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Pluie de millions d'est en ouest

Clairandrée Cauchy   30 avril 2005  Canada
La précampagne électorale et la campagne «antiélectorale» se sont poursuivies de plus belle hier, quelques jours avant la reprise des travaux à la Chambre des communes. Les trois prochaines semaines devraient être marquées par un très fort suspense à l'approche du vote sur le budget et sur trois motions de censure, déjà déposées.

Forts d'une remontée dans les sondages qui placent leur parti légèrement en avance sur les conservateurs, le premier ministre Paul Martin et plusieurs membres de son cabinet s'étaient déployés aux quatre coins du pays, faisant pleuvoir les millions sur les garderies dans l'Ouest, sur le logement social en Ontario et sur les infrastructures routières au Québec. On rappelait systématiquement soit que les fonds étaient conditionnels à l'adoption du budget, soit que le budget 2005-06 permettrait d'ajouter de nouvelles sommes.

La ronde des annonces a débuté au Manitoba, où Paul Martin a signé une entente accordant 176 millions de dollars en cinq ans aux services de garde. Elle s'est poursuivie en Saskatchewan avec une entente similaire octroyant 146 millions. «La loi sur le budget doit passer pour que cela puisse se concrétiser», a précisé le premier ministre.

«Nous sommes foncièrement convaincus, à l'instar des Canadiens, que le budget doit être adopté et que les élections ne devraient pas avoir lieu pour l'instant», a poursuivi M. Martin lors de sa tournée qu'on pourrait qualifier d'antiélectorale.

Ces deux premiers accords sur les garderies devraient être suivis par une entente avec l'Ontario au cours des prochains jours. Les annonces s'inscrivent dans le cadre du programme de cinq milliards de dollars pour les services de garde, présenté pendant la dernière campagne électorale et prévu au budget.

De passage à Calgary, le chef conservateur Stephen Harper a tenté de contrecarrer l'argument libéral voulant que les fonds s'envolent si le gouvernement tombe. «Nous avons toujours dit que les accords signés avec le gouvernement seront honorés», a-t-il déclaré. Son critique en matière d'affaires intergouvernementales a pour sa part précisé que son parti serait plus «flexible» dans le soutien aux familles en s'assurant d'appuyer des mesures qui répondraient aux divers besoins des parents.

Le chef conservateur a par ailleurs nié la rumeur voulant que des conservateurs aient été sollicités pour siéger au Sénat, ce qui affaiblirait la position de son parti aux Communes.

En concluant un accord avec le NPD, Paul Martin s'assure de 150 votes alors qu'il en a besoin de 153 pour faire adopter son budget et passer au travers des motions de censure qui devraient être débattues en Chambre entre le 16 et le 19 mai. Il devrait donc compter sur les votes des trois indépendants, dont un suit des traitements de chimiothérapie. Les conservateurs comptent également dans leurs rangs quelques députés gravement malades, ce qui complique d'autant les prédictions sur l'issue des votes.

Logement social et infrastructures

Pendant que Paul Martin faisait ses annonces à propos des garderies, le ministre du Logement, Joe Fontana, rendait public un accord avec l'Ontario visant à verser 301 millions de dollars au cours des quatre prochaines années dans le domaine du logement social.

Soulignant que la nouvelle mouture du budget, résultat de l'accord avec le NPD, prévoyait 1,6 milliard pour le logement social au cours des deux prochaines années, le ministre Fontana a lui aussi plaidé contre des élections printanières.

Au Québec, le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, et celui des Infrastructures, John Godfrey, avaient été dépêchés pour annoncer des projets d'infrastructures pour les routes et les municipalités de quelque 500 millions.

Jean Lapierre s'est défendu de faire des annonces préélectorales: «Ça fait un an qu'on travaille là-dessus, si ça aboutit maintenant, tant mieux. S'il n'en tient qu'à moi, au gouvernement libéral, on est très loin d'une échéance électorale. Par conséquent, si l'opposition pense que le timing n'est pas bon pour faire des annonces, il n'y a pas de problème, on va retarder les élections.»

Layton tente de se distancer du PLC

Le chef néo-démocrate Jack Layton a pour sa part tenté de prendre ses distances de son allié libéral, repoussant les critiques selon lesquelles il a conclu un «pacte avec le diable» pour maintenir en vie le gouvernement de Paul Martin.

De passage à Montréal, il a soutenu que faire tomber le gouvernement trop rapidement pourrait favoriser le maintien au pouvoir de M. Martin. «Les Québécois ont raison d'être furieux face au comportement du Parti libéral dans cette tentative scandaleuse d'acheter leurs votes et de détourner de l'argent à leurs fins», a déclaré M. Layton lors d'un point de presse dans un hôtel de la métropole, faisant bien sûr référence au scandale des commandites.

Il a imploré les Québécois qui souhaitent punir les libéraux d'attendre «que le reste du Canada les rattrape. Il ne faudrait pas, par mégarde, renvoyer les libéraux au pouvoir trop vite». Le chef du NPD a observé que le scandale des commandites et ses acteurs étaient moins bien connus dans le reste du Canada qu'au Québec, demandant aux Québécois de laisser le temps faire son oeuvre pour que la colère traverse la rivière des Outaouais.

Le leader néo-démocrate a aussi décoché quelques flèches à l'intention du Bloc québécois, insistant sur le fait que le nouveau budget, modifié grâce aux soins de son parti, comporte pour un milliard de nouveaux investissements en environnement et dans les programmes sociaux pour le Québec. «C'est ce que le NPD peut faire pour le Québec. Je ne sais pas si le Bloc a jamais accompli un tel résultat concret», a argué M. Layton.

En sol québécois, le chef du NPD a cependant refusé hier de répéter sa tirade de la veille voulant que les conservateurs s'apprêtent à «coucher dans le même lit que les séparatistes» en s'apprêtant à voter avec eux pour provoquer la chute du gouvernement.

La remarque a été qualifiée hier de «jeu infantile et méprisant», par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui assistait à l'inauguration de la Grande Bibliothèque à Montréal. Il a invité le NPD à respecter le choix des Québécois, comme il le fait pour celui des Canadiens. «Le Bloc a des mandats tout autant légitimes à Ottawa que ceux des libéraux, des conservateurs ou du NPD», a-t-il affirmé.

Sondage

Cette joute se déroule sur fond de sondages volatiles. Le plus récent coup de sonde, réalisé par la firme Strategic Counsel et diffusé par CTV et le quotidien The Globe and Mail, fait état d'une légère remontée des libéraux, qui traînaient derrière les conservateurs depuis plusieurs semaines. Le PLC récolterait 30 % des intentions de vote, contre 28 % pour les conservateurs. Le NPD stagne à 18 %. Les libéraux mènent même en Ontario avec 38 % alors que les conservateurs doivent se contenter de 30 %.

Au Québec, le Bloc québécois continue de dominer avec 55 % des intentions de vote, contre 16 % pour les libéraux et 9 % pour les conservateurs. Mais la surprise, c'est que le Parti vert, avec 12 %, dépasserait maintenant le NPD, à 8 %.

Ce recul dans les intentions de vote n'a pas convaincu le chef conservateur, Stephen Harper, de stopper la machine électorale: il compte toujours recommander à ses députés, lundi, de faire tomber le gouvernement «à la première occasion». «Les sondages montent, les sondages descendent, les sondages ont toujours tort», a philosophé le leader conservateur.

Avec la Presse canadienne






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Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Richard Weilbrenner
    Abonné
    samedi 30 avril 2005 14h22
    Il pleut des millions?
    « Comme cela a un petit air de déjà vu. Voilà donc que le PLC de Paul Martin joue cartes sur table et se montre fidèle à la tradition du PLC dirigé par Jean Chrétien : l'un et l'autre tentent d'acheter les consciences à coups de millions. Plus ça change...

    Richard Weilbrenner
    Sutton »

  • andré huot
    Inscrit
    dimanche 1 mai 2005 22h15
    Chantage
    « On tue la démocratie en offrant des promesses pour notre vote. Promesses qui ne se réalisent jamais. Souvenez vous de la chanson de Félix Leclerc: attention ti gars tu va tomber si... »

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