avait pas été informé d'une telle chose.
Lors du point de presse, au terme du débat, Mme Harel a soutenu qu'un membre de l'entourage du maire Tremblay, soit Christiane Miville-Deschênes, une consultante à la pige et ex-directrice des communications de Pauline Marois, avait enjoint à un certain Pierre Vaillancourt, ancien collaborateur de M. Labonté, de témoigner de façon anonyme à Radio-Canada. Mme Miville-Deschênes aurait fourni à M. Vaillancourt l'agenda de M. Labonté qui participait alors à la course au leadership de Vision Montréal, a affirmé Mme Harel. « Je ne connais pas personnellement M. Vaillancourt, mais il s'est présenté au bureau du DGE aujourd'hui », a-t-elle dit.
Jointe au téléphone hier soir, Mme Miville-Deschênes a nié avec vigueur ces affirmations, qualifiant ces insinuations d'odieuses. « Je n'ai jamais eu l'agenda de M. Labonté et je n'ai jamais incité qui que ce soit à témoigner dans les médias », a-t-elle affirmé au Devoir.
Le débat n'a pas fait de réel gagnant ni de perdant, mais les échanges musclés laissent entrevoir une fin de campagne corsée sur la délicate question de l'éthique et du financement des partis politiques.
Pendant une heure, les trois candidats ont discuté de l'avenir de Montréal, des services aux citoyens ainsi que d'éthique et de gouvernance dans le cadre d'un débat animé par Patrice Roy dans les studios de Radio-Canada. Mais la crise que vient de traverser Vision Montréal avec le départ précipité de Benoit Labonté et les questions entourant le financement des partis politiques ont déteint sur les échanges.
Alors que le débat s'ouvrait sur l'avenir de Montréal, Patrice Roy a demandé aux belligérants s'il était possible d'avoir accès aux élus sans payer et sans être un entrepreneur. Le ton était donné, car bien que les discussions aient aussi porté sur des questions comme les nids-de-poule et le déneigement, c'est l'éthique qui a provoqué le plus d'étincelles pendant cette confrontation.
Baptême du feu pour Richard Bergeron, qui a pris le pari de « faire de la politique autrement », mais, à plusieurs reprises, il semblait hésitant et nerveux. Le chef de Projet Montréal s'est présenté comme le seul à incarner l'intégrité, disant que ses deux adversaires ne sont que « deux anciens politiciens provinciaux devenus chefs de vieux partis municipaux » et qui mènent des « campagnes extravagantes financées par des réseaux douteux ». M. Bergeron, qui a pris grand soin de rappeler que l'ex-juge John Gomery était à la tête de la campagne de financement de Projet Montréal, a fait savoir que son parti « n'était pas riche », mais n'avait en contrepartie « pas de dettes » et qu'il ne « doit rien à personne ».
Il a aussi reproché à Louise Harel d'avoir chassé seulement dimanche son ancien lieutenant politique, Benoit Labonté. En avril dernier, il l'avait pourtant mise en garde contre le maire de l'arrondissement de Ville-Marie, a-t-il dit. « Vous avez été obligée de vous en défaire avant même qu'il ne prenne ses fonctions. Alors, ça commence mal », a-t-il fait remarquer.
Son adversaire Louise Harel, chef de Vision Montréal, a répliqué en qualifiant son parti comme celui d'un seul homme, faisant remarquer qu'il n'avait même pas de candidat potentiel pour le poste de président du comité exécutif. Au sujet de Gérald Tremblay, elle a rappelé que le « maire avait été obligé de congédier tout le monde autour de lui, sauf lui-même ».
Le chef d'Union Montréal et maire sortant Gérald Tremblay a défendu son bilan, affirmant qu'il avait fait des « gestes concrets » pour remettre Montréal sur les rails et qu'en matière d'éthique, il avait proposé une série de mesures pour resserrer les règles de déontologie à l'Hôtel de Ville. Il a de nouveau souligné hier avoir toujours agi promptement lorsque des allégations d'irrégularités à l'Hôtel de Ville venaient à ses oreilles. « C'est moi qui ai demandé au gouvernement du Québec de mettre en place une enquête mixte pour faire la lumière sur les rumeurs de collusion et de corruption dans le monde municipal », a-t-il indiqué. M. Tremblay a accusé ses adversaires politiques de voir des complots « partout ».
En matière de transport, les trois candidats s'entendaient pour privilégier un péage régional autour de Montréal, mais Gérald Tremblay a été sévère à l'endroit de Richard Bergeron, qui soutient que, s'il était porté au pouvoir, il serait en mesure d'implanter un réseau de tramways de 33 kilomètres. Le maire sortant croit irréaliste que l'on puisse préparer les plans et devis, consulter la population sur les tracés possibles et lancer les appels d'offres avant 2012. M. Bergeron a fait remarquer que dans les années soixante, l'administration Drapeau avait réussi, en quatre ans et demi, à préparer l'Expo 67 et réaliser le réseau de métro. « Et aujourd'hui, on ne serait pas capable de livrer 33 km de tramway en trois ans? Vous, vous n'êtes pas capable de le faire, mais moi, j'ai confiance », a-t-il dit au maire.
Au cours des échanges sur l'éthique, Mme Harel a réclamé à plusieurs reprises de Gérald Tremblay qu'il lui dise si un membre de son équipe avait été à la source des fuites aux journalistes au sujet de l'agenda de Benoit Labonté, ex-numéro 2 son équipe. « La seule façon dont vous pouvez justifier vos erreurs du passé, c'est en salissant les autres. Samedi, vous avez parlé d'un complot de la part des journalistes et vous avez ensuite sali ma formation politique », a lancé le maire. Gérald Tremblay a finalement indiqué qu'il n'avait pas été informé d'une telle chose.
Lors du point de presse, au terme du débat, Mme Harel a soutenu qu'un membre de l'entourage du maire Tremblay, soit Christiane Miville-Deschênes, une consultante à la pige et ex-directrice des communications de Pauline Marois, avait enjoint à un certain Pierre Vaillancourt, ancien collaborateur de M. Labonté, de témoigner de façon anonyme à Radio-Canada. Mme Miville-Deschênes aurait fourni à M. Vaillancourt l'agenda de M. Labonté qui participait alors à la course au leadership de Vision Montréal, a affirmé Mme Harel. « Je ne connais pas personnellement M. Vaillancourt, mais il s'est présenté au bureau du DGE aujourd'hui », a-t-elle dit.
Jointe au téléphone hier soir, Mme Miville-Deschênes a nié avec vigueur ces affirmations, qualifiant ces insinuations d'odieuses. « Je n'ai jamais eu l'agenda de M. Labonté et je n'ai jamais incité qui que ce soit à témoigner dans les médias », a-t-elle affirmé au Devoir.
Le débat n'a pas fait de réel gagnant ni de perdant, mais les échanges musclés laissent entrevoir une fin de campagne corsée sur la délicate question de l'éthique et du financement des partis politiques.
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