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Martin attaque le «fédéralisme d'ouverture» de Harper

17 janvier 2006  Canada
Paul Martin s’efforce d’afficher sa confiance en dépit des sondages qui montrent que le Canada s’apprête à élire un gouvernement conservateur.
Photo : Agence Reuters
Paul Martin s’efforce d’afficher sa confiance en dépit des sondages qui montrent que le Canada s’apprête à élire un gouvernement conservateur.
Vancouver — À une semaine d'un scrutin qu'il risque de perdre, le chef libéral Paul Martin s'en est pris, hier, à la promesse de son adversaire conservateur, Stephen Harper, de pratiquer un «fédéralisme d'ouverture».

Le premier ministre sortant est conscient que cet engagement de M. Harper a propulsé ce dernier dans les intentions de vote au Québec. M. Martin s'est pourtant senti obligé, ces dernières semaines, de suivre le chef conservateur sur ce terrain, en prônant un fédéralisme «souple et moderne», et en rappelant qu'il appuyait l'accord constitutionnel du lac Meech, contrairement à Stephen Harper.

«M. Harper parle de fédéralisme d'ouverture, mais ses politiques disent toutes le contraire», a accusé Paul Martin dans un discours prononcé devant la Chambre de commerce de Vancouver, hier matin.

«Comment peut-il parler de fédéralisme d'ouverture quand le premier geste qu'il poserait comme premier ministre serait de mettre fin unilatéralement aux ententes signées avec toutes les provinces sur les garderies? a-t-il demandé. Comment peut-il parler de fédéralisme d'ouverture quand il veut mettre fin unilatéralement à l'entente de 5 milliards de dollars signée avec toutes les provinces pour améliorer la qualité de vie des autochtones? Comment peut-il parler de fédéralisme d'ouverture quand il promet d'augmenter les transferts aux provinces, mais qu'il n'en fait même pas mention dans son plan budgétaire?»

Les choses ne sont pas aussi simples: les conservateurs ont certes l'intention de mettre fin au programme pancanadien de garderies, encore à l'état embryonnaire, mais ils veulent le remplacer par des crédits d'impôt aux parents (1200 $ par année) et une subvention de 10 000 $ aux entreprises et aux organismes pour chaque place qu'ils créeraient.

Concernant l'accord pour les autochtones, Stephen Harper s'est engagé à respecter l'investissement de cinq milliards de dollars promis par Ottawa en novembre. Il veut simplement préciser, avec les provinces, les objectifs à atteindre avec les nouveaux fonds.

Sur la question du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, que les libéraux refusent de reconnaître, Paul Martin se montre incisif: il soutient qu'il en coûterait entre 12 et 40 milliards pour résoudre le problème, sur cinq ans. Or, les conservateurs n'ont inscrit aucun montant à cet effet dans leur plate-forme, s'en remettant à un surplus anticipé et non affecté de 22 milliards pour les cinq prochaines années.

Trou de 23 milliards?

C'est d'ailleurs en attaquant la crédibilité financière du programme conservateur que le chef libéral espère sauver son poste, lors du sprint qui s'amorce en vue du vote du 23 janvier.

Devant les quelques centaines de convives convoqués par la Chambre de commerce de Vancouver, M. Martin a une nouvelle fois mis l'accent sur sa plus grande réussite politique: l'élimination du déficit et la réduction de la dette du gouvernement fédéral, alors qu'il était ministre des Finances.

Paul Martin prétend que les conservateurs devront couper 23 milliards en services à la population, au cours des cinq prochaines années, pour mettre en oeuvre son programme. Or, il avait tenu des propos semblables pendant la campagne électorale de 2004 et, depuis, les libéraux ont dépensé plus que ce que les conservateurs promettaient alors.

Hier, M. Martin a tenté de discréditer la promesse des conservateurs d'offrir une exemption d'impôt pour les gains en capital qui sont réinvestis au cours d'une période de six mois. Selon Stephen Harper, cette initiative coûterait 150 millions par année, mais Paul Martin estime que la facture serait plutôt d'un milliard.

«Il y a deux groupes de citoyens qui pourraient bénéficier le plus de cette mesure: les gens riches et les gens encore plus riches, a affirmé le chef libéral. [Le plan de M. Harper] est facile à comprendre: il veut financer ces coupures d'impôt aux gens riches en annulant les coupes d'impôt pour la classe moyenne. [...] C'est impossible à justifier.»

Les libéraux poursuivent donc leur campagne négative contre les conservateurs, dans l'espoir de renverser le vent de changement qui semble souffler sur le pays. Encore hier, un sondage de la maison Strategic Counsel donnait 13 points d'avance aux conservateurs.

Le ministre de l'Industrie, David Emerson, a admis hier qu'il n'y aurait pas de «recette magique» pour redresser la situation. Il a dit espérer que l'électorat ait une «révélation» qui le fera se «réveiller à 4 heures du matin» pour se rendre compte qu'il faut voter libéral.

M. Emerson y est ensuite allé d'une analogie de hockey: selon lui, les libéraux tirent de l'arrière 3-1 dans la dernière moitié de la troisième partie!

«Nous ferions mieux de retirer le gardien bientôt», a-t-il lâché, en jurant qu'il ne visait pas Paul Martin.

Interrogé sur le sujet, le principal intéressé s'est efforcé de se montrer enthousiaste. «Ça va très bien, la campagne», a-t-il assuré.






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