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Le Bloc impose le mariage gai aux Canadiens, dit Harper

Alec Castonguay   28 juin 2005  Canada
Visiblement choqué, le Parti conservateur ne digère pas l'adoption dans les prochains jours du projet de loi sur le mariage des conjoints de même sexe, allant même jusqu'à accuser les souverainistes du Bloc québécois d'être responsables de ce «manque de légitimité» et d'aller contre le désir de la majorité des Canadiens.

Ottawa — Poussé dans ses derniers retranchements, confronté à l'adoption inévitable du projet de loi C-38 sur les mariages gais, le Parti conservateur a répliqué avec force hier, accusant sans détour le Bloc québécois d'être responsable de l'adoption de ce projet de loi, et ce, contre le désir de la majorité des Canadiens et des députés fédéralistes.

Le libéraux, qui ont près de 35 députés opposés au mariage des conjoints de même sexe dans leurs rangs, ont absolument besoin de l'appui du NPD et du Bloc pour faire adopter ce projet de loi. Un soutien acquis depuis longtemps.

Visiblement toujours ébranlés par l'adoption rapide et inattendue du projet de loi C-48 sur l'entente budgétaire avec le NPD jeudi soir dernier, grâce au Bloc québécois et au NPD, les conservateurs ont concentré leurs tirs sur le Bloc hier. C'est le chef conservateur, Stephen Harper, qui a mené la charge, tout juste avant la période de questions.

À un journaliste qui lui demandait «pourquoi pensez-vous que C-38 va passer cette semaine?», M. Harper a répliqué: «parce que ça va passer avec le soutien du Bloc. Je pense qu'il y a un manque de légitimité parce que la vérité est que la majorité des Canadiens et des députés fédéralistes sont contre ce projet de loi», a-t-il lancé avant de s'engouffrer dans la Chambre des communes. Le chef conservateur en veut pour preuve le vote en deuxième lecture qui a eu lieu à la mi-avril, où 164 députés se sont montrés en faveur de C-38, contre 132 contre. En enlevant les 51 bloquistes favorables aux mariages gais (trois sont contre), l'appui à C-38 chute à 113, soit un nombre insuffisant à son adoption.

La ligne d'attaque de Stephen Harper a été reprise en choeur par les députés conservateurs plus tard en après-midi. «C'est le même argument que les libéraux ont utilisé quand ils nous ont accusé d'avoir l'appui d'un parti séparatiste pour les faire tomber [au mois de mai], a soutenu le député Jason Kenney. Mais c'est vrai que la majorité des députés fédéralistes en Chambre vont voter contre C-38. C'est seulement à cause du Bloc, un parti qui veut que le Québec quitte le Canada, que le projet de loi va passer.»

Le leader du Bloc, Gilles Duceppe, a rejeté du revers de la main ces accusations. «Notre mandat est aussi légitime que le leur, a-t-il souligné. Ce qui compte, c'est le vote des élus et nous sommes aussi légitimes qu'eux. On appelle ça la démocratie.»

Les néo-démocrates et les libéraux ont été plus cinglants. «M. Harper dit essentiellement que le vote des Québécois ne compte pas autant que celui des autres Canadiens, a soutenu le chef du NPD, Jack Layton. [...] Peut-être que M. Harper devrait se demander pourquoi il n'y a pas plus de gens qui votent pour lui.»

Pour le ministre libéral Jean Lapierre, qui a pourtant utilisé l'argument voulant que c'était mal de la part des conservateurs de s'allier avec des «séparatistes» pour défaire le gouvernement il y a un peu plus d'un mois, l'attaque de M. Harper est «ridicule». «Je pense que M. Harper est vraiment désespéré. Quand on est rendu qu'on essaie de faire un lien entre l'orientation sexuelle et la partisanerie politique, c'est qu'on est vraiment au fond du baril. Je pense que c'est totalement niaiseux. Il n'y a pas d'autres mots. C'est une question de respect du droit des minorités et d'essayer de dire que c'est moins légitime parce qu'elle a l'appui du Bloc... les députés du Bloc ne sont pas moins légitimes que n'importe quel autre député qui siège ici», a-t-il dit.

C-38 adopté cette semaine?

Au milieu de ces attaques politiques, le projet de loi C-38 a continué son parcours hier, avec les débats autour du rapport de comité. Les conservateurs ont prévenu que «plusieurs députés», soit entre 40 et 70, voulaient s'exprimer sur le sujet. Une fois les débats terminés, il y aura un vote en Chambre. L'adoption du rapport de comité lancera ensuite C-38 dans la dernière ligne droite, soit les débats en troisième et dernière lecture. Encore là, les conservateurs s'attendent à ce que près de 70 de leurs députés s'alignent pour prendre la parole.

Les débats pourraient donc théoriquement prendre encore des jours ou même des semaines. Mais le leader en Chambre des libéraux, Tony Valeri, n'a pas écarté la possibilité de soumettre une motion de clôture des débats, afin de passer aux deux votes plus rapidement. Hier, Gilles Duceppe n'a pas non plus voulu écarter cette option. «On verra, c'est de la stratégie», a-t-il dit.

D'ailleurs, plusieurs députés de tous les partis s'attendaient hier à ce que C-38 soit adopté en troisième lecture dès cette semaine, peut-être aussi rapidement que demain soir ou mercredi.

Reste à voir les conséquences de ce vote final sur C-38. Les votes précédents sur les mariages gais ont démontré le fort vent d'opposition qui souffle dans les rangs du gouvernement dans ce dossier. Un député libéral, Pat O'Brien, a d'ailleurs quitté son parti pour siéger comme indépendant il y a quelques semaines justement parce qu'il est contre C-38. Selon lui, plus de 35 libéraux vont voter contre le projet de loi. Et un ou deux ministres, pourtant obligés de suivre les voeux du premier ministre, pourraient suivre le mouvement.

Le ministre des Ressources naturelles, John Efford, le ministre du Travail, Joe Fontana et le ministre d'État au Développement économique du nord de l'Ontario, Joe Comuzzi, entre autres, sont ouvertement opposés à C-38. Hier, M. Comuzzi a refusé d'annoncer ses intentions, se contentant de dire qu'il était en réflexion. Le cabinet, contrairement aux députés, a reçu l'ordre de voter en faveur de C-38, et tout accroc entraînerait le départ des ministres récalcitrants.






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  • Martin Landry
    Abonné
    mardi 28 juin 2005 17h13
    Savoir s'imposer
    « Non mais on aura tout entendu!

    Ainsi c'est le Bloc québécois qui impose le mariage gai aux canadiens, selon le chef du Parti conservateur Stephen Harper. Les jugements prononcés par les tribunaux de huit provinces et deux territoires n'ont rien à voir avec la venue de cette législation. L'avis de la Cour Suprême du Canada sur la question est une pure coïncidence. Et le calendrier législatif proposé par le gouvernement libéral fédéraliste de Jean Chrétien, repris par Paul Martin, est le fruit du hasard. Non, si dans quelques jours tous les citoyens et toutes citoyennes de ce pays, sans exception, pourront convoler en justes noces, c'est parce qu'une poignée de députés séparatistes à la légitimité douteuse l'ont imposé à la majorité hétérosexuelle et fédéraliste de ce pays. On croit rêver!

    La seule chose qui impose le mariage gai aux Canadiens, Monsieur Harper, c'est le bon sens, et le respect des droits humains fondamentaux.

    Martin B. Landry
    Montréal »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mardi 28 juin 2005 18h03
    Un peu de logique
    « Avec ses commentaires désobligeants à l'égard du Bloc québécois, S. Harper nous offre un autre aspect de sa personnalité. Il manque de la logique la plus élémentaire. En effet, il déclare que le projet de loi sur le mariage des personnes de même sexe sera adopté « parce que ça va passer avec le soutien du Bloc. Je pense qu'il y a un manque de légitimité parce que la vérité est que la majorité des Canadiens et des députés fédéralistes sont contre ce projet de loi ».

    Mais cet argument est ridicule, non seulement parce que les députés du Bloc sont des élus, qu'on le veuille ou non, mais surtout parce que S. Harper n'avait pas hésité à s'allier au Bloc pour renverser le gouvernement et déclencher des élections générales, alors que la population canadienne n'en voulait pas.

    Autrement dit, l'argument de Harper se retourne contre lui, puisque la majorité des députés fédéraux ne voulait pas plus d'élections que la population. Ce qui fait qu'il n'a pu renverser le gouvernement et qu'il montre aujourd'hui à l'évidence que la logique n'est pas son fort.

    J'avais déjà indiqué le 28 mai que S. Harper était un piètre psychologue. Il démontre avec ses réactions qu'il est aussi un piètre homme politique et qu'il n'a pas l'envergure requise pour diriger un pays comme le Canada. »

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