Martin lance un appel à la patience
Ottawa — Le premier ministre Paul Martin a promis de déclencher des élections dans les 30 jours qui suivront le dépôt du rapport Gomery, un appel à la patience qu'aucun chef de parti d'opposition n'a pris au sérieux, n'y voyant qu'une astuce «pour gagner du temps».
M. Martin a fait cette promesse hier soir dans le cadre de son allocution à la nation, d'une durée d'environ six minutes et préenregistrée. Cette déclaration avait une forte saveur partisane et visait avant tout à communiquer sa propre lecture des événements récents, qui mettent son gouvernement et son parti en péril.
Fréquemment critiqué pour le refus de bien des libéraux de porter la responsabilité du scandale des commandites, il a tenu à paraître contrit, disant d'entrée de jeu savoir que le scandale s'était produit sous un gouvernement libéral. «Les politiciens qui étaient au pouvoir à ce moment doivent être imputables, a-t-il poursuivi. Et je m'inclus dans ce groupe. J'étais le ministre des Finances. À la lumière de tout ce qu'on a appris depuis un an, je suis désolé que nous n'ayons pas été plus vigilants, que je n'aie pas été plus vigilant.»
Au-delà de sa promesse sur la date des élections, M. Martin n'avait rien de neuf à communiquer aux Canadiens, répétant de nouveau la nécessité de laisser la commission Gomery terminer ses travaux et de laisser aux Canadiens la possibilité de connaître les faits avant d'aller voter. Le premier ministre tenait avant tout à montrer sa détermination à nettoyer ce «gâchis injustifiable». Il a rappelé l'annulation du programme des commandites, la création de la commission Gomery, le renvoi d'Alfonso Gagliano, les poursuites judiciaires, et ainsi de suite. Il a déploré le climat qui s'est installé aux Communes depuis quelques semaines, où les partis d'opposition n'en ont plus que pour l'éventuelle défaite du gouvernement.
C'est la promesse sur la date des élections qui a toutefois été la plus révélatrice. Elle montre que M. Martin accepte le fait que ses jours au pouvoir sont comptés. La commission Gomery doit déposer deux rapports, le premier au début de novembre, qui portera sur les faits, et le second à la mi-décembre, qui contiendra des recommandations. M. Martin n'a pas précisé lequel de ces deux rapports sonnera le début du compte à rebours électoral de 30 jours, mais dans le premier cas, cela signifierait un scrutin pendant le temps des Fêtes et, dans le second cas, en plein mois de janvier.
Les chefs des partis d'opposition ont répliqué sur un ton qui laissait croire que la campagne était déjà enclenchée, accusant à qui mieux mieux les libéraux d'être responsables de la paralysie du gouvernement alors qu'eux, ont-ils prétendu, tentent de faire fonctionner le Parlement. Qualifiant la performance de M. Martin de «triste spectacle», le chef conservateur Stephen Harper a rappelé que M. Martin n'avait pas attendu «un seul témoignage» l'an dernier avant de déclencher des élections et que rien ne garantit que la commission pourra respecter son échéancier à cause de la demande de récusation du juge Gomery déposée par l'ex-premier ministre Jean Chrétien.
Le chef bloquiste Gilles Duceppe a déclaré que selon lui, la promesse de 30 jours «est un engagement trop tardif qui ne change rien à la réalité». «Il y a bris de confiance, a-t-il poursuivi. Ce gouvernement n'est plus en mesure de gouverner.»
Le leader néo-démocrate Jack Layton, lui, n'a pas apprécié la décision du premier ministre de s'adresser aux Canadiens par le truchement des médias. «C'est une crise libérale, ce n'est pas une crise nationale», a-t-il dit en écho aux deux autres chefs.
M. Harper s'est par ailleurs demandé comment il pouvait «continuer, sur le plan politique, éthique ou moral, à soutenir un gouvernement qui fait l'objet d'une enquête criminelle». Il s'est aussi adressé aux Québécois, à qui il a dit vouloir offrir un autre choix que la corruption aux fédéralistes québécois.
Le chef bloquiste, lui, n'a pas manqué de rappeler que Jean Chrétien avait été le dernier premier ministre à s'être adressé à la nation, soit à la veille du référendum de 1995, alors que le camp du NON traînait dans les sondages. «Jean Chrétien l'avait fait pour sauver le Canada. Paul Martin le fait pour sauver le Parti libéral du Canada», a-t-il dit, faisant aussitôt le lien avec le programme des commandites, né dans la foulée du référendum. M. Duceppe aurait souhaité que Paul Martin s'excuse tout particulièrement auprès des Québécois pour avoir tenté d'«acheter leur âme».
Jack Layton, pour sa part, a préféré montrer qu'il n'était pas complètement absorbé par le scandale des commandites, se lançant dans une énumération des différentes politiques mises en avant par son parti. «Je crois que les gens sont fatigués de cette corruption et qu'ils sont aussi fatigués de demander du respect et de ne rien recevoir», a-t-il dit.
En chute libre
Depuis le témoignage de Jean Brault devant la commission Gomery, les libéraux sont en chute libre dans les sondages. Les conservateurs ont pris la tête, y compris en Ontario. Le Bloc domine sans partage au Québec alors que le NPD talonne le Parti libéral. Depuis, l'opposition menace avec toujours plus de conviction de défaire le gouvernement et de provoquer des élections anticipées. Le gouvernement est tellement sur les dents qu'il a suspendu, en début de semaine, la tenue de journées d'opposition, déclenchant une guerre de procédures sans merci avec ses trois adversaires.
Il n'a obtenu qu'un sursis. Les partis d'opposition ont manoeuvré de telle sorte qu'une motion de non-confiance envers le gouvernement pourrait faire l'objet d'un vote durant la deuxième ou la troisième semaine de mai, ce qui signifierait des élections le 20 ou le 27 juin.
M. Martin semble ne plus en douter. Comme il l'avait fait l'an dernier au lendemain du dépôt du rapport de la vérificatrice générale, il partira bientôt en tournée. Il devait donner aujourd'hui une série d'entrevues aux grands réseaux de télévision. La semaine prochaine, il prévoit prendre la route de l'Ontario, nerf de la guerre de toute future campagne électorale. M. Martin ne sera pas seul sur la route. Le chef conservateur a lui aussi prévu une tournée ontarienne, mais l'objectif, dans son cas, consiste davantage à mesurer la croissance de ses appuis qu'à limiter des dégâts.
Pour Paul Martin, ces dégâts ne semblent pas vouloir diminuer. Plus tôt hier, il a dû faire face à une autre tempête, déclenchée celle-là par Benoît Corbeil, l'ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec (PLC-Q). Mercredi soir, sur les ondes de Radio-Canada, M. Corbeil a confirmé une partie du témoignage de Jean Brault, notamment le fait qu'il existait bel et bien une caisse occulte qui servait à financer le PLC-Q à l'époque des commandites.
L'ancien directeur, en poste entre 1999 et 2001, a aussi allégué qu'un «réseau libéral» influent, en marge des institutions en place et dont aurait fait partie le bureau du premier ministre, décidait de tout à Ottawa et veillait à récompenser les amis du régime avec des subventions, des mandats et des nominations. M. Corbeil a même soutenu que des avocats de renom qui ont fait du bénévolat pour le PLC ont par la suite obtenu des postes de juge en guise de remerciements. Sur une vingtaine d'avocats, sept ou huit auraient reçu cette promotion, a-t-il dit.
À la sortie de son cabinet, le premier ministre a réagi en disant voir dans ces allégations une raison de plus pour laisser le juge Gomery finir son travail, question de démêler les témoignages contradictoires. Le ministre de la Justice, Irwin Cotler, a expliqué que le processus d'évaluation des candidats à la magistrature est indépendant et que personne ne devrait douter du système judiciaire. «Ce qui me dérange, ce sont ces allégations de corruption du système judiciaire. Ce qui me dérange, c'est quand je vois le public, mes enfants ou n'importe qui, douter de l'administration de la justice», a-t-il lancé, le visage écarlate, visiblement hors de lui.
Les partis d'opposition ne se sont pas fait prier pour relayer les allégations de Benoît Corbeil lors de la période de questions, mais sans succès. «Les allégations de M. Corbeil sont très sérieuses et dérangeantes, a reconnu la vice-première ministre, Anne McLellan. Dans les faits, si ces allégations sont vraies, tous les membres de cette Chambre vont condamner de tels agissements. Nous l'avons clairement dit: si des gens ont fait des choses de mal, ils doivent être punis selon la loi.» À la sortie de la Chambre, le chef bloquiste n'était pas rassuré pour autant, exigeant une enquête de la GRC pour faire la lumière sur la nomination des juges.
M. Martin a fait cette promesse hier soir dans le cadre de son allocution à la nation, d'une durée d'environ six minutes et préenregistrée. Cette déclaration avait une forte saveur partisane et visait avant tout à communiquer sa propre lecture des événements récents, qui mettent son gouvernement et son parti en péril.
Fréquemment critiqué pour le refus de bien des libéraux de porter la responsabilité du scandale des commandites, il a tenu à paraître contrit, disant d'entrée de jeu savoir que le scandale s'était produit sous un gouvernement libéral. «Les politiciens qui étaient au pouvoir à ce moment doivent être imputables, a-t-il poursuivi. Et je m'inclus dans ce groupe. J'étais le ministre des Finances. À la lumière de tout ce qu'on a appris depuis un an, je suis désolé que nous n'ayons pas été plus vigilants, que je n'aie pas été plus vigilant.»
Au-delà de sa promesse sur la date des élections, M. Martin n'avait rien de neuf à communiquer aux Canadiens, répétant de nouveau la nécessité de laisser la commission Gomery terminer ses travaux et de laisser aux Canadiens la possibilité de connaître les faits avant d'aller voter. Le premier ministre tenait avant tout à montrer sa détermination à nettoyer ce «gâchis injustifiable». Il a rappelé l'annulation du programme des commandites, la création de la commission Gomery, le renvoi d'Alfonso Gagliano, les poursuites judiciaires, et ainsi de suite. Il a déploré le climat qui s'est installé aux Communes depuis quelques semaines, où les partis d'opposition n'en ont plus que pour l'éventuelle défaite du gouvernement.
C'est la promesse sur la date des élections qui a toutefois été la plus révélatrice. Elle montre que M. Martin accepte le fait que ses jours au pouvoir sont comptés. La commission Gomery doit déposer deux rapports, le premier au début de novembre, qui portera sur les faits, et le second à la mi-décembre, qui contiendra des recommandations. M. Martin n'a pas précisé lequel de ces deux rapports sonnera le début du compte à rebours électoral de 30 jours, mais dans le premier cas, cela signifierait un scrutin pendant le temps des Fêtes et, dans le second cas, en plein mois de janvier.
Les chefs des partis d'opposition ont répliqué sur un ton qui laissait croire que la campagne était déjà enclenchée, accusant à qui mieux mieux les libéraux d'être responsables de la paralysie du gouvernement alors qu'eux, ont-ils prétendu, tentent de faire fonctionner le Parlement. Qualifiant la performance de M. Martin de «triste spectacle», le chef conservateur Stephen Harper a rappelé que M. Martin n'avait pas attendu «un seul témoignage» l'an dernier avant de déclencher des élections et que rien ne garantit que la commission pourra respecter son échéancier à cause de la demande de récusation du juge Gomery déposée par l'ex-premier ministre Jean Chrétien.
Le chef bloquiste Gilles Duceppe a déclaré que selon lui, la promesse de 30 jours «est un engagement trop tardif qui ne change rien à la réalité». «Il y a bris de confiance, a-t-il poursuivi. Ce gouvernement n'est plus en mesure de gouverner.»
Le leader néo-démocrate Jack Layton, lui, n'a pas apprécié la décision du premier ministre de s'adresser aux Canadiens par le truchement des médias. «C'est une crise libérale, ce n'est pas une crise nationale», a-t-il dit en écho aux deux autres chefs.
M. Harper s'est par ailleurs demandé comment il pouvait «continuer, sur le plan politique, éthique ou moral, à soutenir un gouvernement qui fait l'objet d'une enquête criminelle». Il s'est aussi adressé aux Québécois, à qui il a dit vouloir offrir un autre choix que la corruption aux fédéralistes québécois.
Le chef bloquiste, lui, n'a pas manqué de rappeler que Jean Chrétien avait été le dernier premier ministre à s'être adressé à la nation, soit à la veille du référendum de 1995, alors que le camp du NON traînait dans les sondages. «Jean Chrétien l'avait fait pour sauver le Canada. Paul Martin le fait pour sauver le Parti libéral du Canada», a-t-il dit, faisant aussitôt le lien avec le programme des commandites, né dans la foulée du référendum. M. Duceppe aurait souhaité que Paul Martin s'excuse tout particulièrement auprès des Québécois pour avoir tenté d'«acheter leur âme».
Jack Layton, pour sa part, a préféré montrer qu'il n'était pas complètement absorbé par le scandale des commandites, se lançant dans une énumération des différentes politiques mises en avant par son parti. «Je crois que les gens sont fatigués de cette corruption et qu'ils sont aussi fatigués de demander du respect et de ne rien recevoir», a-t-il dit.
En chute libre
Depuis le témoignage de Jean Brault devant la commission Gomery, les libéraux sont en chute libre dans les sondages. Les conservateurs ont pris la tête, y compris en Ontario. Le Bloc domine sans partage au Québec alors que le NPD talonne le Parti libéral. Depuis, l'opposition menace avec toujours plus de conviction de défaire le gouvernement et de provoquer des élections anticipées. Le gouvernement est tellement sur les dents qu'il a suspendu, en début de semaine, la tenue de journées d'opposition, déclenchant une guerre de procédures sans merci avec ses trois adversaires.
Il n'a obtenu qu'un sursis. Les partis d'opposition ont manoeuvré de telle sorte qu'une motion de non-confiance envers le gouvernement pourrait faire l'objet d'un vote durant la deuxième ou la troisième semaine de mai, ce qui signifierait des élections le 20 ou le 27 juin.
M. Martin semble ne plus en douter. Comme il l'avait fait l'an dernier au lendemain du dépôt du rapport de la vérificatrice générale, il partira bientôt en tournée. Il devait donner aujourd'hui une série d'entrevues aux grands réseaux de télévision. La semaine prochaine, il prévoit prendre la route de l'Ontario, nerf de la guerre de toute future campagne électorale. M. Martin ne sera pas seul sur la route. Le chef conservateur a lui aussi prévu une tournée ontarienne, mais l'objectif, dans son cas, consiste davantage à mesurer la croissance de ses appuis qu'à limiter des dégâts.
Pour Paul Martin, ces dégâts ne semblent pas vouloir diminuer. Plus tôt hier, il a dû faire face à une autre tempête, déclenchée celle-là par Benoît Corbeil, l'ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec (PLC-Q). Mercredi soir, sur les ondes de Radio-Canada, M. Corbeil a confirmé une partie du témoignage de Jean Brault, notamment le fait qu'il existait bel et bien une caisse occulte qui servait à financer le PLC-Q à l'époque des commandites.
L'ancien directeur, en poste entre 1999 et 2001, a aussi allégué qu'un «réseau libéral» influent, en marge des institutions en place et dont aurait fait partie le bureau du premier ministre, décidait de tout à Ottawa et veillait à récompenser les amis du régime avec des subventions, des mandats et des nominations. M. Corbeil a même soutenu que des avocats de renom qui ont fait du bénévolat pour le PLC ont par la suite obtenu des postes de juge en guise de remerciements. Sur une vingtaine d'avocats, sept ou huit auraient reçu cette promotion, a-t-il dit.
À la sortie de son cabinet, le premier ministre a réagi en disant voir dans ces allégations une raison de plus pour laisser le juge Gomery finir son travail, question de démêler les témoignages contradictoires. Le ministre de la Justice, Irwin Cotler, a expliqué que le processus d'évaluation des candidats à la magistrature est indépendant et que personne ne devrait douter du système judiciaire. «Ce qui me dérange, ce sont ces allégations de corruption du système judiciaire. Ce qui me dérange, c'est quand je vois le public, mes enfants ou n'importe qui, douter de l'administration de la justice», a-t-il lancé, le visage écarlate, visiblement hors de lui.
Les partis d'opposition ne se sont pas fait prier pour relayer les allégations de Benoît Corbeil lors de la période de questions, mais sans succès. «Les allégations de M. Corbeil sont très sérieuses et dérangeantes, a reconnu la vice-première ministre, Anne McLellan. Dans les faits, si ces allégations sont vraies, tous les membres de cette Chambre vont condamner de tels agissements. Nous l'avons clairement dit: si des gens ont fait des choses de mal, ils doivent être punis selon la loi.» À la sortie de la Chambre, le chef bloquiste n'était pas rassuré pour autant, exigeant une enquête de la GRC pour faire la lumière sur la nomination des juges.
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