Circonscriptions à surveiller: Jeanne-Le Ber
Liza Frulla a « prêté » son chapeau de ministre pour se concentrer sur son terrain
Photo : Jacques Grenier
La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, a eu une «dispense» cette année: elle n’est pas conscrite pour sillonner le Québec, et même le Canada, comme aux dernières élections.
Tous les lundis, Le Devoir trace le portrait d'une circonscription électorale où la lutte est intéressante. Aujourd'hui, la circonscription de Jeanne-Le Ber, dans le Sud-Ouest de Montréal, là où le résultat a été le plus serré en 2004. Un dépouillement judiciaire a en effet permis d'établir à seulement 72 voix la majorité de la ministre du Patrimoine Liza Frulla.
Débordante d'énergie, Liza Frulla semble apprécier cette campagne électorale en période de festivités. Rapidement expédiée la phrase convenue déplorant le déclenchement hâtif des élections, elle avoue qu'elle prend un plaisir fou à danser et à serrer des mains dans les partys des fêtes. «Je suis très Noël», confie-t-elle.
La ministre du Patrimoine a eu une «dispense» cette année: elle n'est pas conscrite pour sillonner le Québec, et même le Canada, comme aux dernières élections. Et pour cause, Liza Frulla a remporté son siège par seulement 72 voix de majorité en 2004, talonnée de près par le bloquiste Thierry St-Cyr, qui se présente à nouveau cette année.
«J'ai l'impression que c'est une campagne plus personnelle. Je suis contente qu'on ne m'oblige pas comme ministre à faire campagne ailleurs. C'est un beau cadeau [...] J'ai prêté mon chapeau de ministre à ma sous-ministre. Mon chef de cabinet est à Ottawa. Je me concentre uniquement sur mon comté», affirme Mme Frulla, heureuse de rentrer dormir chez elle tous les soirs, auprès de son organisateur politique de mari.
C'est précisément sur son manque de disponibilité et son aura plus nationale que son rival bloquiste a choisi d'enfoncer le clou. «Dans le comté, on a une ministre, mais pas de députée», lance le jeune Thierry St-Cyr, qui avait causé une grande surprise il y a 18 mois en ramenant la majorité libérale de quelque 10 000 à seulement 72 voix. Précisant qu'il n'a jamais cessé de faire campagne depuis, il allègue qu'il n'a «jamais croisé» Mme Frulla avant le déclenchement de l'élection. Même ritournelle de la libérale: «Je ne l'ai jamais vu nulle part; cela veut dire qu'on ne fréquente pas les mêmes places!»
Rival bloquiste
Le candidat de 28 ans provient de la filière plutôt classique du mouvement étudiant: arrivé à l'âge adulte au moment du référendum de 1995, il s'est engagé au sein de son association étudiante au collège de Saint-Jérôme, puis dans celle de la faculté de génie à l'Université Sherbrooke. Sitôt ses études terminées, M. St-Cyr a adopté le Sud-Ouest et travaille maintenant chez Motorola. «Ce comté est prenable, il faut le monter, le restructurer», s'est dit le souverainiste qui préside depuis 2003 l'association bloquiste locale. Il estime être avantagé par l'arrivée dans le coin de plusieurs jeunes professionnels qui affectionnaient auparavant le Plateau.
Le visage de la circonscription, qui comprend notamment Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles, Côte-Saint-Paul et Verdun, demeure néanmoins très populaire. Le bloquiste soutient que le Parti libéral «n'a rien fait pour [les pauvres]. C'est Paul Martin qui a aboli le financement pour les logements sociaux, qui a effectué la réforme de l'assurance-emploi qui pénalise les femmes et les jeunes».
Par ricochet, il cible Mme Frulla en mentionnant qu'elle a voté contre un projet de loi anti-briseurs de grève, en faveur de la réforme de l'assurance-emploi ou encore contre une motion visant à reconnaître que le Québec forme un peuple.
Critiquée de la sorte, Mme Frulla y va d'une petite phrase cinglante: «Ces candidats-là, on leur met une chip [puce] dans le dos, on pèse sur le bouton et ils disent tous la même affaire à travers le Québec.» Elle souligne entre autres que le Bloc québécois a voté contre le budget qui allouait 1,6 milliard au logement social.
Mme Frulla tente de tourner à son avantage son statut de ministre, voire son passé au sein du gouvernement libéral provincial. En parlant du projet de construire des logements sociaux sur le site de l'ancien centre de tri postal, elle rappelle qu'elle a réussi à faire changer la réglementation pour le faciliter grâce à la collaboration du président du Conseil du trésor, Reg Alcock. «C'est le genre de projet [celui du tri postal] où il faut être autour de la table du Conseil des ministres pour les voir», plaide Mme Frulla, qui parle aussi de ses bons liens avec «son grand ami» le maire de Montréal et ses autres anciens collègues députés provinciaux.
Elle juge plutôt confortable la position du Bloc: «Ils se limitent à poser des questions. Quand nous avons la responsabilité d'un dossier et qu'on réussit, ils disent que c'est grâce à eux [...] Quand on ne réussit pas, pour toutes sortes de raisons, c'est de notre faute.»
À l'instar de son chef, Mme Frulla s'inquiète à l'idée que le Bloc pourrait franchir la barre symbolique de 50 % d'appui, dans ce qui pourrait être la première période d'un match menant à un référendum. «Si le Bloc devient plus fort, il faut que les gens réalisent qu'ils enrichissent le mouvement souverainiste. [Si le Bloc obtient 50 %], c'est un affaiblissement considérable du mouvement souverainiste», croit celle qui a participé entre autres aux deux campagnes référendaires.
Relents du scandale
Le scandale des commandites qui a déjà failli lui coûter son siège lors du dernier scrutin revient la hanter de plus belle. On a vu Mme Frulla monter sur ses ergots il y a deux semaines, outrée par les insinuations du chef bloquiste Gilles Duceppe qui tentait de la lier au scandale des commandites.
Elle s'empresse de dire qu'elle a placé les dons reçus de certains acteurs du scandale en 2002 en fiducie dès qu'elle a su de quoi il retournait. «Quand tu lances des choses comme cela dans l'univers, cela reste. Cela, je ne l'ai pas pris», fait-elle valoir, ajoutant que le chef fondateur du Bloc, Lucien Bouchard, «ne se serait jamais abaissé à faire de tels gestes».
«L'ennui, c'est que tout le monde n'était pas au courant chez les libéraux», rétorque Thierry St-Cyr. Il en rajoute en soulignant que son ancien chef de cabinet, John Welch, a contribué au fameux rapport de Groupaction livré trois fois plutôt qu'une au gouvernement. «Quand elle a vu dans son CV qu'il avait travaillé un an chez Groupaction, est-ce qu'elle lui a demandé ce qu'il y faisait?», lance-t-il.
La défense de Liza Frulla? M. Welch est un chef de cabinet reconnu, qui n'a travaillé que deux mois et demi pour elle. Il n'a en outre pas été montré du doigt par le juge Gomery dans son rapport.
La lutte promet d'être très chaude le 23 janvier dans Jeanne-Le Ber, où le PLC avait récolté 41,08 % comparativement à 40,92 % pour le Bloc, en 2004. Le NPD avait quant à lui recueilli 7 % d'appui contre seulement 5,5 % pour le Parti conservateur. Le NPD présente quant à lui un jeune candidat, Matthew McLaughlin, traducteur de formation. C'est un jeune comptable qui représentera cette année les couleurs du PC: Pierre-Olivier Brunelle.
Débordante d'énergie, Liza Frulla semble apprécier cette campagne électorale en période de festivités. Rapidement expédiée la phrase convenue déplorant le déclenchement hâtif des élections, elle avoue qu'elle prend un plaisir fou à danser et à serrer des mains dans les partys des fêtes. «Je suis très Noël», confie-t-elle.
La ministre du Patrimoine a eu une «dispense» cette année: elle n'est pas conscrite pour sillonner le Québec, et même le Canada, comme aux dernières élections. Et pour cause, Liza Frulla a remporté son siège par seulement 72 voix de majorité en 2004, talonnée de près par le bloquiste Thierry St-Cyr, qui se présente à nouveau cette année.
«J'ai l'impression que c'est une campagne plus personnelle. Je suis contente qu'on ne m'oblige pas comme ministre à faire campagne ailleurs. C'est un beau cadeau [...] J'ai prêté mon chapeau de ministre à ma sous-ministre. Mon chef de cabinet est à Ottawa. Je me concentre uniquement sur mon comté», affirme Mme Frulla, heureuse de rentrer dormir chez elle tous les soirs, auprès de son organisateur politique de mari.
C'est précisément sur son manque de disponibilité et son aura plus nationale que son rival bloquiste a choisi d'enfoncer le clou. «Dans le comté, on a une ministre, mais pas de députée», lance le jeune Thierry St-Cyr, qui avait causé une grande surprise il y a 18 mois en ramenant la majorité libérale de quelque 10 000 à seulement 72 voix. Précisant qu'il n'a jamais cessé de faire campagne depuis, il allègue qu'il n'a «jamais croisé» Mme Frulla avant le déclenchement de l'élection. Même ritournelle de la libérale: «Je ne l'ai jamais vu nulle part; cela veut dire qu'on ne fréquente pas les mêmes places!»
Rival bloquiste
Le candidat de 28 ans provient de la filière plutôt classique du mouvement étudiant: arrivé à l'âge adulte au moment du référendum de 1995, il s'est engagé au sein de son association étudiante au collège de Saint-Jérôme, puis dans celle de la faculté de génie à l'Université Sherbrooke. Sitôt ses études terminées, M. St-Cyr a adopté le Sud-Ouest et travaille maintenant chez Motorola. «Ce comté est prenable, il faut le monter, le restructurer», s'est dit le souverainiste qui préside depuis 2003 l'association bloquiste locale. Il estime être avantagé par l'arrivée dans le coin de plusieurs jeunes professionnels qui affectionnaient auparavant le Plateau.
Le visage de la circonscription, qui comprend notamment Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles, Côte-Saint-Paul et Verdun, demeure néanmoins très populaire. Le bloquiste soutient que le Parti libéral «n'a rien fait pour [les pauvres]. C'est Paul Martin qui a aboli le financement pour les logements sociaux, qui a effectué la réforme de l'assurance-emploi qui pénalise les femmes et les jeunes».
Par ricochet, il cible Mme Frulla en mentionnant qu'elle a voté contre un projet de loi anti-briseurs de grève, en faveur de la réforme de l'assurance-emploi ou encore contre une motion visant à reconnaître que le Québec forme un peuple.
Critiquée de la sorte, Mme Frulla y va d'une petite phrase cinglante: «Ces candidats-là, on leur met une chip [puce] dans le dos, on pèse sur le bouton et ils disent tous la même affaire à travers le Québec.» Elle souligne entre autres que le Bloc québécois a voté contre le budget qui allouait 1,6 milliard au logement social.
Mme Frulla tente de tourner à son avantage son statut de ministre, voire son passé au sein du gouvernement libéral provincial. En parlant du projet de construire des logements sociaux sur le site de l'ancien centre de tri postal, elle rappelle qu'elle a réussi à faire changer la réglementation pour le faciliter grâce à la collaboration du président du Conseil du trésor, Reg Alcock. «C'est le genre de projet [celui du tri postal] où il faut être autour de la table du Conseil des ministres pour les voir», plaide Mme Frulla, qui parle aussi de ses bons liens avec «son grand ami» le maire de Montréal et ses autres anciens collègues députés provinciaux.
Elle juge plutôt confortable la position du Bloc: «Ils se limitent à poser des questions. Quand nous avons la responsabilité d'un dossier et qu'on réussit, ils disent que c'est grâce à eux [...] Quand on ne réussit pas, pour toutes sortes de raisons, c'est de notre faute.»
À l'instar de son chef, Mme Frulla s'inquiète à l'idée que le Bloc pourrait franchir la barre symbolique de 50 % d'appui, dans ce qui pourrait être la première période d'un match menant à un référendum. «Si le Bloc devient plus fort, il faut que les gens réalisent qu'ils enrichissent le mouvement souverainiste. [Si le Bloc obtient 50 %], c'est un affaiblissement considérable du mouvement souverainiste», croit celle qui a participé entre autres aux deux campagnes référendaires.
Relents du scandale
Le scandale des commandites qui a déjà failli lui coûter son siège lors du dernier scrutin revient la hanter de plus belle. On a vu Mme Frulla monter sur ses ergots il y a deux semaines, outrée par les insinuations du chef bloquiste Gilles Duceppe qui tentait de la lier au scandale des commandites.
Elle s'empresse de dire qu'elle a placé les dons reçus de certains acteurs du scandale en 2002 en fiducie dès qu'elle a su de quoi il retournait. «Quand tu lances des choses comme cela dans l'univers, cela reste. Cela, je ne l'ai pas pris», fait-elle valoir, ajoutant que le chef fondateur du Bloc, Lucien Bouchard, «ne se serait jamais abaissé à faire de tels gestes».
«L'ennui, c'est que tout le monde n'était pas au courant chez les libéraux», rétorque Thierry St-Cyr. Il en rajoute en soulignant que son ancien chef de cabinet, John Welch, a contribué au fameux rapport de Groupaction livré trois fois plutôt qu'une au gouvernement. «Quand elle a vu dans son CV qu'il avait travaillé un an chez Groupaction, est-ce qu'elle lui a demandé ce qu'il y faisait?», lance-t-il.
La défense de Liza Frulla? M. Welch est un chef de cabinet reconnu, qui n'a travaillé que deux mois et demi pour elle. Il n'a en outre pas été montré du doigt par le juge Gomery dans son rapport.
La lutte promet d'être très chaude le 23 janvier dans Jeanne-Le Ber, où le PLC avait récolté 41,08 % comparativement à 40,92 % pour le Bloc, en 2004. Le NPD avait quant à lui recueilli 7 % d'appui contre seulement 5,5 % pour le Parti conservateur. Le NPD présente quant à lui un jeune candidat, Matthew McLaughlin, traducteur de formation. C'est un jeune comptable qui représentera cette année les couleurs du PC: Pierre-Olivier Brunelle.
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