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L'épreuve des faits: Publicités mensongères

Alec Castonguay   12 janvier 2006  Canada
Ottawa — Le moins que l'on puisse dire, c'est que les nouvelles publicités du Parti libéral du Canada ne font pas dans la dentelle. Gros plan sur le visage de Stephen Harper qui a la bouche ouverte, bruit de tambours guerriers, phrases assassines... tout pour secouer l'électorat, alors que les conservateurs trônent solidement en tête des sondages. Mais est-ce que les informations à l'intérieur de ces publicités sont vraies? Certaines oui, alors que d'autres relèvent carrément du mensonge. Voyons les plus importantes affirmations.

D'abord, la fameuse publicité que les libéraux ont retirée après une plainte de l'armée canadienne. Elle ne sera probablement jamais diffusée, mais puisque tous les bulletins de nouvelles la montrent depuis hier, autant l'éclaircir. Elle disait: «Stephen Harper veut augmenter la présence des militaires dans nos villes. Nos villes canadiennes. Des soldats armés dans nos villes. Au Canada. On ne l'invente pas.»

Cette information est au mieux une demi-vérité. La promesse des conservateurs rendue publique vers la fin du mois de décembre ne vise pas à remplir les villes de soldats à l'image d'un régime militaire ou encore de poster des gardes armés dans les endroits stratégiques comme dans certaines villes menacées par le terrorisme (Madrid, par exemple). Les conservateurs ont plutôt promis d'ajouter 100 militaires et 400 réservistes dans plusieurs grandes villes du pays qui renferment moins de soldats sur une base permanente. Ces militaires auraient comme responsabilité de porter secours à la population en cas de catastrophe naturelle, d'alerte terroriste ou d'épidémie. Sans plus.

Une autre publicité attaque les conservateurs en affirmant que ceux-ci veulent retirer aux femmes le droit de décider librement si elles se font avorter. C'est faux. Au congrès d'orientation du mois de mars 2005, les militants conservateurs ont rejeté l'idée de légiférer sur l'avortement. Hier, sous les attaques libérales, Stephen Harper a de nouveau répété sa position sur le sujet: «Un gouvernement conservateur ne mettra pas de l'avant, ne supportera pas [sic] et ne débattra pas d'une loi sur l'avortement dans ce pays. J'ai été clair là-dessus», a-t-il dit.

Sur le déficit maintenant. Une publicité libérale prétend qu'un gouvernement conservateur ramènerait le pays dans le rouge. Pour l'heure, rien ne prouve cette prétention. Non seulement la manière libérale de calculer a des failles (voir «L'épreuve des faits» de mardi dernier), mais le PC n'a pas encore dévoilé sa plateforme complète, ce qui empêche de voir le portrait général. De plus, le PC a en main une lettre du respecté organisme Conference Board, qui a de son côté eu accès à la plateforme entière et qui juge que le programme conservateur n'entraînera pas de déficit, remboursera la dette et aura un coussin de 15,7 milliards sur cinq ans.

Sur la guerre en Irak, une publicité affirme que Stephen Harper aurait envoyé des troupes dans ce pays en guerre. En réalité, il est difficile de le savoir. Est-ce que Stephen Harper était en faveur de la guerre en Irak? Oui, sans aucun doute. Dans une lettre ouverte qu'il signait dans le National Post le 21 mars 2003, il soulignait que la décision de Jean Chrétien de ne pas suivre les Américains «était une erreur». Toutefois, il n'a jamais dit que le Canada devait envoyer des soldats, laissant entendre qu'un soutien logistique était préférable. Le chef conservateur soutient aujourd'hui qu'il était impossible d'envoyer des soldats compte tenu des limites de l'armée canadienne et des obligations d'Ottawa ailleurs dans le monde. Il affirme qu'il ne participera pas à ce conflit.

Une annonce libérale affirme que Stephen Harper est contre le protocole de Kyoto. C'est vrai. Le chef conservateur a toujours soutenu que les objectifs de Kyoto étaient impossibles à atteindre pour le Canada. Sa politique sur l'environnement n'est toujours pas claire aujourd'hui. Si le PC affirme ne pas vouloir déchirer l'accord, il refuse toutefois de s'engager à atteindre les objectifs de Kyoto. Le parti estime que son plan en environnement, qui reste à être dévoilé, va réduire les GES, mais il refuse de fixer une cible.

Une autre publicité cite une lettre ouverte publiée dans le très conservateur journal américain Washington Times le 2 décembre dernier. Dans cet article, Patrick Basham, du think tank de droite Cato Institute, avance que l'élection de Harper amènerait «un sourire sur le visage de George W. Bush». Cette lettre a effectivement paru. Stephen Harper a d'ailleurs répliqué sévèrement quelques jours plus tard en envoyant un texte au Washington Times dans lequel il souligne les différences entre le PC et les politiques de Bush.
 
 
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