Une caisse occulte pour battre le Bloc
Le Parti libéral du Canada, section Québec (PLC-Q), s'est tourné vers Jacques Corriveau afin d'obtenir de 250 000 à 300 000 $ en liquide pour arroser les circonscriptions acquises au Bloc québécois, selon l'ex-directeur général de la formation, Michel Béliveau, dont le témoignage devant la commission Gomery accrédite l'existence d'une caisse occulte pour le financement des campagnes électorales.
À la veille des élections de 1997, M. Béliveau a reçu une somme allant de 75 000 à 100 000 $ de Jacques Corriveau dans une enveloppe bourrée de billets de 20 $ et 100 $. La transaction s'est déroulée à la permanence du parti lors d'un tête-à-tête entre M. Béliveau et Jacques Corriveau, l'un des principaux bénéficiaires des contrats de commandite avec le gouvernement fédéral.
Une autre enveloppe de Jacques Corriveau contenant environ 200 000 $ aurait été remise à l'ancien ministre libéral provincial Marc-Yvan Côté, un organisateur du PLC-Q, sans que M. Béliveau en soit témoin.
Ces sommes ont servi à arroser les circonscriptions acquises au Bloc québécois, dites «orphelines» dans le langage libéral, lors des élections de 1997. Cet argent sale n'est pas apparu dans les dépenses officielles du parti, une infraction à la loi électorale. «Il y a une irrégularité, je vous l'admets. [...] M. le commissaire, il n'y avait pas de reçus. C'était inconnu», a dit M. Béliveau, le premier homme d'honneur du Parti libéral à accepter le blâme pour le financement occulte de cette formation politique.
«J'ai pris la décision. C'est moi qui étais le directeur du parti. [...] Il n'y avait pas d'autres personnes. J'en prends la responsabilité», a poursuivi M. Béliveau, qui a complété la première journée de son témoignage-choc en larmes. Il revient à la barre ce matin.
M. Béliveau, un ami de Jean Chrétien, a été son principal organisateur dans la circonscription de Saint-Maurice de 1984 à 2000. Cependant, l'ex-premier ministre n'était pas au courant de ses magouilles. M. Béliveau a récemment discuté de sa comparution devant la commission Gomery avec Jean Chrétien, sans toutefois entrer dans les détails. «La chose qu'il m'a dite: "T'as seulement à dire la vérité», a relaté M. Béliveau hier.
Directeur général du PLC-Q de 1996 à 1998, M. Béliveau a reçu de l'argent en liquide à trois reprises de la part de Jacques Corriveau, un autre ami intime de Jean Chrétien. Outre la somme de 75 000 à 100 000 $, il a touché 8000 $ à deux reprises pour acquitter les dépenses engagées par des bénévoles de la région de Québec et de la Mauricie. Total: de 265 000 à 316 000 $.
M. Béliveau a aussi sollicité Alain Renaud, le lobbyiste à la solde de Groupaction, pour obtenir de Jean Brault un don de 50 000 $ en 1997, mais la somme a été versée par chèque.
Les révélations spectaculaires de Michel Béliveau viennent démolir la rhétorique de l'actuel ministre des Transports, Jean Lapierre. Celui-ci clame sur toutes les tribunes que le Parti libéral aurait été victime d'une arnaque ourdie par un réseau parallèle de militants libéraux. Le parti a d'ailleurs demandé à la GRC d'enquêter sur des allégations de fraude commises à son encontre, ce qui équivaut à exiger une enquête contre lui-même.
M. Béliveau corrobore les révélations de Jean Brault, le publicitaire qui a fourni plus de un million de dollars en argent et services au PLC-Q. Selon M. Brault, Jacques Corriveau et Benoît Corbeil (le successeur de M. Béliveau) ont exigé de lui des contributions en liquide à plusieurs reprises pour ce que M. Corriveau appelait «la cause».
Jacques Corriveau, le propriétaire de Pluri-Design, a reçu sept millions en commissions de Groupaction et Polygone/Expour pour leur avoir ramené de lucratifs contrats de commandite grâce à ses entrées dans les officines du pouvoir. Le voilà donc dans de beaux draps.
M. Corriveau devra témoigner de nouveau devant la commission Gomery sur de nouvelles révélations qui, plus que jamais, le placent au coeur du scandale des commandites. Lors de son passage initial devant la commission, le septuagénaire s'était présenté comme «un bon vendeur de billets», jurant qu'il n'avait versé que des contributions déclarées au PLC. Les affirmations de trois témoins, Michel Béliveau, Charles Guité et Serge Gosselin, portent à croire que M. Corriveau en menait beaucoup plus large qu'il ne veut bien l'avouer.
Serge Gosselin, un ancien chef de cabinet de Stéphane Dion, a réalisé quelque 64 000 $ en contrats de rédaction pour le PLC-Q et ses candidats de 1997 à 2001 sans jamais mettre les pieds à la permanence du parti. Il était payé par Pluri-Design, dont il occupait les bureaux, situés au sous-sol de la résidence de M. Corriveau. En parallèle, M. Gosselin était aussi professeur universitaire et chef de cabinet de l'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, entre 1999 et 2001.
Jacques Corriveau n'a jamais réclamé de paiement au Parti libéral pour le travail de M. Gosselin, comme en font foi les factures de Pluri-Design au PLC-Q déposées en preuve hier. «Ce que je vois là, c'est la première fois que je le vois, et je suis complètement surpris», a lancé M. Gosselin.
Documents à l'appui, M. Guité a affirmé mercredi que la majorité des premiers contrats de commandite ont été attribués à Jean Lafleur en 1995, un an avant la création du programme des commandites. La décision a été prise par le cabinet du premier ministre, le ministre des Travaux publics, David Dingwall, et Jacques Corriveau.
C'est le même Jacques Corriveau qui, en 1996, a demandé à Jean Brault de prendre Serge Gosselin sous son aile pour un salaire annuel de 80 000 à
84 000 $, selon le témoignage de M. Brault. Celui-ci n'a jamais vu M. Gosselin aux bureaux de Groupaction; il comprenait que le politologue faisait du travail pour le parti grâce à sa générosité et qu'il serait récompensé en retour sous forme de contrats de commandite. L'année suivante, M. Gosselin publiait une biographie du nouveau ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, aux éditions Les Amis d'Alfonso.
Serge Gosselin soutient au contraire qu'il a touché moins de 50 000 $ de Groupaction en 1999 et 2000 pour réaliser des sondages. «Par l'entremise d'Alain Renaud, j'ai eu à faire deux sondages pour la Ville de Longueuil. Je pense que Groupaction avait comme client la Ville de Longueuil ou était sur le point de l'avoir», a-t-il dit.
La biographie de M. Gagliano a été écrite le soir et les fins de semaine, a-t-il précisé. Il a remis l'ouvrage à M. Gagliano sans rien demander en retour. «C'est à ma propre initiative que je l'ai fait, a dit M. Gosselin. Je n'ai pas été payé du tout, par personne, jamais.»
À la veille des élections de 1997, M. Béliveau a reçu une somme allant de 75 000 à 100 000 $ de Jacques Corriveau dans une enveloppe bourrée de billets de 20 $ et 100 $. La transaction s'est déroulée à la permanence du parti lors d'un tête-à-tête entre M. Béliveau et Jacques Corriveau, l'un des principaux bénéficiaires des contrats de commandite avec le gouvernement fédéral.
Une autre enveloppe de Jacques Corriveau contenant environ 200 000 $ aurait été remise à l'ancien ministre libéral provincial Marc-Yvan Côté, un organisateur du PLC-Q, sans que M. Béliveau en soit témoin.
Ces sommes ont servi à arroser les circonscriptions acquises au Bloc québécois, dites «orphelines» dans le langage libéral, lors des élections de 1997. Cet argent sale n'est pas apparu dans les dépenses officielles du parti, une infraction à la loi électorale. «Il y a une irrégularité, je vous l'admets. [...] M. le commissaire, il n'y avait pas de reçus. C'était inconnu», a dit M. Béliveau, le premier homme d'honneur du Parti libéral à accepter le blâme pour le financement occulte de cette formation politique.
«J'ai pris la décision. C'est moi qui étais le directeur du parti. [...] Il n'y avait pas d'autres personnes. J'en prends la responsabilité», a poursuivi M. Béliveau, qui a complété la première journée de son témoignage-choc en larmes. Il revient à la barre ce matin.
M. Béliveau, un ami de Jean Chrétien, a été son principal organisateur dans la circonscription de Saint-Maurice de 1984 à 2000. Cependant, l'ex-premier ministre n'était pas au courant de ses magouilles. M. Béliveau a récemment discuté de sa comparution devant la commission Gomery avec Jean Chrétien, sans toutefois entrer dans les détails. «La chose qu'il m'a dite: "T'as seulement à dire la vérité», a relaté M. Béliveau hier.
Directeur général du PLC-Q de 1996 à 1998, M. Béliveau a reçu de l'argent en liquide à trois reprises de la part de Jacques Corriveau, un autre ami intime de Jean Chrétien. Outre la somme de 75 000 à 100 000 $, il a touché 8000 $ à deux reprises pour acquitter les dépenses engagées par des bénévoles de la région de Québec et de la Mauricie. Total: de 265 000 à 316 000 $.
M. Béliveau a aussi sollicité Alain Renaud, le lobbyiste à la solde de Groupaction, pour obtenir de Jean Brault un don de 50 000 $ en 1997, mais la somme a été versée par chèque.
Les révélations spectaculaires de Michel Béliveau viennent démolir la rhétorique de l'actuel ministre des Transports, Jean Lapierre. Celui-ci clame sur toutes les tribunes que le Parti libéral aurait été victime d'une arnaque ourdie par un réseau parallèle de militants libéraux. Le parti a d'ailleurs demandé à la GRC d'enquêter sur des allégations de fraude commises à son encontre, ce qui équivaut à exiger une enquête contre lui-même.
M. Béliveau corrobore les révélations de Jean Brault, le publicitaire qui a fourni plus de un million de dollars en argent et services au PLC-Q. Selon M. Brault, Jacques Corriveau et Benoît Corbeil (le successeur de M. Béliveau) ont exigé de lui des contributions en liquide à plusieurs reprises pour ce que M. Corriveau appelait «la cause».
Jacques Corriveau, le propriétaire de Pluri-Design, a reçu sept millions en commissions de Groupaction et Polygone/Expour pour leur avoir ramené de lucratifs contrats de commandite grâce à ses entrées dans les officines du pouvoir. Le voilà donc dans de beaux draps.
M. Corriveau devra témoigner de nouveau devant la commission Gomery sur de nouvelles révélations qui, plus que jamais, le placent au coeur du scandale des commandites. Lors de son passage initial devant la commission, le septuagénaire s'était présenté comme «un bon vendeur de billets», jurant qu'il n'avait versé que des contributions déclarées au PLC. Les affirmations de trois témoins, Michel Béliveau, Charles Guité et Serge Gosselin, portent à croire que M. Corriveau en menait beaucoup plus large qu'il ne veut bien l'avouer.
Serge Gosselin, un ancien chef de cabinet de Stéphane Dion, a réalisé quelque 64 000 $ en contrats de rédaction pour le PLC-Q et ses candidats de 1997 à 2001 sans jamais mettre les pieds à la permanence du parti. Il était payé par Pluri-Design, dont il occupait les bureaux, situés au sous-sol de la résidence de M. Corriveau. En parallèle, M. Gosselin était aussi professeur universitaire et chef de cabinet de l'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, entre 1999 et 2001.
Jacques Corriveau n'a jamais réclamé de paiement au Parti libéral pour le travail de M. Gosselin, comme en font foi les factures de Pluri-Design au PLC-Q déposées en preuve hier. «Ce que je vois là, c'est la première fois que je le vois, et je suis complètement surpris», a lancé M. Gosselin.
Documents à l'appui, M. Guité a affirmé mercredi que la majorité des premiers contrats de commandite ont été attribués à Jean Lafleur en 1995, un an avant la création du programme des commandites. La décision a été prise par le cabinet du premier ministre, le ministre des Travaux publics, David Dingwall, et Jacques Corriveau.
C'est le même Jacques Corriveau qui, en 1996, a demandé à Jean Brault de prendre Serge Gosselin sous son aile pour un salaire annuel de 80 000 à
84 000 $, selon le témoignage de M. Brault. Celui-ci n'a jamais vu M. Gosselin aux bureaux de Groupaction; il comprenait que le politologue faisait du travail pour le parti grâce à sa générosité et qu'il serait récompensé en retour sous forme de contrats de commandite. L'année suivante, M. Gosselin publiait une biographie du nouveau ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, aux éditions Les Amis d'Alfonso.
Serge Gosselin soutient au contraire qu'il a touché moins de 50 000 $ de Groupaction en 1999 et 2000 pour réaliser des sondages. «Par l'entremise d'Alain Renaud, j'ai eu à faire deux sondages pour la Ville de Longueuil. Je pense que Groupaction avait comme client la Ville de Longueuil ou était sur le point de l'avoir», a-t-il dit.
La biographie de M. Gagliano a été écrite le soir et les fins de semaine, a-t-il précisé. Il a remis l'ouvrage à M. Gagliano sans rien demander en retour. «C'est à ma propre initiative que je l'ai fait, a dit M. Gosselin. Je n'ai pas été payé du tout, par personne, jamais.»
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