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Suzanne Tremblay réussit encore à mettre son chef dans l'embarras

Le Bloc ne privilégie pas l'élection d'un gouvernement conservateur, précise Gilles Duceppe

21 décembre 2005  Canada
Les Méchins — Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a cherché hier à prendre ses distances des propos tenus la veille par l'ex-députée bloquiste Suzanne Tremblay, qui a affirmé qu'elle souhaitait l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire.

«J'espère qu'on va garder un gouvernement minoritaire, conservateur cette fois-là, dans le prochain Parlement», a déclaré Mme Tremblay à l'émission Matin express, sur les ondes du Réseau de l'information.

Hier, de passage aux Méchins, en Gaspésie, le chef bloquiste a paru légèrement embarrassé par la sortie de son ex-députée, qui n'a jamais eu la langue dans sa poche.

«C'est une ancienne députée qui n'a pas de poste dans le Bloc, a souligné M. Duceppe. Elle ne peut pas dire que le Bloc québécois souhaite ça. C'est son opinion à elle. [...] Elle a le droit d'avoir son opinion, mais le Bloc n'a pas changé d'opinion. Je suis bien placé pour le dire: c'est moi qui le dirige et nous, nous disons [que] nous respectons le choix qui sera fait par les Canadiens.»

Il reste que l'opinion exprimée par Suzanne Tremblay est partagée par de nombreux militants souverainistes. Certains calculent en effet qu'un gouvernement de Stephen Harper, qui serait éloigné des valeurs québécoises sur le plan social — et avec peu de députés du Québec —, pourrait accroître l'appui à la souveraineté.

Gilles Duceppe n'a pas nié que cette thèse existait, en faisant toutefois remarquer qu'il y en avait d'autres.

«J'appelle souvent des gens indécis qui me disent: "Vous n'avez pas peur que les libéraux soient trop faibles ailleurs et que les conservateurs rentrent? Ils sont tellement loin de nous autres avec leurs préoccupations... "»

Devant ces calculs divergents, le chef du Bloc ne voit évidemment qu'une seule solution: «Le Québec parlera d'une voix d'autant plus forte qu'il y aura le plus grand nombre de députés du Bloc à Ottawa.»

M. Duceppe a répété que son parti appuierait toute mesure allant dans le sens des intérêts du Québec, peu importe le parti qui la proposerait.

«Si [le chef libéral] Paul Martin disait aujourd'hui qu'il reconnaît le déséquilibre fiscal, je féliciterais Paul Martin, a-t-il dit. Je n'ai pas de problème avec ça.»

Il faudra voir si l'électorat québécois se montrera réceptif à l'engagement ferme pris par M. Harper, lundi, d'éliminer le «déséquilibre fiscal» entre Ottawa et les provinces, d'élargir le rôle du Québec sur la scène internationale et de faire adopter une «Charte du fédéralisme d'ouverture».

Quand on lui a demandé ce qui lui importait le plus entre des politiques sociales proches des Québécois et une position constitutionnelle conciliante, Gilles Duceppe n'a pas voulu faire de choix. «L'un ne doit pas exclure l'autre», a-t-il soutenu.

Les libéraux ont fait leurs choux gras de la déclaration de Suzanne Tremblay. Dans un communiqué diffusé lundi, ils ont accusé les bloquistes d'espérer l'élection d'un gouvernement conservateur afin d'«isoler» politiquement le Québec.
 
 
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