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Martin veut faire des garderies un pilier du Canada

7 décembre 2005  Canada
Au panthéon des grands symboles qui définissent le Canada, tel le système public de soins de santé, les libéraux comptent ajouter un réseau national de garderies, a dévoilé le chef libéral Paul Martin, hier, dans ce qui s'est avéré sa première promesse de la campagne électorale.

Vingt-quatre heures après l'annonce sur le même sujet de son rival conservateur, M. Martin a présenté son plan pour faire du programme de garderies un élément immuable de la politique sociale canadienne.

À travers le babillage incessant d'une vingtaine d'enfants de la garderie du YMCA de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, le chef du Parti libéral du Canada a promis d'assurer le financement à long terme des ententes sur le financement des garderies conclues avec les 10 provinces.

«Notre engagement envers des services de garde sera permanent, a déclaré M. Martin lors d'un discours devant des éducateurs et des enfants. Tel le programme d'assurance maladie, notre programme d'apprentissage et de garde des enfants sera un ajout à notre filet social et à nos fondations sociales.»

Cette promesse, la première en ces huit jours de campagne électorale, ne viendrait cependant se concrétiser que dans cinq ans, à partir de 2010. D'ici là, les libéraux doivent d'abord remporter l'élection du 23 janvier, et pourraient bien devoir se soumettre au verdict populaire au moins à une autre reprise.

Les libéraux, s'ils sont encore au pouvoir, injecteraient 6 milliards dans les systèmes de garderies des provinces, entre 2010 et 2015. Cette somme doublerait la promesse de l'élection de 2004, où les libéraux s'étaient engagés à verser 5 millions en cinq ans dans les réseaux provinciaux de garde d'enfants.

Les provinces et les éducateurs réclamaient du gouvernement fédéral un engagement à long terme pour un programme forcé, dans la plupart des cas, par Ottawa. Ils craignaient que le gouvernement fédéral ne se retire du coûteux programme après les cinq années initiales, a expliqué M. Martin.

De plus, un gouvernement libéral négocierait avec les provinces pour que la construction de garderies soit éligible à un financement par l'entremise de programmes d'infrastructures.

La date d'entrée en vigueur de la promesse est peut-être éloignée, les libéraux soutiennent qu'elle n'est qu'un autre exemple des «différences fondamentales» entre eux et les conservateurs de Stephen Harper qui proposent, selon les libéraux, de ne verser que 25 $ par semaine aux familles pour faire face à leurs besoins.

Voulant se montrer visionnaire, M. Martin affirme s'inspirer de son père et compare sa promesse à la décision, dans les années 1960, de créer le système public de santé canadien.

«Si Tommy Douglas, ou mon père, ou Lester Pearson avaient dit: "Je vais vous donner 25 piastres, et débrouillez-vous", on n'aurait pas eu l'assurance maladie», a dit le chef libéral lors de son passage de quelques heures à l'Île-du-Prince-Édouard.

Plus tôt en journée, il s'appliquait à se distinguer des conservateurs. «Nous, on offre le modèle québécois, sauf qu'on offre ce modèle québécois selon les circonstances des provinces au niveau pancanadien, expliquait M. Martin, lors d'un point de presse à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. M. Harper, tout ce qu'il offre, c'est des boîtes qui sont vides et de l'argent qu'on peut dépenser n'importe où.»

Lundi, M. Harper dévoilait son plan pour aider les familles à subvenir à leurs besoins en service de garde. Plutôt que de créer un réseau national de garderies comme le veut le Parti libéral, les conservateurs préfèrent «laisser le choix aux parents» en offrant une allocation de 1200 $ par année, par enfant de moins de six ans, à un parent qui reste à la maison pour s'occuper à temps plein de ses rejetons.

Ils s'engagent aussi à verser 250 millions par année, sous forme de crédits d'impôt, afin de créer de nouvelles places en garderies.

Réagissant à la promesse de Paul Martin, M. Harper n'a pu s'empêcher de tourner les libéraux au ridicule.

«Pourquoi pas annoncer 100 milliards pour 100 ans?», a ironisé le chef conservateur, de passage à Terre-Neuve et Labrador.

Pour une autre journée, M. Martin a continué à s'attaquer à M. Harper, soulignant la polarisation des opinions dans les deux camps. Il s'est défendu cependant de vouloir dépeindre le chef conservateur comme un monstre effrayant. «Je n'ai qu'à laisser parler les faits», a noté le chef libéral.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a bien accueilli l'annonce libérale sur les garderies. «On est tout à fait d'accord pour qu'il y ait un programme qui va dans le sens de ce que le Québec a fait», a-t-il affirmé lors d'un point de presse à Montréal.

M. Duceppe a toutefois souligné que l'engagement de M. Martin ne réglait pas «la question de la fiscalité» pour les familles québécoises.

Le Bloc soutient en effet qu'Ottawa économise 250 millions par année en versant moins de crédits d'impôts pour frais de garde aux contribuables québécois, qui paient moins pour ces services que les autres Canadiens.
 
 
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