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Ottawa tout en bleu?

Un gouvernement conservateur minoritaire n'aurait cependant pas la latitude voulue pour appliquer son programme

14 janvier 2006  Canada
Photo : La Presse canadienne (photo)
Ottawa — Pour la première fois en presque 13 ans, l'électorat canadien se montre prêt à changer de gouvernement. La peur de Stephen Harper semble s'être dissipée et les citoyens sont disposés à lui passer les rênes du pouvoir. Gouvernement minoritaire ou majoritaire, il est difficile pour l'instant de prévoir l'issue des élections.

On sait par contre qu'une administration minoritaire conservatrice disposera d'une marge de manoeuvre limitée à la Chambre des communes. Plusieurs des priorités de M. Harper ne récoltent pas l'appui des trois autres partis.

La maison de sondages Strategic Council a complété cette semaine une projection pour le compte du Globe and Mail du nombre de sièges que récoltera chaque parti politique le 23 janvier à la lumière des appuis qu'ils ont reçu dans les derniers sondages. Selon cette projection, le Parti conservateur serait à trois sièges d'une majorité absolue, remportant 152 sièges sur 308, contre 64 pour les libéraux, 60 pour le Bloc québécois et 21 pour le NPD.

Ce genre d'analyse n'est pas d'une fiabilité absolue: Strategic Council accorde un nombre impressionnant de huit députés conservateurs au Québec alors que le parti lui-même n'ose même pas en espérer plus de cinq. Il attribue aussi 21 sièges au Bloc à Montréal (contre 12 à la dissolution), prédit seulement sept députés libéraux au Québec et même un député indépendant en Colombie-Britannique. N'empêche que l'exercice prouve que, si un gouvernement majoritaire reste du domaine du possible, il est plus probable que le prochain Parlement soit hautement volatil.

Le Parti conservateur s'est engagé à mettre en avant cinq priorités, dont deux font l'unanimité contre elles au sein des autres partis fédéraux: la réduction de la TPS de 7 à 5 % et l'annulation des ententes signées avec les provinces pour créer un réseau de garderies.

«Sur la TPS, cela fera partie d'un plan plus général pour diminuer les impôts. Cela se retrouverait dans le budget», dévoile le porte-parole du chef, Dimitri Soudas.

Le Bloc québécois s'oppose à cette promesse parce qu'une telle réduction entraînerait un manque à gagner évalué à 200 millions de dollars pour le gouvernement du Québec, dont la taxe de vente s'applique sur la TPS. «Ça commence très mal pour quelqu'un qui veut régler le déséquilibre fiscal, lance en entrevue Gilles Duceppe. C'est une erreur. Il vaut mieux y aller par le biais des impôts.»

La réaction est la même du côté du NPD. «Personne ne veut payer plus de taxes, reconnaît le porte-parole Jamey Heath. Mais le citoyen ordinaire veut envoyer son enfant au collège, veut un système de santé fiable, et réduire la TPS ne permettra pas de faire cela.» Chez les libéraux, on a refusé de se prêter à l'exercice. «On ne répond à aucune question hypothétique qui se base sur un gouvernement conservateur», explique le porte-parole libéral Marc Roy.

On retrouve cette même opposition généralisée sur la promesse du PC de verser 1200 $ par an aux familles plutôt que de créer des places en garderie. Le Parti libéral n'appréciera pas qu'on veuille annuler ses ententes conclues avec les provinces. Le Bloc québécois non plus, même s'il considère qu'il s'agit d'un empiétement sur les compétences provinciales. «Il propose de mettre à terre le régime québécois», soutient M. Duceppe. Le NPD a besoin de ces ententes pour son propre plan de garderies.

Le chef conservateur ne semble pas inquiété par cette opposition groupée. Dans une entrevue accordée au magazine Maclean's cette semaine, il rappelle que «le public s'attend à ce qu'ils [les partis d'opposition] fassent un effort pour permettre à notre gouvernement de réussir».

Il prédit que l'opposition libérale votera le plus souvent avec son gouvernement. «Les libéraux détiendront les votes véritablement décisifs. Le Parti libéral dit des choses sur l'immigration, les fiducies de revenu, la santé, les impôts, qui ressemblent de plus en plus au programme conservateur.» M. Harper pousse l'analyse un cran plus loin en soutenant qu'il ne serait pas dans l'intérêt d'une opposition libérale, qu'il imagine en pleine course à la direction pour remplacer Paul Martin, de défaire un gouvernement conservateur à la première occasion. «Je ne pense pas que le public apprécierait beaucoup qu'un Parti libéral qui vient à peine d'être défait se retourne et se trouve une excuse pour renverser le gouvernement.»

Les trois autres priorités de M. Harper (la loi et l'ordre, la santé et l'imputabilité) récoltent chacune l'appui d'au moins un autre parti, ce qui facilitera la vie de son gouvernement. Mais deux autres sujets risquent de soulever la controverse. Stephen Harper a indiqué que, s'il recevait une demande de participation au bouclier antimissile de la part des États-Unis, il soumettrait celle-ci au vote de la Chambre des communes. Sur ce point, tant le NPD que le Bloc s'opposent farouchement au PC. Le Parti libéral, après avoir tergiversé sur cette question lorsqu'il formait le gouvernement, en fait maintenant une question de valeurs.

Enfin, les trois partis veulent faire appliquer le protocole de Kyoto sur les changements climatiques. M. Harper, bien qu'il n'ait jamais promis de répudier la signature du Canada, juge ses objectifs irréalistes. On peut imaginer que les partis d'opposition pourraient monnayer leur appui à une initiative chère au gouvernement contre un financement accru à un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, par exemple.
 
 
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