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Des énormités relevées par Kroll

Brian Myles   25 mai 2005  Canada
Au plus profond d'un océan de chiffres paradoxalement arides reposaient quelques énormités dans le rapport des juriscomptables de Kroll, Lindquist Avey. Le Devoir en a repêché quelques-unes, sans égard à leur valeur, pour le simple luxe de les contempler.

- Le ministère des Travaux publics a réalisé plusieurs concours de sélection d'agences au fil des ans, l'évaluation donnant lieu à des résultats étonnants. En 1997, dix agences ont été retenues. En mai 2001, cinq agences encore se partageaient le gâteau. Le commissaire John Gomery s'est étonné à plusieurs reprises au cours des dernières semaines de ces concours où il n'y avait que des gagnants, et pas de perdants.

- Des contrats accordés sous le couvert d’activités de publicité ont été considérés par les agences de publicité comme des contrats de commandite et facturés comme tels, commission à la clef. C’est notamment le cas d’un contrat de Santé Canada de 150 000 $ accordé à Jean Lafleur, sur lequel le publicitaire a réclamé une commission de 15 % (22 000 $), ou encore un contrat de 200 000 $ pour la campagne «J’arrête, j’y gagne», pour laquelle Groupaction a perçu une commission de 12 % (24 000 $).

- Dans l’échantillon de contrats de publicité passés en revue par Kroll, plus de la moitié des services ont été rendus par des sous-traitants non nommés, pour un total de 26 millions de dollars.

- La sous-traitance s’avérait fort rentable pour les publicitaires. En janvier 1998, Gilles-André Gosselin a touché une commission de 90 000 $ sans rien faire dans le cadre d’un projet de commandite de 1,1 million d’Industrie Canada. Il a refilé tout le boulot à Cossette.

- De 1996 à 2000, Jean Lafleur a facturé 99,99 % des budgets disponibles pour des contrats représentant 42,7 millions, ne laissant pas un cent de fonds publics sur la table.

- Toujours chez Lafleur, des commandites allouées à l’Encyclopédie du Canada, aux Expos, au Grand Prix de Formule 1 et au 125e anniversaire de la GRC ont généré le paiement de commissions de 12 % représentant près de un million de dollars. Bien que ces commissions couvraient les coûts de production, Lafleur a quand même facturé un million en honoraires supplémentaires. Gosselin a adopté la même philosophie de gestion en percevant sur six projets des commissions de 368 359 $ en sus d’honoraires de 1,6 million.

- Dans le cadre de la tournée du Bluenose, Gilles-André Gosselin a payé ses employés entre 12 et 17 $ l’heure, Jean Lafleur entre 125 et 150 $. Sur la facture expédiée aux Travaux publics, il a augmenté les montants de 99 % dans le cas de ses employés et de 138 % dans le cas de Lafleur. La production d’articles promotionnels lui donnait aussi l’occasion de percevoir des marges bénéficiaires de 96 %, sans égard au travail accompli, avant de refiler la note à l’État.

- Par l’intermédiaire de Groupaction, le gouvernement a acheté des pages de publicité dans l’Almanach du peuple payées en moyenne 4500 $ la page, pour un total de 525 000 $, soit six fois plus que le prix par page payé par le gouvernement du Québec. La dépense a notamment permis de mettre en valeur les ministres libéraux issus du Québec, dont Alfonso Gagliano. Polygone/Expour, l’entreprise qui édite l’Almanach, a aussi bénéficié de 15,9 millions pour des capsules radio d’une ineffable banalité.

- Le gouvernement a versé deux commandites totalisant 841 738 $ à Polygone/Expour plus des commissions de 126 262 $ à Groupaction pour deux salons de plein air qui n’ont jamais eu lieu. La visibilité offerte au fédéral dans des salons régionaux pour compenser cet échec vaut à peine plus de 5000 $.

- Alors que la presse avait évalué entre 1 et 1,5 million les contributions au PLC réalisées par Jean Brault, les enquêteurs de Kroll ont arrêté ce retour d’ascenseur à 1,7 million, en incluant notamment une somme de 812 065 $ à Comsar, 430 370 $ à Pluri-Design (l’agence de Jacques Corriveau) et 153 481 $ au lobbyiste libéral Alain Renaud. Les dons en liquide, estimés à près de 150 000 $, n’ont pas été pris en considération.

- En recourant à ses nombreuses filiales comme sous-traitants, Everest a pu dégager des marges brutes de 67 % sur la production d’articles promotionnels, dont le coût est passé de 80 603 $ à 243 314 $ dans un cas particulier, lorsque le ministère des Travaux publics a reçu la note. La complexité de la structure de propriété d’Everest a compliqué le travail de Kroll.

- Paul Coffin a réussi le tour de force de facturer 1,3 million en honoraires au gouvernement, bien que son entreprise ne détenait aucun instrument de mesure du temps travaillé jusqu’à 2001. Coffin a aussi réclamé en double le paiement d’un contrat exécuté en sous-traitance par Éminence grise, pour un montant de quelque 50 000 $.

- Pour toutes les agences passées en revue par les experts de Kroll, des données importantes, comme des bilans financiers d’une année entière, manquaient à l’appel.






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