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Tir groupé contre Harper

Alec Castonguay   11 janvier 2006  Canada
Dans une atmosphère tendue, Stephen Harper a serré la main de Gilles Duceppe sous le regard de Paul Martin et de Jack Layton, quelques minutes avant le début du dernier débat de la campagne, qui s’est déroulé en français à Montréal hier soir.
Photo : Jacques Nadeau
Dans une atmosphère tendue, Stephen Harper a serré la main de Gilles Duceppe sous le regard de Paul Martin et de Jack Layton, quelques minutes avant le début du dernier débat de la campagne, qui s’est déroulé en français à Montréal hier soir.
Il y a maintenant trois partis fédéraux d'importance qui se disputent le choix des Québécois, et le débat d'hier en français reflétait cette nouvelle réalité. Habituellement épargné par une guerre de mots livrée essentiellement entre le Bloc québécois et le Parti libéral, Stephen Harper a cette fois été au coeur des attaques, forcé de défendre à plusieurs reprises son programme et ses intentions.

À tous les détours, Paul Martin a tenté de dépeindre son rival conservateur comme un politicien trop à droite pour diriger le pays, évoquant même la question de l'avortement, pourtant un enjeu réglé du côté conservateur. Le chef libéral a accusé Stephen Harper de plier les genoux devant les Américains, de vouloir déchirer le protocole de Kyoto, de désirer se joindre aux États-Unis concernant le bouclier antimissile et de vouloir renier l'entente sur les garderies conclue avec les provinces.

Gilles Duceppe a de son côté accusé Stephen Harper d'être soudainement devenu l'ami du Québec alors qu'il s'est opposé, pas plus tard que cet automne, à une motion du Bloc proposant de donner une voix sur la scène internationale au Québec.

Régulièrement, le chef bloquiste a mis les libéraux et les conservateurs dans le même panier, notamment dans l'affaire d'Option Canada.

À la sortie du débat, le chef conservateur a d'ailleurs confié à la presse — avec satisfaction — qu'il se sentait davantage visé. «C'est clair que le Bloc est plus agressif et cela indique que nous faisons partie de la scène politique fédérale au Québec», a-t-il dit.

Gilles Duceppe a d'ailleurs lancé les hostilités du débat en revenant sur le plus récent rebondissement électoral. Il a de nouveau qualifié, comme la veille, l'histoire d'Option Canada de «scandale fédéral», et non pas libéral, puisque certains conservateurs siégeaient au Conseil pour l'unité canadienne, de qui dépendait Option Canada en 1995. «C'est le même monde, a-t-il dit. Option Canada démontre que les libéraux et les conservateurs ne sont pas différents. Ils ont détourné des fonds publics et violé les lois de René Lévesque.» La référence à l'ex-premier ministre péquiste n'était pas innocente puisque Stephen Harper se réclame souvent de lui pour promouvoir son programme en matière d'imputabilité.

Accusé par Paul Martin de faire du «salissage» et par Stephen Harper de pousser trop loin la rhétorique, Gilles Duceppe a soutenu que «ce n'est pas du salissage, de demander des comptes», affirmant notamment que le sénateur Pierre Claude Nolin, actuellement en charge de la campagne des conservateurs au Québec, était parmi les organisateurs du love-in qui a eu lieu à Montréal, «un événement financé en contravention de la loi référendaire au Québec», a dit M. Duceppe. Le chef conservateur a répliqué que «ce n'est pas un crime de défendre le fédéralisme au Québec» et que Gilles Duceppe devrait faire attention à ce qu'il dit. «C'est un devoir de promouvoir le Canada», a déclaré M. Harper.

Ce dernier a gardé son calme, tentant d'expliquer ses politiques et ses idées, notamment les propositions populaires au Québec, comme le règlement du déséquilibre fiscal et la place du Québec dans certains forums internationaux comme l'UNESCO. Il a rappelé son idée de réduire la TPS, une mesure «plus équitable» selon lui que les baisses d'impôt proposées par les libéraux, «qui ne profitent pas aux 30 % des gens les plus pauvres du pays, qui ne paient pas d'impôt». Paul Martin a dit être d'avis contraire.

Surtout, M. Harper a tendu la main aux électeurs québécois, les invitant à voter du côté du pouvoir. Il a indiqué qu'il ne formerait pas d'alliance formelle avec le Bloc québécois à la Chambre des communes advenant un autre gouvernement minoritaire. «Le Bloc québécois est un parti souverainiste. C'est difficile d'avoir une vraie alliance. J'ai besoin de vrais Québécois autour de ma table de cabinet. Des gens comme Josée Verner, Lawrence Cannon, Maxime Bernier, Daniel Fournier, Jean-Pierre Blackburn [tous des candidats]. Ils sont aussi des Québécois.»

Le chef libéral a quant à lui appelé les Québécois à ne pas voter pour le Bloc, puisque ce parti «ne peut pas empêcher cette glissade vers la droite» que serait un gouvernement Harper. Paul Martin a presque consenti la victoire à son adversaire conservateur en demandant ce que le Bloc pourrait faire lorsque Harper serait premier ministre. «Le problème de M. Duceppe, c'est qu'il est impuissant! a-t-il lancé. Parce que si jamais M. Harper devient premier ministre et qu'il décide d'engager le pays en Irak, il ne pourra rien faire.»

Paul Martin a rappelé qu'il était en faveur de l'accord du Lac-Meech et de la société distincte. «Harper était contre, il est à droite», a-t-il dit. Selon des récents coups de sonde de Strategic Counsel et Ekos, le PLC et le PC seraient pratiquement à égalité au Québec, forçant Paul Martin à combattre le Bloc tout en protégeant ses arrières du côté fédéraliste, d'où les attaques contre Harper. M. Martin a accusé M. Harper de dire une chose au Québec et une autre dans le reste du Canada. «Il va falloir dire la même chose dans les deux langues», a-t-il lancé. Il lui a demandé entre autres combien coûterait sa promesse de régler le déséquilibre fiscal. «Combien allez-vous donner au Québec? Combien allez-vous donner à l'Ontario? La réponse est dans les détails.» «Je dis la même chose en anglais et en français, et je dis la même chose chaque jour. Pas comme vous!», a répliqué M. Harper.

Jack Layton, qui avait peu de gains à faire hier soir auprès de l'électorat francophone, a tout de même souligné que le NPD est la solution «pour changer la politique». «C'est le temps de dire "assez" à l'arrogance des libéraux et aux promesses en l'air des conservateurs», a-t-il dit. Il s'est pourtant fait poser une question sur sa pertinence au Québec, à quoi il a répondu que «tout le monde en parle», faisant référence à son passage à la populaire émission.

Questions sociales

Les questions de nature sociale ont donné lieu à des réponses intéressantes de la part des chefs. La délicate question du suicide assisté a été abordée, l'animatrice demandant aux chefs ce qu'ils feraient si jamais un de leurs proches, malade, leur demandait de mettre fin à ses jours. Paul Martin et Stephen Harper ont dit qu'il fallait s'y opposer, alors que Gilles Duceppe et Jack Layton ont soutenu que le temps de débattre du sujet était arrivé. Paul Martin a toutefois été le seul à adopter un ton plus personnel en répondant qu'il «ne pourrait pas» appliquer cette mesure à l'un de ses proches. Mais de toute évidence, le sujet a touché les quatre chefs, le ton des échanges changeant alors du tout au tout.

Sur la question de la décriminalisation de la marijuana, le fossé s'est révélé entre MM. Harper et Martin, le premier indiquant qu'il ne ramènerait pas au menu législatif l'idée de décriminaliser la possession de petites quantités de drogue. «C'est un mauvais signal à envoyer à la population. La hausse de la criminalité a plusieurs causes, mais cela comprend le trafic de drogue.»

Petite note cocasse, M. Martin a complètement raté son attaque contre le chef conservateur sur la question de l'avortement. Dans un lapsus, il a demandé à M. Layton pourquoi il voulait empêcher les femmes de se faire avorter si elles le désirent. «Est-ce cela, votre agenda caché?», a-t-il lancé, frondeur. L'animatrice a alors donné la parole à M. Layton, qui a bondi en accusant M. Martin de fabriquer des faits.

Le sujet des relations avec les États-Unis a donné lieu à de bons échanges. Paul Martin a accusé M. Harper d'être à genoux devant Washington, ce à quoi M. Harper lui a plutôt reproché d'avoir envenimé les relations entre les deux pays en insultant nos voisins. «Dire la vérité aux Américains, ce n'est pas les insulter, et c'est la différence entre vous et moi», a répondu le chef libéral. Du tac au tac, Jack Layton et Gilles Duceppe ont souligné que le chef libéral était plus généreux de paroles que de gestes dans ce dossier. «Le problème de M. Martin est qu'il parle tout le temps mais qu'il n'agit pas», a lancé le chef néo-démocrate.

Le PC en tête au Canada... et en Ontario

Le dernier débat de la campagne électorale survient au moment où l'avance du Parti conservateur ne cesse de croître d'un sondage à l'autre. Hier, la firme Ekos publiait dans le Toronto Star et La Presse des résultats qui placent le PC en tête par 12 points. Les troupes de Stephen Harper récolteraient 39,1 % à l'échelle nationale contre 26,8 % pour le PLC. Le NPD suit avec 16,2 %. Ekos a interrogé 1240 personnes, ce qui conduit à une marge d'erreur de 2,8 %, 19 fois sur 20. Au Québec, le Bloc est toujours en tête avec 52,4 % des intentions de vote. Le PC (19,1 %) et le PLC (17,4 %) seraient à égalité, compte tenu de la marge d'erreur de 5,4 % au Québec. Le NPD ferme la marche avec 7,9 %.






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 11 janvier 2006 05h55
    Voter utile
    « Il n'est pas inutile de rappeler cette « prévision » du Washington Times du 2 décembre 2005 sous le titre: «Gift from Canada?». «Pourquoi le président Bush espère que Noël viendra un peu plus tard cette année? Parce que le 23 janvier, le Canada peut élire le politicien le plus proaméricain en Occident. L'économiste du libre échange Stephen Harper, chef du Parti conservateur, est en faveur du libre-échange, en faveur de la guerre en Irak, contre le protocole de Kyoto et socialement conservateur.

    Que se pousse Tony Blair: s'il est élu, M. Harper deviendra rapidement le nouveau meilleur ami de M. Bush sur le plan international et le porte-étendard de son leader étranger idéal.»

    Et le rédacteur Patrick Basham aurait pu ajouter le bouclier anti-missiles, l'abandon de la définition civile du mariage au profit d'une définition religieuse, et que sais-je encore. Car ce qui menace le Canada, en cas de gouvernement conservateur, c'est de retrouver le Canada à la remorque des Etats-Unis. Et alors que G.W. Bush est mal en point dans son pays et même dans son parti, avec les révélations de tous ordres qui apparaissent presque chaque jour, il serait ravi de trouver un allé à sa porte. D'autant que la situation de son ami Blair n'est pas non plus des plus brillantes et qu'il songe à retirer ses troupes d'Irak.

    Mais le Canada a-t-il vocation à soutenir G.W' Bush et son administration en péril?
    Et dans sa grande majorité, le Québec est hostile à ces politiques de S. Harper. On voit donc mal pourquoi il s'en accommoderait pour voter, si ce n'est en réaction contre les candidats libéraux, sans vouloir soutenir les indépendantistes de G. Duceppe. On peut regretter la faible implantation du NPD au Québec, qui a pourtant des politiques sociales intéressantes, et qui offre une solution fédérale alternative aux déçus du parti libéral qui ne veulent pas voter pour des séparatistes.

    Il faut d'ailleurs reconnaître, au passage, que voter pour Duceppe et les candidats du Bloc, c'est voter conservateur, puisque ce vote va favoriser l'apparition d'un gouvernement conservateur, en affaiblissant les libéraux. Et c'est un paradoxe, puisque Duceppe et consorts s'opposent aux grandes politiques conservatrices mentionnées ci-dessus. Le vote bloquiste n'est donc pas inutile, puisque c'est indirectement un vote conservateur. Est-ce ce que veulent les électeurs bloquistes? »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    mercredi 11 janvier 2006 09h59
    Harper mène le bal
    « Les attaques de Martin et de Duceppe ne font que renforcer l'appui de l'électorat canadien pour le chef conservateur Harper car il y a bien des Canadiens de la droite qui en ont marre des politiques ultra-socialistes des libéraux, des néo-démocrates et des bloquistes sans compter leur tendance marquée pour l'avortement, le mariage gai et la légalisation de la drogue, des politiques dont bien des citoyens peuvent facilement s'en défaire pour retourner à des valeurs morales et des comportements humains acceptables et non choquants. »

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mercredi 11 janvier 2006 18h15
    l'abus du NATIONAL
    « Stephen Harper récolteraient 39,1 % à l'échelle nationale ....

    Il n'y a pas d'échelle NATIONALE

    il y a une éhcelle PAN-CANADIENNE

    Ça commence à faire l'abus du NATIONAL ... pour parler du Canada »

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