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    Commission Gomery - Gougoux-Chrétien: une relation payante

    Les contrats de publicité BCP ont bondi de 15 000% sous le règne libéral

    21 mai 2005 |Brian Myles | Canada
    Yves Gougoux, le patron de BCP, a participé à l’élaboration de la stratégie publicitaire des libéraux pour les trois campagnes victorieuses de 1993, 1997 et 2000, touchant de 140 000 à 150 000 $ par élection pour ses services.
    Photo: Jacques Nadeau Yves Gougoux, le patron de BCP, a participé à l’élaboration de la stratégie publicitaire des libéraux pour les trois campagnes victorieuses de 1993, 1997 et 2000, touchant de 140 000 à 150 000 $ par élection pour ses services.
    Yves Gougoux fut de toutes les batailles électorales de Jean Chrétien et l'a même encouragé à repousser l'heure de sa retraite. Sous les dix ans de règne du premier ministre, ses contrats de publicité avec le gouvernement ont bondi de 15 000 %. Mais il n'y a aucune corrélation entre sa fidélité et sa prospérité.

    BCP a reçu des contrats de 337 516 $ de la part du gouvernement fédéral et de ses principales sociétés en 1994, comparativement à un sommet de 51 millions en 2002. La part des contrats de l'agence provenant de l'État est passée de moins de 2 % à plus de 70 % durant cette prolifique période.

    M. Gougoux, le patron de l'agence, a participé à l'élaboration de la stratégie publicitaire des libéraux pour les trois campagnes victorieuses de 1993, 1997 et 2000, touchant de 140 000 à 150 000 $ par élection pour ses services. M. Gougoux faisait aussi partie des stratèges du camp du Non lors du référendum de 1995. BCP et son patron sont alignés sur le Parti libéral du Canada (PLC), auquel ils ont versé des contributions de 86 292 $ de 1996 à 2003.

    Au fil des ans, Yves Gougoux a noué des liens durables avec le premier ministre Chrétien, au point qu'il lui envoyait des petits mots doux et même une magnifique orchidée lors de l'un de ses anniversaires de naissance. «Chaque année, je lui envoie une petite note, je lui souhaite une bonne fête», a dit M. Gougoux, qui porte le même genre d'attention à ses autres clients. Quand M. Chrétien a pris la décision de tirer sa révérence de la scène politique, c'est vers Yves Gougoux qu'il s'est tourné pour élaborer une stratégie de communication à cet effet.

    Yves Gougoux jure cependant que sa bonne fortune est complètement étrangère aux liens tissés avec l'ex-premier ministre. «C'est une erreur de faire cette association. Si j'ai été choisi, c'est parce que j'offrais au Parti libéral une bonne prestation. [...] C'est dommage qu'on fasse un lien de cause à effet, parce que j'ai fait trois élections que tout de suite on dise: "ah bien, il a eu des contrats gouvernementaux par la suite." Je n'ai jamais parlé de contrats avec le premier ministre, jamais en dix ans.»

    M. Gougoux a réitéré que BCP a perdu 22 des 29 concours de sélection du gouvernement auxquels elle a participé. «Si c'est du patronage, il y a quelqu'un quelque part qui n'a pas fait son travail», a-t-il lancé.

    Sauf que les rares concours remportés par BCP lui ont procuré des revenus colossaux. Entre 1994 et 2003, l'agence a reçu plus de 300 millions en contrats de l'État (la moitié de la somme représente du placement médias).

    Le contrat de la Ban-que de développement du Canada, renouvelé automatiquement pendant dix ans, a généré un achalandage de près de 30 millions pour BCP. Le fameux contrat de Tourisme Canada, scindé en deux sans un nouvel appel d'offres, a amené 61,3 millions en dix ans. La vérificatrice générale a déploré encore cette semaine que ce contrat particulier ait été adjugé «en mode de fournisseur unique», au détriment d'un sain «processus concurrentiel».

    M. Gougoux conteste vertement cette interprétation des faits. Selon lui, le premier appel d'offres, à l'issue duquel BCP a terminé deuxième par une courte marge, qualifiait l'agence pour de futurs contrats de Tourisme Canada. «Je n'aime pas qu'on dise que j'ai gagné sans appel d'offres. Pour moi, c'est une catastrophe quand on dit ça.»

    Les longues explications de M. Gougoux ont fini par indisposer le commissaire John Gomery. «C'est une commission d'enquête. On vous a traité avec courtoisie, mais vous êtes ici pour répondre aux questions, pas pour faire un discours, nous donner une conférence ou nous vendre votre façon de faire des affaires», a dit M. Gomery.

    Lafleur dans l'embarras

    De graves allégations de nature criminelle planent par ailleurs sur l'agence de Jean Lafleur, soupçonnée par Postes Canada d'avoir fabriqué une facture pour masquer la disparition d'une commandite de 250 000 $.

    Postes Canada doute de l'authenticité d'une facture en son nom qui a été retrouvée chez Lafleur afin de justifier la réception de cette commandite de 250 000 $. La facture en litige ne correspond pas aux normes graphiques et langage habituels de la société d'État. Chez Postes Canada, personne n'a reconnu ce document ni même retrouvé la trace des 250 000 $ qui devaient être livrés par Lafleur pour les timbres de la série du siècle.

    Jean Lafleur Communication Marketing détenait du matériel graphique de Postes Canada, entre autres pour préparer les communiqués de presse de la société de la Couronne, précise une déclaration sous serment présentée hier par la société d'État. M. Lafleur a suggéré lors de son témoignage qu'il avait accordé un crédit aux Postes. L'organisme a bien reçu des services sans être facturé, mais il ne peut en déterminer la valeur.

    Victime de son succès, la commission Gomery a décidé hier de prolonger ses travaux d'une semaine, afin d'entendre de nouveau les anciens ministres des Travaux publics Alfonso Gagliano, Ralph Goodale et Don Boudria, des dirigeants du PLC et l'ancien chef de cabinet du premier ministre, Jean Pelletier. Celui-ci a affirmé par voie de déclaration sous serment que Yves Gougoux ne l'a jamais appelé pour se plaindre d'avoir perdu le concours de sélection de Tourisme Canada. M. Gougoux a tenu le même discours hier à la fin de son témoignage. «Je n'ai appelé personne au cabinet du premier ministre sur ce dossier», a-t-il dit, contredisant la version offerte par l'ex-directeur du programme des commandites, Charles Guité. Selon M. Guité, Yves Gougoux a piqué une sainte colère au cabinet du premier ministre pour obtenir sa part du gâteau, et c'est à la suite de cet appel que le politique a scindé le contrat de Tourisme Canada en deux.

    La commission Gomery reprendra ses travaux mardi avec la présentation du rapport d'expertise comptable de la firme Kroll Lindquist Avey sur les flux monétaires du programme des commandites. Suivront par la suite les témoignages fort attendus de Jacques Corriveau et de Joe Morselli.












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