Le Canada et l'UE ciblent Washington
Bush est sommé de lutter contre les changements climatiques
L'Union européenne et le Canada ont ciblé les États-Unis hier à l'ouverture de la phase politique de la conférence internationale de Montréal sur le climat, réclamant du président George W. Bush qu'il livre en quelque sorte la marchandise promise lors de la dernière rencontre du G8 à Gleneagles, en Écosse, et au Sommet des Nations unies de septembre dernier en se joignant aux efforts de la communauté internationale pour lutter contre les changements climatiques.
Le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a cité textuellement le communiqué final de la rencontre de Gleneagles, où le président Bush avait déclaré avec ses collègues: «Nous sommes prêts à avancer à ce forum [la conférence de Montréal] dans une discussion globale sur un plan d'action et de coopération à long terme pour faire face aux changements climatiques.»
«Je m'attends, a déclaré le commissaire Dimas, à ce que nos partenaires américains nous disent comment ils vont traduire cet engagement en mesures concrètes.»
«La conférence de Montréal est l'endroit où nous allons faire les premiers pas, mais ce seront des pas décisifs pour nous attaquer aux changements climatiques. Nous n'avons pas de temps à perdre», a-t-il laissé tomber en faisant planer la menace d'adopter la stratégie des écologistes, selon lesquels il est totalement inutile d'attendre ou de discuter avec les Américains en marge du protocole de Kyoto tant que l'administration Bush contrôlera la Maison-Blanche.
En conférence de presse, M. Dimas a ajouté, à propos des États-Unis, qu'il est «important de les réengager dans un processus de discussion à long terme», ce qui explique les ouvertures faites par l'Union européenne, le Canada et la direction onusienne depuis le début de la rencontre internationale.
Depuis une semaine, l'Europe a ouvert une grande porte aux Américains — en dépit des craintes répétées des écologistes — avec sa proposition d'amorcer en marge du protocole de Kyoto des «discussions» sur les solutions à long terme au problème des changements climatiques. Mais les États-Unis boudent cette possibilité de rapprochement parce que des «discussions», disent-ils, équivalent à des négociations et que le président Bush ne veut rien savoir de quelque engagement que ce soit pour l'avenir. Même si le nom de ce forum, éventuellement placé sous l'autorité de la convention de Rio sur le climat plutôt que sous le protocole de Kyoto, reprend presque mot à mot les termes de la déclaration de Gleneagles, les États-Unis voient dans cette «deuxième voie» la possibilité de futurs engagements, ce qu'ils estiment contraire à leur politique de strictes mesures volontaires, sans échéancier ni objectifs précis.
C'est avec cette toile de fond en tête que le premier ministre Paul Martin a prononcé hier un discours qui lui a valu une ovation, discours dans lequel il a stigmatisé à mots à peine couverts le manque de solidarité des États-Unis dans la bataille du climat.
«Les changements climatiques, a déclaré Paul Martin devant une plénière de 2000 personnes qui réunissait plus d'une centaine de ministériels, présentent un défi mondial qui exige à son tour une réponse mondiale. Et pourtant, certains pays sont récalcitrants. Certaines voix tentent de minimiser l'urgence de la situation ou rejettent les connaissances scientifiques. D'autres indiquent sciemment, par leurs discours ou leur indifférence, que ce n'est pas leur problème et qu'ils n'ont pas à le résoudre. Eh bien, c'est notre problème, et nous devons le confronter ensemble.»
«Le temps de la complaisance est révolu», a poursuivi le premier ministre avec une fermeté qui en a surpris plusieurs. «Fini le temps de prétendre qu'une nation peut s'autosuffire et s'isoler de la communauté internationale. Il n'y a qu'une seule planète Terre et nous la partageons. On ne peut fuir sur aucune île, dans aucune ville ou dans aucun pays, peu importe sa prospérité. On ne peut pas fuir les conséquences de l'inaction.»
Paul Martin a aussi opposé le manque de leadership et l'absence d'action concertée qui caractérisent l'attitude de certains pays. Il les a invités à changer d'attitude en disant qu'il faut «laisser la voix de notre conscience mondiale s'exprimer». Il s'en est pris aussi à la société de consommation actuelle, soutenant que «nos économies, voire nos sociétés, ne peuvent pas soutenir ce rythme de consommation». Le président Bush avait justifié le refus de ratifier Kyoto en disant que les règles du protocole menaçaient le mode de vie américain.
Le premier ministre Martin a même reconnu que le dossier du Canada n'est pas reluisant avec ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à la hausse, un des pires scores en Occident avec une augmentation de 24 % au-dessus du niveau de 1990. Cependant, a-t-il dit, le Canada respectera scrupuleusement ses engagements, qui l'obligeront à ramener ses émissions, par des réductions ou des achats de crédits, à 6 % sous la barre de 1990.
Il a aussi soutenu que, d'un strict point de vue économique, les combustibles fossiles sont devenus «trop dispendieux» pour qu'on les gaspille ou qu'on ne commence pas immédiatement à se tourner vers des énergies renouvelables plus propres.
En après-midi, la sous-secrétaire d'État américaine à la Démocratie et aux Affaires globales, Paula Dobriansky, devait répliquer en répétant ce que disent depuis deux semaines tous les porte-parole des États-Unis: ce pays en fait beaucoup et bien plus que les autres dans bien des domaines. Il a réduit «l'intensité» de ses émissions de GES, ce qui explique que celles-ci augmentent en termes absolus mais cependant moins vite que la production réalisée grâce aux combustibles fossiles. Les Américains font aussi le pari que la technologie va tout régler, ce que les écologistes et plusieurs délégations qualifient d'«angélisme» ou de «pensée magique».
«Nous avons toujours fait partie des pays actifs dans ce dossier», a plaidé Paula Dobriansky, qui a même englobé dans son portrait positif les politiques élaborées par des États et des villes des États-Unis pour réduire leurs émissions en réaction à l'inaction de la Maison-Blanche. Elle y voit une affirmation de la «diversité» et de la liberté d'action propre aux Américains.
Steve Sawyer, chef de la délégation de Greenpeace, se disait hier peu surpris de voir les États-Unis bouder cette vague «deuxième voie» que leur proposent l'Europe et le Canada car, a-t-il dit, ce refus est l'expression idéologique du «fondamentalisme fanatique» de la Maison-Blanche à l'endroit de toute forme de multilatéralisme et de solidarité internationale sous les auspices des Nations unies, voire de compassion envers les pays menacés par le climat. L'intransigeance américaine convainc davantage M. Sawyer de la pertinence de la position adoptée par les forces environnementales regroupées dans le Réseau Action Climat. Ce réseau international estime que rien n'évoluera vraiment en marge du protocole de Kyoto. Et les Américains, a-t-il dit, viennent de faire la preuve, s'il en fallait une, que la communauté internationale ne doit plus les attendre pour s'attaquer au problème, quitte à les isoler.
Le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a cité textuellement le communiqué final de la rencontre de Gleneagles, où le président Bush avait déclaré avec ses collègues: «Nous sommes prêts à avancer à ce forum [la conférence de Montréal] dans une discussion globale sur un plan d'action et de coopération à long terme pour faire face aux changements climatiques.»
«Je m'attends, a déclaré le commissaire Dimas, à ce que nos partenaires américains nous disent comment ils vont traduire cet engagement en mesures concrètes.»
«La conférence de Montréal est l'endroit où nous allons faire les premiers pas, mais ce seront des pas décisifs pour nous attaquer aux changements climatiques. Nous n'avons pas de temps à perdre», a-t-il laissé tomber en faisant planer la menace d'adopter la stratégie des écologistes, selon lesquels il est totalement inutile d'attendre ou de discuter avec les Américains en marge du protocole de Kyoto tant que l'administration Bush contrôlera la Maison-Blanche.
En conférence de presse, M. Dimas a ajouté, à propos des États-Unis, qu'il est «important de les réengager dans un processus de discussion à long terme», ce qui explique les ouvertures faites par l'Union européenne, le Canada et la direction onusienne depuis le début de la rencontre internationale.
Depuis une semaine, l'Europe a ouvert une grande porte aux Américains — en dépit des craintes répétées des écologistes — avec sa proposition d'amorcer en marge du protocole de Kyoto des «discussions» sur les solutions à long terme au problème des changements climatiques. Mais les États-Unis boudent cette possibilité de rapprochement parce que des «discussions», disent-ils, équivalent à des négociations et que le président Bush ne veut rien savoir de quelque engagement que ce soit pour l'avenir. Même si le nom de ce forum, éventuellement placé sous l'autorité de la convention de Rio sur le climat plutôt que sous le protocole de Kyoto, reprend presque mot à mot les termes de la déclaration de Gleneagles, les États-Unis voient dans cette «deuxième voie» la possibilité de futurs engagements, ce qu'ils estiment contraire à leur politique de strictes mesures volontaires, sans échéancier ni objectifs précis.
C'est avec cette toile de fond en tête que le premier ministre Paul Martin a prononcé hier un discours qui lui a valu une ovation, discours dans lequel il a stigmatisé à mots à peine couverts le manque de solidarité des États-Unis dans la bataille du climat.
«Les changements climatiques, a déclaré Paul Martin devant une plénière de 2000 personnes qui réunissait plus d'une centaine de ministériels, présentent un défi mondial qui exige à son tour une réponse mondiale. Et pourtant, certains pays sont récalcitrants. Certaines voix tentent de minimiser l'urgence de la situation ou rejettent les connaissances scientifiques. D'autres indiquent sciemment, par leurs discours ou leur indifférence, que ce n'est pas leur problème et qu'ils n'ont pas à le résoudre. Eh bien, c'est notre problème, et nous devons le confronter ensemble.»
«Le temps de la complaisance est révolu», a poursuivi le premier ministre avec une fermeté qui en a surpris plusieurs. «Fini le temps de prétendre qu'une nation peut s'autosuffire et s'isoler de la communauté internationale. Il n'y a qu'une seule planète Terre et nous la partageons. On ne peut fuir sur aucune île, dans aucune ville ou dans aucun pays, peu importe sa prospérité. On ne peut pas fuir les conséquences de l'inaction.»
Paul Martin a aussi opposé le manque de leadership et l'absence d'action concertée qui caractérisent l'attitude de certains pays. Il les a invités à changer d'attitude en disant qu'il faut «laisser la voix de notre conscience mondiale s'exprimer». Il s'en est pris aussi à la société de consommation actuelle, soutenant que «nos économies, voire nos sociétés, ne peuvent pas soutenir ce rythme de consommation». Le président Bush avait justifié le refus de ratifier Kyoto en disant que les règles du protocole menaçaient le mode de vie américain.
Le premier ministre Martin a même reconnu que le dossier du Canada n'est pas reluisant avec ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à la hausse, un des pires scores en Occident avec une augmentation de 24 % au-dessus du niveau de 1990. Cependant, a-t-il dit, le Canada respectera scrupuleusement ses engagements, qui l'obligeront à ramener ses émissions, par des réductions ou des achats de crédits, à 6 % sous la barre de 1990.
Il a aussi soutenu que, d'un strict point de vue économique, les combustibles fossiles sont devenus «trop dispendieux» pour qu'on les gaspille ou qu'on ne commence pas immédiatement à se tourner vers des énergies renouvelables plus propres.
En après-midi, la sous-secrétaire d'État américaine à la Démocratie et aux Affaires globales, Paula Dobriansky, devait répliquer en répétant ce que disent depuis deux semaines tous les porte-parole des États-Unis: ce pays en fait beaucoup et bien plus que les autres dans bien des domaines. Il a réduit «l'intensité» de ses émissions de GES, ce qui explique que celles-ci augmentent en termes absolus mais cependant moins vite que la production réalisée grâce aux combustibles fossiles. Les Américains font aussi le pari que la technologie va tout régler, ce que les écologistes et plusieurs délégations qualifient d'«angélisme» ou de «pensée magique».
«Nous avons toujours fait partie des pays actifs dans ce dossier», a plaidé Paula Dobriansky, qui a même englobé dans son portrait positif les politiques élaborées par des États et des villes des États-Unis pour réduire leurs émissions en réaction à l'inaction de la Maison-Blanche. Elle y voit une affirmation de la «diversité» et de la liberté d'action propre aux Américains.
Steve Sawyer, chef de la délégation de Greenpeace, se disait hier peu surpris de voir les États-Unis bouder cette vague «deuxième voie» que leur proposent l'Europe et le Canada car, a-t-il dit, ce refus est l'expression idéologique du «fondamentalisme fanatique» de la Maison-Blanche à l'endroit de toute forme de multilatéralisme et de solidarité internationale sous les auspices des Nations unies, voire de compassion envers les pays menacés par le climat. L'intransigeance américaine convainc davantage M. Sawyer de la pertinence de la position adoptée par les forces environnementales regroupées dans le Réseau Action Climat. Ce réseau international estime que rien n'évoluera vraiment en marge du protocole de Kyoto. Et les Américains, a-t-il dit, viennent de faire la preuve, s'il en fallait une, que la communauté internationale ne doit plus les attendre pour s'attaquer au problème, quitte à les isoler.
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