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Un concert d'éloges accueille la nomination de Michaëlle Jean

Clairandrée Cauchy   5 août 2005  Canada
La fierté se lisait hier sur les visages des membres de la communauté haïtienne à l'évocation de la nomination d'une enfant d'Haïti à la plus haute fonction du pays.

«C'est important pour le Québec, cela dit que Mme Jean a réussi son intégration et qu'on reconnaît la chose. C'est aussi important pour les femmes haïtiennes, qui souvent dans cette communauté, ne sont pas mises de l'avant», a déclaré la présidente du Point de ralliement des femmes d'origine haïtienne, Marlène Rateau.

Elle estime qu'une telle reconnaissance, en plus de fournir un modèle fort aux jeunes femmes d'origine haïtienne, met un peu de «baume sur une communauté et un pays» aux prises avec une «douleur extrême». «Il en sort des gens extraordinaires.»

Même fierté au Bureau de la communauté haïtienne de Montréal: «Michaëlle Jean a toujours été un modèle pour les jeunes comme journaliste. Elle sera un modèle encore plus fort, surtout pour les jeunes femmes», renchérit la coordonnatrice Fabienne Pierre-Jacques.

Plusieurs y voient une occasion de projeter une image plus positive de la communauté. «Au lieu de parler de la délinquance de certains jeunes de la communauté haïtienne, on parlera aussi d'une personnalité qui occupe une place prestigieuse. Les jeunes pourront s'y référer pour se motiver», observe le coordonnateur du Centre haïtien d'animation et d'intervention sociale, Henri-Robert Durandisse.

Même son de cloche du côté du président de l'Association des Haïtiens de Saint-Laurent, le pasteur Daniel Dorélien, heureux que l'attention se tourne sur la communauté haïtienne en lien avec un événement positif. «Cela lance le message que si on garde un bon contact avec la société d'accueil et avec sa communauté d'origine, un jour, qui sait, ce sera peut-être notre tour d'être honoré», souligne M. Dorélien, voyant dans le choix de M. Martin un signe d'ouverture.

D'un demi-sous-sol à Rideau Hall

Cet honneur, Mme Jean ne pouvait pas le refuser, selon son ancien patron Jean Pelletier, directeur de l'information à RDI. «Pour lui avoir posé la question, elle pouvait difficilement refuser l'offre qui lui a été faite. Elle m'a dit "je suis une réfugiée politique qui est débarquée à Thetford Mines en 1967, j'ai grandi avec une mère qui travaillait et ma soeur dans un demi-sous-sol à Montréal et elle nous a payé des études en y sacrifiant tout. Je suis devenue, sans fausse modestie, un modèle pour bien de mes jeunes compatriotes. Comment est-ce qu'aujourd'hui je pourrais dire non à cette proposition"», relate-t-il, estimant que la journaliste voit dans la fonction de gouverneure générale une opportunité de faire entendre la voix des laissés-pour-compte.

La présidente du Regroupement des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence, Liette Brousseau, qui a côtoyé Mme Jean lorsqu'elle travaillait dans le milieu au début des années 1980, pense elle aussi que la nouvelle gouverneure générale veut «faire la différence». «C'est une femme d'action, de coeur, supérieurement intelligente — avec l'intelligence du coeur. Je ne pense pas qu'on accepte des fonctions comme celles-là pour le titre honorifique. [...] S'il y a une petite influence à y avoir, c'est là qu'elle sera», déclare Mme Brousseau, qui voit cette nomination comme une «bouffée de fraîcheur».






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