dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La fin du Canada de 1867

16 mai 2005  Canada
La majorité des électeurs ne souhaite pas la tenue d'élections fédérales hâtives. Celles-ci conduiront sans doute à un nouveau gouvernement minoritaire. On comprend les citoyens honnêtes d'estimer inutile un nouveau scrutin coûteux à peine un an après l'élection de Paul Martin. Les réactions épidermiques sont toutefois de peu d'utilité.

C'est que la crise qui secoue le Canada n'est pas une simple crise parlementaire. Elle ne peut pas non plus se résumer à une réaction aux scandales dont le feuilleton quotidien à la commission Gomery achève de créer un climat de suspicion envers la classe politique.

Les causes de la paralysie du Parlement sont profondes. Elles sont inscrites dans l'histoire même de la fédération canadienne. Elles découlent des effets de la pilule empoisonnée avalée de force en 1982 sous l'ordonnance de Pierre-Elliott Trudeau.

En faisant adopter en 1982 une nouvelle constitution pour le Canada sans l'accord du Québec et au terme d'un marchandage indécent avec les provinces au sujet de la Charte des droits et libertés, Trudeau a brisé le pacte sur lequel était fondé la fédération. Il a sonné la fin du Canada de 1867.

Depuis, on n'a de cesse de chercher une formule de rechange. Aucune ne réussit à s'imposer, et ce, au bénéfice de l'idée de la souveraineté du Québec qui, soudainement, est même reprise par des commentateurs réputés du Canada anglais y voyant maintenant le dénouement logique de l'histoire canadienne.

***

En 1982, Trudeau a fait entrer dans le cocktail sulfureux de l'unité canadienne une pilule empoisonnée à triple effet.

Il a d'abord créé une opposition radicale du Québec à cette constitution en rapatriant le document de Londres malgré le désaccord unanime (moins neuf députés) de l'Assemblée nationale du Québec. Encore à ce jour, et même sous des gouvernements fédéralistes, le Québec a refusé de signer cette Constitution. L'échec des tentatives de «réparer l'erreur» de 1982 a entraîné la création du Bloc québécois. La présence de ce parti souverainiste aux Communes est l'une des causes du dysfonctionnement du Parlement.

On peut certes se plaindre de cette situation. Mais si, après 12 ans d'existence, le Bloc réussit à faire élire 54 députés lors d'élections fédérales malgré sa position en faveur de la souveraineté du Québec, c'est qu'il est représentatif d'une volonté populaire.

Trudeau a aussi introduit un élément de contradiction avec le parlementarisme britannique, l'un des fondements de la Constitution canadienne. En enchâssant dans la Constitution une Charte des droits et libertés et en faisant de cette charte l'un des fondements de la nouvelle identité canadienne, Trudeau a brouillé les pistes en donnant un poids considérable à une vision reposant non plus sur la souveraineté du Parlement (le parlementarisme), mais sur la souveraineté du peuple et des individus qui le composent.

Le poids ainsi conféré aux citoyens rend suspectes les institutions politiques canadiennes dans lesquelles le premier ministre peut prendre le pouvoir avec 38 % du vote et l'exercer comme un monarque absolu disposant du pouvoir de nommer les principaux détenteurs de l'autorité au pays, y compris le représentant de la Reine, les juges des cours supérieures, les sénateurs, sans compter évidemment les ministres et les hauts fonctionnaires. Cette contradiction est devenue intenable. Le scandale des commandites révèle l'incompatibilité de l'exercice de cette prérogative quasi royale avec les nouvelles normes démocratiques.

Aux demandes du Québec s'ajoutent des revendications pour une refonte des institutions fédérales correspondant à ce nouvel état d'esprit.

Trudeau a introduit une troisième dimension qui rend la vie difficile au gouvernement central par la reconnaissance de l'égalité des provinces, désormais détentrices, quel que soit leur poids au Canada, d'un droit de veto sur les changements fondamentaux et qui s'en réclament, et aux nations autochtones d'un droit inhérent à l'autonomie gouvernementale. Le pouvoir du gouvernement fédéral est contesté de partout.

***

Non seulement les raisons de mener une réforme s'imposent d'elles-mêmes. Une nouvelle synthèse est nécessaire. Mais les circonstances y poussent également.

La mondialisation fait pression sur les États pour qu'ils modifient leur façon de gouverner non seulement leur territoire, mais par des alliances internationales, l'ensemble du monde. Celle-ci a aussi ravivé les identités culturelles et nourri les nationalismes.

La proximité des États-Unis soulève de sérieuses questions sur l'impérialisme culturel et militaire américain.

Le contentieux Canada-Québec est loin d'être réglé. Et des jalousies se font jour lorsque, plutôt que de proposer des changements structurels, Paul Martin achète la paix avec les provinces à coups d'ententes bilatérales coûteuses et iniques.

L'instabilité du Parlement est un facteur supplémentaire, mais peut-être surtout un révélateur, justifiant une réforme.

Rappelons que c'est un ensemble similaire de circonstances qui a mené à la création, en 1867, de la fédération canadienne: contentieux entre les deux «races», comme on disait à l'époque; menace d'annexion aux États-Unis dont on craignait le pouvoir hégémonique; et, depuis 1858, instabilité au Parlement où aucun parti n'avait réussi à obtenir une majorité.

Nous sommes mûrs pour une réforme. Qui la formulera à l'intérieur du Canada avec des chances raisonnables de réussite? Pour l'heure, les seuls à en proposer une, radicale, prônent l'indépendance du Québec. C'est peut-être ce qui explique qu'ils obtiennent l'attention des électeurs.

michel.venne@inm.qc.ca
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Jean-Guy Beaulieu - Abonné
    16 mai 2005 07 h 19
    Le symptôme politique canadien
    L'instabilité du parlement actuel est en effet un symptôme. L'instabilité du parlement de 1858 provenait d'un symptôme semblable. Également, cette incapacité de gouverner nous avait antérieurement amenés directement aux conflits de 1837-1838 dans le Bas-Canada et aussi dans le Haut-Canada.

    La maladie, on la trouve d'abord dans la conquête. En conquérant une colonie, un territoire, l'Anglais s'est mis dans la tête qu'il pouvait conquérir un peuple et l'assimiler. Il aurait pu agir autrement en s'inspirant de la longue histoire démocratique
    de sa mère-patrie où les transformations politiques ont précédé d'un siècle la Révolution française.

    Toutes les tentatives de gouverner ce peuple français d'Amérique ont entraîné des refontes des structures gouvernementales jusqu'à ce que ce lord Durham vienne nous donner sa recette en 1839. C'est cette recette qui a été tentée avec l'Union trop radicale du Bas et du Haut-Canada et qui a été raffinée avec l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB).

    L'erreur de Durham aura été de nous proposer un modèle d'État aristocratique dont se sont inspirés les politiciens des colonies de l'Amérique du Nord. Au sud de nos frontières, des colons anglais avaient réussi à aller dans le sens démocratique. Les nôtres sont demeurée royalistes avec les conséquences qu'on connaît.

    Dorion, chef des libéraux de l'époque, s'opposait à la création de ce prétendu "pacte". Il prétendait qu'il ne s'agissait pas d'un véritable fédéralisme. Était-il un opportuniste politique ? C'est à dire, s'opposait-il uniquement par "partisanerie" parce qu'il n'était pas du groupe conservateur qui proposait cette structure politique bâtarde pour les Canadiens-Français ?

    Le temps lui a toutefois donné raison. Il ne s'agit pas d'un véritable fédéralisme et parler du Canada comme tel, c'est du détournement de sens. Nous avons d'abord un sérieux problème de sémantique.

    Quand nous véhiculons ce vocable inadéquat de "fédéralisme canadien", sans les nuances appropriées, nous faisons le jeu du conquérant et de Durham.

    Cordialement,

    Jean-Guy Beaulieu
    Kénogami, Jonquière
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Cloutier - Inscrit
    16 mai 2005 13 h 11
    Radicalisme et indépendance nationale
    Cher Michel Venne,

    Je sursaute toujours lorsque je lis des choses aussi incongrues que l'indépendance du Québec est une idée "radicale" et qu'elle reçoit l'attention des électeurs parce qu'elle est la seule idée de réforme du Canada.

    L'idée de l'indépendance d'un peuple ou d'une nation n'est pas une idée radicale, cher Michel Venne.

    C'est une idée simple, lumineuse, normale et la seule idée qui vient à l'esprit d'un peuple ou d'une nation qui a, de façon minimale, un peu de respect envers lui ou elle-même.

    Ce qui est "radical", c'est enfermer une nation ou un peuple dans un carcan constitutionnel comme on le fait avec C-20 et comme l'a toujours fait depuis la conquête de 1760.

    En 1760, au cas où vous auriez oublié votre histoire, cher Michel Venne, ce peuple dont nous faisons partie, vous et moi, a été conquis par la force des armes et la violence.
    On n'a pas demandé leur avis à ce peuple, ni à ce moment, ni plus tard en 1791 (Acte constitutionnel) ni lors de l'Acte d'Union, ni en 1867, lors de la création de la "Confédération canadienne", ni en 1982, lors du rapatriement unilatéral de la constitution.

    Dans la vie, cher Michel Venne, la recherche de la liberté n'est pas une idée radicale. Ce qui est radical, par contre, c'est la soumission d'un peuple par un autre, la dépendance et l'aliénation.

    Je ne pourrai jamais dormir paisiblement tant qu'il y aura sur notre sol national un drapeau du Canada ailleurs que sur l'immeuble de l'Ambassade du Canada à Québec.

    Que le Canada fasse les réformes qu'il veut ne m'importe guère, pas plus que le voisin qui rénove sa maison.

    Ce qui est important pour nous, c'est de construire notre maison. Le reste on s'en fout.

    Pierre Cloutier
    Membre de l'Institut du Nouveau-Monde
    Estrie
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012