Lady Mi
3 octobre 2005
Canada
Le vrai discours de Michaëlle Jean est contenu dans ses armoiries personnelles. L'écu est surmonté d'un coquillage et d'une chaîne brisée rappelant le Marron inconnu d'Albert Mangonès, monument conservé à Port-au-Prince représentant un esclave en fuite qui appelle au soulèvement. Célébration de la liberté, victoire de ses ancêtres contre l'esclavage.
De part et d'autre sont illustrées deux figures féminines incarnant la sagesse, la clairvoyance, la paix et le rôle joué par les femmes en faveur de la justice sociale.
Michaëlle Jean EST cette femme noire émancipée, libre, la preuve que «tous les possibles sont permis en ce pays». Ce qui lui arrive est «une étincelle d'espoir» de liberté et de reconnaissance pour toutes les femmes noires, celles qui ont réussi, mais qu'on célèbre trop peu, et celles qui restent exclues et qui pourraient voir en elle une chance que la lumière éclaire aussi leur vie. À ce titre, elle a déjà réussi.
***
J'étais, mardi dernier, à Rideau Hall, parmi les invités à la réception offerte par notre Lady Mi nationale, après son installation, en présence de sa famille, ses amis et d'ex-collègues dans une atmosphère chaleureuse et informelle. Il y avait donc, ce jour-là, un séparatiste à Rideau Hall. Honnêtement, je ne crois pas que j'étais le seul. Je ne parle pas ici de son mari Jean-Daniel Lafond qui s'expliquera lui-même de ses écrits et du communiqué annonçant que ni lui ni sa femme n'ont jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste.
Moi non plus, d'ailleurs, je n'ai jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste. Au parti pour des raisons professionnelles. À l'idéologie parce qu'à mes yeux la souveraineté du Québec n'est pas une idéologie. C'est un projet, un moyen, un statut, un objectif. La rhétorique ne fait pas mourir les sympathies passées du couple pour un mouvement national enraciné lui aussi dans la liberté, l'espoir et la justice.
Dans les jardins ensoleillés de la résidence officielle de Son Excellence, Madame Jean n'a plus évoqué les «deux solitudes» dont elle souhaitait, quelques heures plus tôt, la disparition.
En nous présentant ses armoiries, elle a plutôt évoqué son souhait de voir disparaître les nombreuses solitudes, élevées ici comme ailleurs sur des préjugés entraînant la haine, la discrimination et l'injustice.
L'institution de gouverneur général est pour elle un instrument pour «améliorer le monde qui nous entoure». Elle sera l'ambassadrice d'un humanisme nécessaire à notre époque, comme Lady Di a épousé efficacement des causes qui ont fait d'elle une princesse adulée.
Elle serait plus crédible, bien entendu, si elle avait été élue plutôt que nommée par un premier ministre aux prises avec l'un des pires scandales de l'histoire politique canadienne. Dans son discours au Sénat, Michaëlle a dit que «jamais il n'avait été aussi urgent d'assurer l'intégrité éthique» du Canada. Il est vrai que les libéraux nous ont entraînés bien bas.
Pour changer le monde, il faut plus que des bons sentiments dont était empreint son discours public. Paul Martin aussi s'élève contre les inégalités. Sauf que, durant la période où il a été ministre des Finances du gouvernement fédéral, la pauvreté s'est accrue au Canada, les inégalités entre riches et pauvres se sont aggravées, la fiscalité est devenue plus régressive, les droits de scolarité universitaires ont augmenté de manière vertigineuse, la médecine à deux vitesses est apparue. Pendant que ses navires baignaient dans les eaux d'un paradis fiscal.
***
Lady Mi est chef d'État. Il lui reste, je crois, à bien comprendre ce rôle. Les divergences d'interprétation de son discours sur les deux solitudes devraient l'instruire sur l'impact de ses paroles sur la compréhension du pays qu'elle gouverne symboliquement depuis une semaine. Par qui fut-elle encensée? Par ceux qui, au Canada anglais, font leur pain de chaque signe pouvant leur faire croire que l'aspiration nationale des Québécois est sur le point de s'évanouir. Pour eux, la seule façon de mettre fin aux deux solitudes est que l'une des deux s'assimile à l'autre.
Il n'est jamais venu à l'esprit des commentateurs canadiens-anglais que l'appel de Michaëlle pouvait aussi être une critique du multiculturalisme, qu'elle aurait déjà dénoncé publiquement comme une politique qui incite les uns et les autres à «rester chacun dans notre enclos», du moins d'après ce qu'en a rapporté le Canadian Jewish News.
Si Michaëlle veut contribuer à briser les solitudes, elle va devoir expliquer aux Canadiens le vrai sens de la quête de reconnaissance et de liberté qui anime le mouvement souverainiste du Québec. Celui-ci n'est pas fondé sur «l'étroitesse du chacun pour soi». Il est plutôt une manifestation du désir de «s'ouvrir enfin au monde entier», une autre ce ces «aventures singulières» que l'histoire du Canada nous inviterait à vivre.
Comme chef d'État et commandant en chef des armées, Mme Jean doit rester au-dessus de la mêlée partisane. Elle est la gardienne de la Constitution canadienne et pourrait devoir agir comme médiatrice, un jour, lors de négociations sur la sécession du Québec du reste du Canada. La Cour suprême a déclaré le mouvement souverainiste québécois légitime. La Constitution canadienne accepte la sécession d'une province.
Il se peut que la meilleure façon de briser les solitudes soit de leur reconnaître chacune un territoire pour ensuite tisser de nouveaux liens fondés non plus sur «nos blessures et nos différends», mais sur une reconnaissance mutuelle enfin bien comprise.
De part et d'autre sont illustrées deux figures féminines incarnant la sagesse, la clairvoyance, la paix et le rôle joué par les femmes en faveur de la justice sociale.
Michaëlle Jean EST cette femme noire émancipée, libre, la preuve que «tous les possibles sont permis en ce pays». Ce qui lui arrive est «une étincelle d'espoir» de liberté et de reconnaissance pour toutes les femmes noires, celles qui ont réussi, mais qu'on célèbre trop peu, et celles qui restent exclues et qui pourraient voir en elle une chance que la lumière éclaire aussi leur vie. À ce titre, elle a déjà réussi.
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J'étais, mardi dernier, à Rideau Hall, parmi les invités à la réception offerte par notre Lady Mi nationale, après son installation, en présence de sa famille, ses amis et d'ex-collègues dans une atmosphère chaleureuse et informelle. Il y avait donc, ce jour-là, un séparatiste à Rideau Hall. Honnêtement, je ne crois pas que j'étais le seul. Je ne parle pas ici de son mari Jean-Daniel Lafond qui s'expliquera lui-même de ses écrits et du communiqué annonçant que ni lui ni sa femme n'ont jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste.
Moi non plus, d'ailleurs, je n'ai jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste. Au parti pour des raisons professionnelles. À l'idéologie parce qu'à mes yeux la souveraineté du Québec n'est pas une idéologie. C'est un projet, un moyen, un statut, un objectif. La rhétorique ne fait pas mourir les sympathies passées du couple pour un mouvement national enraciné lui aussi dans la liberté, l'espoir et la justice.
Dans les jardins ensoleillés de la résidence officielle de Son Excellence, Madame Jean n'a plus évoqué les «deux solitudes» dont elle souhaitait, quelques heures plus tôt, la disparition.
En nous présentant ses armoiries, elle a plutôt évoqué son souhait de voir disparaître les nombreuses solitudes, élevées ici comme ailleurs sur des préjugés entraînant la haine, la discrimination et l'injustice.
L'institution de gouverneur général est pour elle un instrument pour «améliorer le monde qui nous entoure». Elle sera l'ambassadrice d'un humanisme nécessaire à notre époque, comme Lady Di a épousé efficacement des causes qui ont fait d'elle une princesse adulée.
Elle serait plus crédible, bien entendu, si elle avait été élue plutôt que nommée par un premier ministre aux prises avec l'un des pires scandales de l'histoire politique canadienne. Dans son discours au Sénat, Michaëlle a dit que «jamais il n'avait été aussi urgent d'assurer l'intégrité éthique» du Canada. Il est vrai que les libéraux nous ont entraînés bien bas.
Pour changer le monde, il faut plus que des bons sentiments dont était empreint son discours public. Paul Martin aussi s'élève contre les inégalités. Sauf que, durant la période où il a été ministre des Finances du gouvernement fédéral, la pauvreté s'est accrue au Canada, les inégalités entre riches et pauvres se sont aggravées, la fiscalité est devenue plus régressive, les droits de scolarité universitaires ont augmenté de manière vertigineuse, la médecine à deux vitesses est apparue. Pendant que ses navires baignaient dans les eaux d'un paradis fiscal.
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Lady Mi est chef d'État. Il lui reste, je crois, à bien comprendre ce rôle. Les divergences d'interprétation de son discours sur les deux solitudes devraient l'instruire sur l'impact de ses paroles sur la compréhension du pays qu'elle gouverne symboliquement depuis une semaine. Par qui fut-elle encensée? Par ceux qui, au Canada anglais, font leur pain de chaque signe pouvant leur faire croire que l'aspiration nationale des Québécois est sur le point de s'évanouir. Pour eux, la seule façon de mettre fin aux deux solitudes est que l'une des deux s'assimile à l'autre.
Il n'est jamais venu à l'esprit des commentateurs canadiens-anglais que l'appel de Michaëlle pouvait aussi être une critique du multiculturalisme, qu'elle aurait déjà dénoncé publiquement comme une politique qui incite les uns et les autres à «rester chacun dans notre enclos», du moins d'après ce qu'en a rapporté le Canadian Jewish News.
Si Michaëlle veut contribuer à briser les solitudes, elle va devoir expliquer aux Canadiens le vrai sens de la quête de reconnaissance et de liberté qui anime le mouvement souverainiste du Québec. Celui-ci n'est pas fondé sur «l'étroitesse du chacun pour soi». Il est plutôt une manifestation du désir de «s'ouvrir enfin au monde entier», une autre ce ces «aventures singulières» que l'histoire du Canada nous inviterait à vivre.
Comme chef d'État et commandant en chef des armées, Mme Jean doit rester au-dessus de la mêlée partisane. Elle est la gardienne de la Constitution canadienne et pourrait devoir agir comme médiatrice, un jour, lors de négociations sur la sécession du Québec du reste du Canada. La Cour suprême a déclaré le mouvement souverainiste québécois légitime. La Constitution canadienne accepte la sécession d'une province.
Il se peut que la meilleure façon de briser les solitudes soit de leur reconnaître chacune un territoire pour ensuite tisser de nouveaux liens fondés non plus sur «nos blessures et nos différends», mais sur une reconnaissance mutuelle enfin bien comprise.
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