Harper se donne un nouvel outil pour défaire les libéraux
Ottawa — Si Paul Martin plaidait jeudi soir pour qu'on le laisse gouverner, hier, il avait plutôt l'air d'un homme déjà en campagne électorale. Alors que les chefs conservateur et bloquiste étaient en Chambre, le premier ministre ratait la période des questions pour une quatrième journée cette semaine, préférant faire la tournée des plateaux de télévision. Treize entrevues au total, au cours desquelles il a repris son message de la veille, affiché sa détermination à assurer la poursuite des travaux de la commission Gomery et refusé de discuter de la responsabilité de Jean Chrétien dans le scandale des commandites.
Les événements des derniers jours ont ajouté à la ferveur électorale dans la capitale fédérale. Le ton monte sans cesse aux Communes; les députés affûtent leurs arguments, relèvent chaque bavure, s'égratignent à qui mieux mieux. Les conservateurs, eux, accentuent la pression. Hier, ils se sont donné un nouvel outil pour défaire le gouvernement d'ici le 19 mai, une nouvelle manoeuvre dans la guerre de procédures que se livrent le gouvernement et l'opposition depuis une semaine.
Mais les libéraux ne sont pas en reste. Conscients de leur défaite probable, ils semblent s'être donné les moyens d'en tirer profit grâce au vote sur le projet de loi budgétaire. Celui-ci est réapparu hier au sommet de l'ordre du jour parlementaire. Le leader parlementaire libéral Tony Valeri a décidé qu'il n'y aura pas de journée d'opposition tant que le second vote sur ce projet de loi n'aura pas lieu.
Le vote sur le budget, qui est un vote de confiance, a de bonnes chances de mener à la défaite des libéraux. Les conservateurs offrent chaque jour de nouveaux arguments pour s'y opposer. Le Bloc québécois n'a pas dévié dans son opposition. «Je ne changerai pas d'avis sur ce budget, qui est un mauvais budget pour les Québécois», a lancé le chef bloquiste Gilles Duceppe à sa sortie des Communes hier.
Le chef néo-démocrate Jack Layton s'est dit ouvert jeudi soir à appuyer le gouvernement, mais à la condition d'obtenir des amendements importants que le ministre des Finances, Ralph Goodale, a déjà écartés à mots couverts. Si les libéraux veulent rester en poste, ils devront carrément annuler les réductions de taxes aux entreprises. Par contre, une défaite sur le budget pourrait leur permettre de présenter aux électeurs la liste d'initiatives populaires tuées dans l'oeuf par l'opposition. MM. Martin et Goodale ont déjà commencé à le faire hier.
Mais le chapelet d'entrevues données par M. Martin visait avant tout à renforcer son message de la veille et à faire porter par l'opposition la responsabilité de tout scrutin hâtif. «Ce n'est pas moi qui va prendre la décision, c'est l'opposition», a-t-il répété d'un réseau à l'autre. «On est prêts à aller en campagne, mais on aimerait mieux gouverner», a-t-il dit au réseau TVA. Il s'est donc défendu d'avoir donné le coup d'envoi à la campagne électorale avec son allocution de jeudi soir.
L'opposition n'est pas de cet avis. «Le premier ministre est allé en ondes pour donner un discours partisan et lancer une campagne électorale», a affirmé le chef conservateur Stephen Harper aux Communes. Gilles Duceppe estime que les discours télévisés de jeudi soir «ressemblaient» à un début de campagne électorale. «Vous dites que le train a quitté la gare. Je pense qu'on peut croire que c'est vrai», a convenu le néo-démocrate Bill Blaikie.
Jeudi soir, Paul Martin a invité les partis d'opposition à faire preuve de patience, demandant qu'on laisse la commission Gomery remettre son rapport final avant de convoquer les électeurs aux urnes. Il s'est en contrepartie engagé à tenir un scrutin en plein hiver puisqu'il a promis de déclencher des élections dans les 30 jours qui suivront le dépôt du rapport final de la commission Gomery, attendu à la mi-décembre.
Stephen Harper avait répliqué que rien ne garantissait que la commission puisse respecter son échéancier, l'ancien premier ministre Jean Chrétien ayant présenté une requête en révocation du juge Gomery qui doit être entendue le 7 juin. Interrogé à propos de ce risque hier, M. Martin a dit au réseau CTV que le gouvernement continuera à défendre le juge Gomery. «Nous allons nous battre pour que l'enquête se poursuive, et il n'y a pas de doute dans mon esprit que les cours — si, en fait, on en arrive là — vont permettre à la commission d'aller de l'avant.»
Comme il l'avait fait la veille, M. Martin a dit accepter sa part de responsabilité pour son «manque de vigilance» et celui du gouvernement en ce qui a trait au programme de commandites, mais il a aussi répété qu'il n'était pas au fait des activités illicites, seulement de l'existence d'un programme pour aider les festivals. Jean Chrétien était le patron, et des gens de son entourage ont fait l'objet d'allégations, lui ont répété plusieurs journalistes. Paul Martin souhaiterait-il que Jean Chrétien sorte de son mutisme pour assumer sa part de la responsabilité politique? M. Martin refuse de se prononcer.
«C'est la décision de M. Chrétien, je ne suis pas ici pour parler des autres», a-t-il dit sur les ondes de RDI. «Chaque individu va prendre ses propres décisions. Moi, j'ai pris ma décision», a-t-il renchéri au Point de Radio-Canada.
Aux Communes, entre-temps, le chef conservateur Stephen Harper a pris les libéraux de court en transformant une banale motion du comité des Finances en motion de censure visant à défaire le gouvernement. La raison invoquée: le refus de ce dernier «d'accepter les recommandations clés du comité et de changer son budget pour répondre aux besoins des Canadiens».
C'est la troisième voie que les conservateurs ont trouvée pour donner à l'opposition les moyens de défaire les libéraux au retour du congé parlementaire de la semaine prochaine. Cette manoeuvre n'accélérera cependant pas les choses car les règles parlementaires font en sorte que cette motion ne pourra pas être votée avant le 18 mai, selon les calculs conservateurs. Une autre motion, en provenance du comité des Comptes publics, devrait commencer à faire l'objet d'un débat en Chambre après le lundi 2 mai. Une demande du comité de la Procédure pour obtenir une journée d'opposition avant le 19 mai — cette journée pourrait servir à défaire le gouvernement — est revenue aux Communes, mais on ignorait hier quand elle fera l'objet d'un débat et d'un vote.
«Nous venons d'ajouter une corde à notre arc. Nous pourrons ainsi appuyer sur la détente le moment venu», a expliqué le leader parlementaire conservateur Jay Hill. «Nous cherchons à avoir tous les outils et toutes les procédures possibles à notre disposition. Celle-ci en est une de plus.» Il y a donc de fortes chances que les trois trains arrivent en gare la même semaine, soit entre le 16 et le 20 mai. Si c'est le cas, le scrutin aurait alors probablement lieu le 27 juin.
En présentant la motion, Stephen Harper a repris là où il avait laissé la veille, démontrant qu'il n'est pas prêt à attendre la fin des travaux de la commission Gomery. Selon lui, Paul Martin devrait lui-même choisir d'affronter l'électorat ce printemps. «Il est évident que le gouvernement fait tout ce qu'il peut pour ne pas affronter un vote de confiance au cours du prochain mois. Ce n'est pas possible. Ce serait une violation des principes de notre démocratie. Si un gouvernement ne peut pas maintenir la confiance de la Chambre, il doit retourner chercher la confiance des Canadiens.»
Même son de cloche au Bloc québécois, où on estime que la demande de Paul Martin d'attendre près de huit mois avant de tenir des élections ne correspond pas à l'intérêt du pays. «On ne peut pas s'engager à faire une telle chose, a soutenu Gilles Duceppe. Ce serait s'engager à [...] leur donner des chèques en blanc, et je trouve qu'ils ont fait assez de chèques jusqu'à maintenant.»
Les événements des derniers jours ont ajouté à la ferveur électorale dans la capitale fédérale. Le ton monte sans cesse aux Communes; les députés affûtent leurs arguments, relèvent chaque bavure, s'égratignent à qui mieux mieux. Les conservateurs, eux, accentuent la pression. Hier, ils se sont donné un nouvel outil pour défaire le gouvernement d'ici le 19 mai, une nouvelle manoeuvre dans la guerre de procédures que se livrent le gouvernement et l'opposition depuis une semaine.
Mais les libéraux ne sont pas en reste. Conscients de leur défaite probable, ils semblent s'être donné les moyens d'en tirer profit grâce au vote sur le projet de loi budgétaire. Celui-ci est réapparu hier au sommet de l'ordre du jour parlementaire. Le leader parlementaire libéral Tony Valeri a décidé qu'il n'y aura pas de journée d'opposition tant que le second vote sur ce projet de loi n'aura pas lieu.
Le vote sur le budget, qui est un vote de confiance, a de bonnes chances de mener à la défaite des libéraux. Les conservateurs offrent chaque jour de nouveaux arguments pour s'y opposer. Le Bloc québécois n'a pas dévié dans son opposition. «Je ne changerai pas d'avis sur ce budget, qui est un mauvais budget pour les Québécois», a lancé le chef bloquiste Gilles Duceppe à sa sortie des Communes hier.
Le chef néo-démocrate Jack Layton s'est dit ouvert jeudi soir à appuyer le gouvernement, mais à la condition d'obtenir des amendements importants que le ministre des Finances, Ralph Goodale, a déjà écartés à mots couverts. Si les libéraux veulent rester en poste, ils devront carrément annuler les réductions de taxes aux entreprises. Par contre, une défaite sur le budget pourrait leur permettre de présenter aux électeurs la liste d'initiatives populaires tuées dans l'oeuf par l'opposition. MM. Martin et Goodale ont déjà commencé à le faire hier.
Mais le chapelet d'entrevues données par M. Martin visait avant tout à renforcer son message de la veille et à faire porter par l'opposition la responsabilité de tout scrutin hâtif. «Ce n'est pas moi qui va prendre la décision, c'est l'opposition», a-t-il répété d'un réseau à l'autre. «On est prêts à aller en campagne, mais on aimerait mieux gouverner», a-t-il dit au réseau TVA. Il s'est donc défendu d'avoir donné le coup d'envoi à la campagne électorale avec son allocution de jeudi soir.
L'opposition n'est pas de cet avis. «Le premier ministre est allé en ondes pour donner un discours partisan et lancer une campagne électorale», a affirmé le chef conservateur Stephen Harper aux Communes. Gilles Duceppe estime que les discours télévisés de jeudi soir «ressemblaient» à un début de campagne électorale. «Vous dites que le train a quitté la gare. Je pense qu'on peut croire que c'est vrai», a convenu le néo-démocrate Bill Blaikie.
Jeudi soir, Paul Martin a invité les partis d'opposition à faire preuve de patience, demandant qu'on laisse la commission Gomery remettre son rapport final avant de convoquer les électeurs aux urnes. Il s'est en contrepartie engagé à tenir un scrutin en plein hiver puisqu'il a promis de déclencher des élections dans les 30 jours qui suivront le dépôt du rapport final de la commission Gomery, attendu à la mi-décembre.
Stephen Harper avait répliqué que rien ne garantissait que la commission puisse respecter son échéancier, l'ancien premier ministre Jean Chrétien ayant présenté une requête en révocation du juge Gomery qui doit être entendue le 7 juin. Interrogé à propos de ce risque hier, M. Martin a dit au réseau CTV que le gouvernement continuera à défendre le juge Gomery. «Nous allons nous battre pour que l'enquête se poursuive, et il n'y a pas de doute dans mon esprit que les cours — si, en fait, on en arrive là — vont permettre à la commission d'aller de l'avant.»
Comme il l'avait fait la veille, M. Martin a dit accepter sa part de responsabilité pour son «manque de vigilance» et celui du gouvernement en ce qui a trait au programme de commandites, mais il a aussi répété qu'il n'était pas au fait des activités illicites, seulement de l'existence d'un programme pour aider les festivals. Jean Chrétien était le patron, et des gens de son entourage ont fait l'objet d'allégations, lui ont répété plusieurs journalistes. Paul Martin souhaiterait-il que Jean Chrétien sorte de son mutisme pour assumer sa part de la responsabilité politique? M. Martin refuse de se prononcer.
«C'est la décision de M. Chrétien, je ne suis pas ici pour parler des autres», a-t-il dit sur les ondes de RDI. «Chaque individu va prendre ses propres décisions. Moi, j'ai pris ma décision», a-t-il renchéri au Point de Radio-Canada.
Aux Communes, entre-temps, le chef conservateur Stephen Harper a pris les libéraux de court en transformant une banale motion du comité des Finances en motion de censure visant à défaire le gouvernement. La raison invoquée: le refus de ce dernier «d'accepter les recommandations clés du comité et de changer son budget pour répondre aux besoins des Canadiens».
C'est la troisième voie que les conservateurs ont trouvée pour donner à l'opposition les moyens de défaire les libéraux au retour du congé parlementaire de la semaine prochaine. Cette manoeuvre n'accélérera cependant pas les choses car les règles parlementaires font en sorte que cette motion ne pourra pas être votée avant le 18 mai, selon les calculs conservateurs. Une autre motion, en provenance du comité des Comptes publics, devrait commencer à faire l'objet d'un débat en Chambre après le lundi 2 mai. Une demande du comité de la Procédure pour obtenir une journée d'opposition avant le 19 mai — cette journée pourrait servir à défaire le gouvernement — est revenue aux Communes, mais on ignorait hier quand elle fera l'objet d'un débat et d'un vote.
«Nous venons d'ajouter une corde à notre arc. Nous pourrons ainsi appuyer sur la détente le moment venu», a expliqué le leader parlementaire conservateur Jay Hill. «Nous cherchons à avoir tous les outils et toutes les procédures possibles à notre disposition. Celle-ci en est une de plus.» Il y a donc de fortes chances que les trois trains arrivent en gare la même semaine, soit entre le 16 et le 20 mai. Si c'est le cas, le scrutin aurait alors probablement lieu le 27 juin.
En présentant la motion, Stephen Harper a repris là où il avait laissé la veille, démontrant qu'il n'est pas prêt à attendre la fin des travaux de la commission Gomery. Selon lui, Paul Martin devrait lui-même choisir d'affronter l'électorat ce printemps. «Il est évident que le gouvernement fait tout ce qu'il peut pour ne pas affronter un vote de confiance au cours du prochain mois. Ce n'est pas possible. Ce serait une violation des principes de notre démocratie. Si un gouvernement ne peut pas maintenir la confiance de la Chambre, il doit retourner chercher la confiance des Canadiens.»
Même son de cloche au Bloc québécois, où on estime que la demande de Paul Martin d'attendre près de huit mois avant de tenir des élections ne correspond pas à l'intérêt du pays. «On ne peut pas s'engager à faire une telle chose, a soutenu Gilles Duceppe. Ce serait s'engager à [...] leur donner des chèques en blanc, et je trouve qu'ils ont fait assez de chèques jusqu'à maintenant.»
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