IFPCA - Quand Québec gère l'argent d'Ottawa
La Gaspésie et les Îles ont une population à 30 % analphabète
Le gouvernement du Québec et les instances fédérales ont négocié une entente toute particulière concernant le secteur de l'alphabétisation, soit l'IFPCA. Cette initiative intergouvernementale semble prendre la mesure des besoins sur le terrain. Toutefois, quelques bémols se font entendre en région. Explications.
En 1988, le gouvernement fédéral a mis sur pied le Programme national d'alphabétisation, qui est administré par le Secrétariat national à l'alphabétisation (SNA), dans le but de soutenir financièrement les efforts déployés d'un bout à l'autre du pays visant à lutter contre l'analphabétisme.
Dans le cas du Québec, une entente commune a été négociée avec Ottawa, ce qui a donné naissance aux Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation (IFPCA). En vertu de cet accord, le ministère québécois de l'Éducation, par le biais de la Direction de la formation générale des adultes (DFGA), coordonne les projets qui lui sont soumis et administre le budget annuel que lui consent le gouvernement fédéral.
Les IFPCA, telles que définies dans le protocole d'entente, visent uniquement des projets de développement de l'alphabétisation, tels l'information, la coordination de projets d'animation de toutes sortes, la sensibilisation du public, la recherche, les projets novateurs d'action communautaire et la production de documents didactiques. «Au Québec, ce programme fédéral a pris une forme toute particulière, c'est-à-dire que nous avons conclu une entente avec le gouvernement fédéral qui décrit les responsabilités de chacune des parties en établissant clairement que ce programme ne peut servir à dispenser de l'enseignement», histoire de respecter la juridiction québécoise en matière d'éducation, tient à dire Andrée Racine, responsable du secteur de l'alphabétisation à la DFGA.
«L'entente que nous, au niveau fédéral, avons avec le gouvernement du Québec, explique de son côté Lynne Lalonde, gestionnaire de programmes au SNA, est particulière car c'est une entente formelle et signée, contrairement aux ententes informelles que nous avons à l'échelle canadienne.»
Mise en place
Depuis l'instauration du Programme national d'alphabétisation, le SNA, dont le budget annuel se chiffre à 30 millions de dollars, a financé quelque 8000 projets en alphabétisation à l'échelle canadienne.
Chaque année, la DFGA produit un cahier des modalités de mise en oeuvre du programme IFPCA avant que les organismes intéressés soumettent leurs projets, lesquels projets sont par la suite analysés individuellement. Plus d'une centaine de projets obtiennent annuellement le feu vert de la DFGA. Sont considérés comme admissibles aux IFPCA les organismes d'action communautaire autonome en alphabétisation (OACAA) qui sont accrédités au Programme d'action communautaire autonome sur le terrain de l'éducation — ils sont au nombre de 132 — ainsi que les 72 commissions scolaires du Québec. L'enveloppe budgétaire disponible pour cette année est de quelque 3,9 millions de dollars. Cet argent est réparti comme suit: 1,5 million pour les commissions scolaires, 1,3 million pour les organismes communautaires, et le reste est remis à la discrétion du ministère de l'Éducation pour des projets particuliers et autres partenariats.
Par exemple, cette enveloppe discrétionnaire a notamment permis au Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine de produire des trousses de documents IFPCA destinées aux formateurs en alphabétisation. Cette année, 16 trousses générales et 19 trousses thématiques (santé, éveil à la lecture, bilan des acquis, jeux, alimentation, mathématiques, alphabétisation fonctionnelle, etc.) sont mises à leur disposition.
Actions
Au cours des quatre dernières années, la tendance des projets de développement en matière d'alphabétisation soumis à la DFGA est à la «sensibilisation et au recrutement de l'effectif étudiant», souligne Mme Racine en notant qu'il «faut aller chercher les gens là où ils sont». Ces efforts de recrutement ont porté leurs fruits si l'on s'en tient aux chiffres disponibles: les inscriptions dans les services d'alphabétisation dispensés par les commissions scolaires sont passées de 10 026 en 1999-2000 à 14 610 en 2003-2004. On note également une hausse d'inscriptions dans les OACAA, lesquelles sont passées de 6133 en 1999-2000 à 7731 en 2002-2003.
«On sent également, dans les projets de développement qui nous sont présentés, la volonté d'innover. On sent un dynamisme à cet égard», poursuit Mme Racine. Il y a aussi, dit-elle, toute la question de la prévention auprès des parents d'enfants âgés de zéro à 12 ans vivant dans les milieux défavorisés, qui semble de plus en plus préoccuper les acteurs intéressés par l'alphabétisation.
En outre, le programme de l'IFPCA compte «rejoindre les adultes peu scolarisés des régions éloignées», selon la documentation officielle. Allons-y voir.
Le cas gaspésien
Près de 30 % de la population vivant dans la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine est considérée comme analphabète (possédant donc moins d'une 9e année ou 2e secondaire), selon les données disponibles. Dans cette perspective, l'IFPCA répond en quelque sorte à un besoin criant «puisque ce programme cible les actions qui sont menées dans le milieu», laisse tomber Marie-Claude Brière, agente d'information et de promotion auprès de la Table multipartenaire en éducation, formation et emploi Gaspésie-les-Îles, un organisme qui regroupe notamment les commissions scolaires, les groupes populaires en alphabétisation, la Conférence régionale des élus, Emploi-Québec et le ministère de l'Éducation.
Si «quatre des six projets de notre région qui ont été soumis dans le cadre de l'IFPCA ont été acceptés l'année dernière», beaucoup reste à faire afin de mieux adapter ce programme à la réalité régionale, estime Mme Brière. «C'est un programme qui est exigeant en matière de conditions, de rapports et de suivi en regard des petites sommes qui sont accordées. C'est un constat unanime que font nos partenaires.»
Et le problème ne s'arrête pas là puisque «certains projets, dit Mme Brière, sont refusés pour des raisons obscures malgré la cohérence et l'excellente concertation démontrées dans les projets soumis».
Ailleurs
Dans le cadre de son entente avec le Québec, le gouvernement fédéral finance des projets présentés par des organismes autres que ceux qui composent les deux réseaux d'alphabétisation financés par le programme IFPCA. Ces projets, soumis directement au SNA aux fins de financement, sont désignés sous l'appellation «Volet autres organismes».
Plusieurs types d'organisme peuvent requérir de l'aide financière dans le cadre de ce programme: des organismes sans but lucratif à l'échelle provinciale, régionale ou communautaire; des institutions non gouvernementales, soit des syndicats, des associations professionnelles ou commerciales; des établissements d'enseignement postsecondaire ou encore des écoles de formation professionnelle. Le SNA consacre en moyenne 1,3 million de dollars par année à ce volet bien singulier.
«Il reste beaucoup de travail à faire au plan de l'alphabétisation car c'est un sujet tabou dans la population, qui n'arrive pas à comprendre qu'un tel problème puisse exister dans un pays développé comme le Canada», constate Mme Lalonde.
Collaborateur du Devoir
En 1988, le gouvernement fédéral a mis sur pied le Programme national d'alphabétisation, qui est administré par le Secrétariat national à l'alphabétisation (SNA), dans le but de soutenir financièrement les efforts déployés d'un bout à l'autre du pays visant à lutter contre l'analphabétisme.
Dans le cas du Québec, une entente commune a été négociée avec Ottawa, ce qui a donné naissance aux Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation (IFPCA). En vertu de cet accord, le ministère québécois de l'Éducation, par le biais de la Direction de la formation générale des adultes (DFGA), coordonne les projets qui lui sont soumis et administre le budget annuel que lui consent le gouvernement fédéral.
Les IFPCA, telles que définies dans le protocole d'entente, visent uniquement des projets de développement de l'alphabétisation, tels l'information, la coordination de projets d'animation de toutes sortes, la sensibilisation du public, la recherche, les projets novateurs d'action communautaire et la production de documents didactiques. «Au Québec, ce programme fédéral a pris une forme toute particulière, c'est-à-dire que nous avons conclu une entente avec le gouvernement fédéral qui décrit les responsabilités de chacune des parties en établissant clairement que ce programme ne peut servir à dispenser de l'enseignement», histoire de respecter la juridiction québécoise en matière d'éducation, tient à dire Andrée Racine, responsable du secteur de l'alphabétisation à la DFGA.
«L'entente que nous, au niveau fédéral, avons avec le gouvernement du Québec, explique de son côté Lynne Lalonde, gestionnaire de programmes au SNA, est particulière car c'est une entente formelle et signée, contrairement aux ententes informelles que nous avons à l'échelle canadienne.»
Mise en place
Depuis l'instauration du Programme national d'alphabétisation, le SNA, dont le budget annuel se chiffre à 30 millions de dollars, a financé quelque 8000 projets en alphabétisation à l'échelle canadienne.
Chaque année, la DFGA produit un cahier des modalités de mise en oeuvre du programme IFPCA avant que les organismes intéressés soumettent leurs projets, lesquels projets sont par la suite analysés individuellement. Plus d'une centaine de projets obtiennent annuellement le feu vert de la DFGA. Sont considérés comme admissibles aux IFPCA les organismes d'action communautaire autonome en alphabétisation (OACAA) qui sont accrédités au Programme d'action communautaire autonome sur le terrain de l'éducation — ils sont au nombre de 132 — ainsi que les 72 commissions scolaires du Québec. L'enveloppe budgétaire disponible pour cette année est de quelque 3,9 millions de dollars. Cet argent est réparti comme suit: 1,5 million pour les commissions scolaires, 1,3 million pour les organismes communautaires, et le reste est remis à la discrétion du ministère de l'Éducation pour des projets particuliers et autres partenariats.
Par exemple, cette enveloppe discrétionnaire a notamment permis au Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine de produire des trousses de documents IFPCA destinées aux formateurs en alphabétisation. Cette année, 16 trousses générales et 19 trousses thématiques (santé, éveil à la lecture, bilan des acquis, jeux, alimentation, mathématiques, alphabétisation fonctionnelle, etc.) sont mises à leur disposition.
Actions
Au cours des quatre dernières années, la tendance des projets de développement en matière d'alphabétisation soumis à la DFGA est à la «sensibilisation et au recrutement de l'effectif étudiant», souligne Mme Racine en notant qu'il «faut aller chercher les gens là où ils sont». Ces efforts de recrutement ont porté leurs fruits si l'on s'en tient aux chiffres disponibles: les inscriptions dans les services d'alphabétisation dispensés par les commissions scolaires sont passées de 10 026 en 1999-2000 à 14 610 en 2003-2004. On note également une hausse d'inscriptions dans les OACAA, lesquelles sont passées de 6133 en 1999-2000 à 7731 en 2002-2003.
«On sent également, dans les projets de développement qui nous sont présentés, la volonté d'innover. On sent un dynamisme à cet égard», poursuit Mme Racine. Il y a aussi, dit-elle, toute la question de la prévention auprès des parents d'enfants âgés de zéro à 12 ans vivant dans les milieux défavorisés, qui semble de plus en plus préoccuper les acteurs intéressés par l'alphabétisation.
En outre, le programme de l'IFPCA compte «rejoindre les adultes peu scolarisés des régions éloignées», selon la documentation officielle. Allons-y voir.
Le cas gaspésien
Près de 30 % de la population vivant dans la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine est considérée comme analphabète (possédant donc moins d'une 9e année ou 2e secondaire), selon les données disponibles. Dans cette perspective, l'IFPCA répond en quelque sorte à un besoin criant «puisque ce programme cible les actions qui sont menées dans le milieu», laisse tomber Marie-Claude Brière, agente d'information et de promotion auprès de la Table multipartenaire en éducation, formation et emploi Gaspésie-les-Îles, un organisme qui regroupe notamment les commissions scolaires, les groupes populaires en alphabétisation, la Conférence régionale des élus, Emploi-Québec et le ministère de l'Éducation.
Si «quatre des six projets de notre région qui ont été soumis dans le cadre de l'IFPCA ont été acceptés l'année dernière», beaucoup reste à faire afin de mieux adapter ce programme à la réalité régionale, estime Mme Brière. «C'est un programme qui est exigeant en matière de conditions, de rapports et de suivi en regard des petites sommes qui sont accordées. C'est un constat unanime que font nos partenaires.»
Et le problème ne s'arrête pas là puisque «certains projets, dit Mme Brière, sont refusés pour des raisons obscures malgré la cohérence et l'excellente concertation démontrées dans les projets soumis».
Ailleurs
Dans le cadre de son entente avec le Québec, le gouvernement fédéral finance des projets présentés par des organismes autres que ceux qui composent les deux réseaux d'alphabétisation financés par le programme IFPCA. Ces projets, soumis directement au SNA aux fins de financement, sont désignés sous l'appellation «Volet autres organismes».
Plusieurs types d'organisme peuvent requérir de l'aide financière dans le cadre de ce programme: des organismes sans but lucratif à l'échelle provinciale, régionale ou communautaire; des institutions non gouvernementales, soit des syndicats, des associations professionnelles ou commerciales; des établissements d'enseignement postsecondaire ou encore des écoles de formation professionnelle. Le SNA consacre en moyenne 1,3 million de dollars par année à ce volet bien singulier.
«Il reste beaucoup de travail à faire au plan de l'alphabétisation car c'est un sujet tabou dans la population, qui n'arrive pas à comprendre qu'un tel problème puisse exister dans un pays développé comme le Canada», constate Mme Lalonde.
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