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Ann Sutton - L'autre parole

Pierre Vallée   23 avril 2005  Canada
Ann Sutton, professeur-adjointe en orthophonie et en audiologie à l'Université de Montréal et chercheure à l'hôpital Sainte-Justine, est une personne que l'on pourrait qualifier de modeste. D'emblée, elle se décrit comme «une femme très ordinaire». Mais le fait d'avoir réussi à convaincre l'International Society for Argumentative and Alternative Communication (ISAAC) de tenir sa 13e conférence biennale à Montréal en août 2008 démontre bien que sa modestie n'ombrage aucunement sa détermination.

«La dernière fois que l'ISAAC est venu au Canada, c'était à Vancouver en 1997. Depuis ce temps, je travaille pour faire venir ce congrès à Montréal. Je tenais absolument à ce que ça arrive.» Bien que l'anglais soit la langue officielle de cet organisme, le choix de Montréal démontre que l'on s'ouvre aux autres langues. «Nous avons maintenant plusieurs membres européens et pour eux, Montréal, avec son bilinguisme, est un choix idéal.»

ISAAC regroupe en son sein tous ceux et celles qui travaillent dans le domaine des moyens de suppléance à la parole. «Les personnes aphasiques ou les personnes qui souffrent de troubles moteurs entendent, mais ne peuvent pas parler. Ils doivent donc communiquer à l'aide de symboles et de pictogrammes.» Seront donc réunis lors de ce congrès des orthophonistes, des orthothérapeutes, des ergothérapeutes, des ingénieurs de réadaptation, des psychologues et même des informaticiens. De plus, le congrès sera un milieu adapté, ce qui permettra une plus grande participation des utilisateurs. «Le domaine connaît présentement une révolution technologique. Les symboles et les pictogrammes ne sont plus seulement imprimés sur des panneaux. On assiste à une utilisation de plus en plus fréquente d'écrans dynamiques. Certains utilisent même l'alphabet.»

Parmi les retombées scientifiques escomptées pour la communauté québécoise, Mme Sutton espère que le congrès stimulera les chercheurs afin qu'ils poursuivent leurs efforts pour adapter les appareils existants «à la synthèse vocale de la langue française».

Son intérêt pour cette spécialité lui est venu progressivement. C'est après des études en français et en linguistique qu'Ann Sutton commence à s'intéresser aux désordres de la communication. «Le babil du bébé a ceci de pratique: il sert à l'apprentissage de la langue. Mais qu'arrive-t-il s'il n'y en a pas. Comment fonctionne alors l'apprentissage de la langue?» Elle pilote présentement un projet de recherche qui vise à comprendre l'impact de l'utilisation de ces méthodes alternatives sur l'acquisition du langage. «Le vocabulaire que possède l'enfant qui ne peut pas parler est celui qu'on lui donne, c'est-à-dire les symboles et les pictogrammes. Peut-il acquérir mieux son vocabulaire?»
 
 
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