Gosselin est contredit par son ex-comptable
Gilles-André Gosselin n'était pas un surhomme travaillant dix heures par jour, mais un simple mortel maniant les chiffres à sa guise et gonflant consciemment le nombre de ses heures et de celles de ses employés dans le cadre du programme fédéral des commandites.
Le mythe du travailleur acharné qu'a tenté de bâtir M. Gosselin lors de son témoignage devant la commission Gomery s'est écroulé hier, avec la comparution de son ancienne comptable, Josée Thibeau-Carrier. «Il y avait certains dossiers dans lesquels des heures étaient majorées pour arriver au montant du contrat. Des heures étaient ajoutées», a confirmé Mme Thibeau-Carrier, qui a oeuvré dans le giron de Gosselin Communications Stratégiques à partir de 1997.
D'abord embauchée à titre temporaire, Mme Thibeau-Carrier est devenue employée de l'agence de publicité en 1998. À ses débuts, elle a trouvé une entreprise archaïque, au sein de laquelle la comptabilité était encore rédigée à la main.
M. Gosselin, son épouse Andrée Côté-Gosselin et les vice-présidents de l'entreprise ne remplissaient jamais de feuilles de temps pour justifier les centaines d'heures facturées au gouvernement fédéral dans le cadre du programme des commandites. Lors de l'élaboration des factures, Mme Thibeau-Carrier s'entretenait donc avec M. Gosselin et les vice-présidents de l'agence afin de majorer les heures, sans égard au travail accompli, pour toucher le montant maximal prévu dans un contrat.
Les heures en trop pouvaient être mises sur le compte de n'importe qui... y compris Mme Thibeau-Carrier elle-même. En 1997, Gosselin Communications Stratégiques a réclamé au gouvernement 26 070 $, l'équivalent de six semaines de travail, pour les services de Mme Thibeau-Carrier dans la gestion de la commandite octroyée aux Sénateurs d'Ottawa. La dame a indiqué hier qu'elle n'a consacré en réalité qu'une seule semaine à ce projet. La majoration se chiffre à 22 000 $, au bénéfice de Gosselin.
À d'autres occasions, Mme Thibeau-Carrier demandait la permission aux responsables du programme des commandites, à Ottawa, pour transférer des sommes non utilisées dans le cadre d'un contrat donné à un autre. C'est ainsi que 30 000 $ non dépensés pour quatre événements ont été réaffectés au projet Montréal-Toronto Outreach en 2000.
Questionné une dernière fois en après-midi, Gilles-André Gosselin a réfuté sans grande conviction les allégations de Mme Thibeau-Carrier. M. Gosselin n'a «aucune idée» des raisons ayant poussé la comptable à affirmer que son agence gonflait de façon récurrente les factures présentées au gouvernement. À sa connaissance, il ne s'agit pas là d'une pratique de l'entreprise dont il était pourtant la tête dirigeante. M. Gosselin a affirmé que les factures ne lui étaient «pas nécessairement» présentées pour fins d'approbation, alors que son ancienne comptable a dit le contraire.
Les ordres de Gagliano
L'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, a beau dire qu'il ne contrôlait pas le programme des commandites et qu'il se contentait de formuler des suggestions, la preuve présentée à la commission Gomery n'en finit plus de le contredire.
M. Gagliano aurait lui-même ordonné qu'une commandite de 6850 $ soit acheminée à l'Association italienne canadienne du village de Saint-Martin pour l'aménagement d'une place du Canada dans un village de la Sicile. C'est du moins l'information que l'ex-directeur du programme des commandites, Charles Guité, a transmise à sa principale collaboratrice, Huguette Tremblay. M. Guité a dit que le ministre Gagliano voulait «mettre l'argent du programme des commandites dans cet événement en Italie, mais qu'il ne devait pas y avoir de "paper trail" chez nous au gouvernement», se souvient Mme Tremblay.
La suite est connue. La commandite de 6850 $ a été glissée dans une enveloppe d'un demi-million de dollars pour des «événements imprévus» gérée par Gosselin Communications Stratégiques. L'Association a reçu la somme sans que son nom ne figure dans les dossiers du ministère des Travaux publics. C'est en épluchant les documents internes de l'agence de publicité que les enquêteurs de la commission Gomery ont mis au jour ce projet par lequel la visibilité du Canada a été assurée jusqu'en Italie. Le programme des commandites, faut-il le rappeler, devait rehausser la présence du gouvernement fédéral au Québec, dans la foulée du référendum de 1995.
Mme Tremblay a en outre confirmé l'importance du leadership pris par Alfonso Gagliano dans la gestion du programme, comme en font foi ses propres discussions avec son patron, Charles Guité. Celui-ci ne mentionnait presque jamais l'entourage politique du ministre dans ses échanges avec Mme Tremblay sur les questions touchant le programme des commandites. «À 99,9 % du temps, M. Guité parlait du ministre», a-t-elle dit.
Mme Tremblay a enfin confirmé un autre cas d'ingérence, cette fois dans la sélection des fournisseurs d'articles promotionnels, une tâche qui relevait normalement des agences de publicité. En août 2000, Mme Tremblay a écrit personnellement à un employé de Gosselin Communications Stratégiques pour lui ordonner de prendre un nouveau fournisseur pour la production de 20 000 T-shirts. Il s'agissait d'Alain Renaud, un employé de Groupaction. «M. Guité m'avait déjà dit que M. Renaud était un lobbyiste pour le Parti libéral», a ajouté Mme Tremblay.
Une loge payée par le grand public
En pleine saison des impôts, les contribuables canadiens seront par ailleurs intéressés d'apprendre que leur effort fiscal a servi par le passé à acheter une loge corporative au Centre Corel, le domicile des Sénateurs d'Ottawa. À la demande de Charles Guité, Gosselin Communications Stratégiques a fait l'acquisition de cette loge en 1997-98. Le gouvernement en détenait le tiers, un investissement de 33 000 $, mais il a décidé d'en devenir l'unique actionnaire la saison suivante, pour un déboursé de 100 000 $. Les Alfonso Gagliano, Don Boudria et Denis Coderre, trois ténors du gouvernement Chrétien, ont notamment fréquenté cette loge, de même que MM. Guité, Gosselin et leurs épouses respectives.
Les Sénateurs d'Ottawa ont bénéficié pour leur part de commandites de quelque 600 000 $. L'agence de M. Gosselin a empoché enfin 93 987 $ en commissions et frais de majoration, en plus de facturer 3414 heures de travail en deux ans (386 718 $) et des frais de production de 155 056 $. M. Gosselin s'est défendu en affirmant qu'il a tout simplement exaucé le voeu de son client.
Le mythe du travailleur acharné qu'a tenté de bâtir M. Gosselin lors de son témoignage devant la commission Gomery s'est écroulé hier, avec la comparution de son ancienne comptable, Josée Thibeau-Carrier. «Il y avait certains dossiers dans lesquels des heures étaient majorées pour arriver au montant du contrat. Des heures étaient ajoutées», a confirmé Mme Thibeau-Carrier, qui a oeuvré dans le giron de Gosselin Communications Stratégiques à partir de 1997.
D'abord embauchée à titre temporaire, Mme Thibeau-Carrier est devenue employée de l'agence de publicité en 1998. À ses débuts, elle a trouvé une entreprise archaïque, au sein de laquelle la comptabilité était encore rédigée à la main.
M. Gosselin, son épouse Andrée Côté-Gosselin et les vice-présidents de l'entreprise ne remplissaient jamais de feuilles de temps pour justifier les centaines d'heures facturées au gouvernement fédéral dans le cadre du programme des commandites. Lors de l'élaboration des factures, Mme Thibeau-Carrier s'entretenait donc avec M. Gosselin et les vice-présidents de l'agence afin de majorer les heures, sans égard au travail accompli, pour toucher le montant maximal prévu dans un contrat.
Les heures en trop pouvaient être mises sur le compte de n'importe qui... y compris Mme Thibeau-Carrier elle-même. En 1997, Gosselin Communications Stratégiques a réclamé au gouvernement 26 070 $, l'équivalent de six semaines de travail, pour les services de Mme Thibeau-Carrier dans la gestion de la commandite octroyée aux Sénateurs d'Ottawa. La dame a indiqué hier qu'elle n'a consacré en réalité qu'une seule semaine à ce projet. La majoration se chiffre à 22 000 $, au bénéfice de Gosselin.
À d'autres occasions, Mme Thibeau-Carrier demandait la permission aux responsables du programme des commandites, à Ottawa, pour transférer des sommes non utilisées dans le cadre d'un contrat donné à un autre. C'est ainsi que 30 000 $ non dépensés pour quatre événements ont été réaffectés au projet Montréal-Toronto Outreach en 2000.
Questionné une dernière fois en après-midi, Gilles-André Gosselin a réfuté sans grande conviction les allégations de Mme Thibeau-Carrier. M. Gosselin n'a «aucune idée» des raisons ayant poussé la comptable à affirmer que son agence gonflait de façon récurrente les factures présentées au gouvernement. À sa connaissance, il ne s'agit pas là d'une pratique de l'entreprise dont il était pourtant la tête dirigeante. M. Gosselin a affirmé que les factures ne lui étaient «pas nécessairement» présentées pour fins d'approbation, alors que son ancienne comptable a dit le contraire.
Les ordres de Gagliano
L'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, a beau dire qu'il ne contrôlait pas le programme des commandites et qu'il se contentait de formuler des suggestions, la preuve présentée à la commission Gomery n'en finit plus de le contredire.
M. Gagliano aurait lui-même ordonné qu'une commandite de 6850 $ soit acheminée à l'Association italienne canadienne du village de Saint-Martin pour l'aménagement d'une place du Canada dans un village de la Sicile. C'est du moins l'information que l'ex-directeur du programme des commandites, Charles Guité, a transmise à sa principale collaboratrice, Huguette Tremblay. M. Guité a dit que le ministre Gagliano voulait «mettre l'argent du programme des commandites dans cet événement en Italie, mais qu'il ne devait pas y avoir de "paper trail" chez nous au gouvernement», se souvient Mme Tremblay.
La suite est connue. La commandite de 6850 $ a été glissée dans une enveloppe d'un demi-million de dollars pour des «événements imprévus» gérée par Gosselin Communications Stratégiques. L'Association a reçu la somme sans que son nom ne figure dans les dossiers du ministère des Travaux publics. C'est en épluchant les documents internes de l'agence de publicité que les enquêteurs de la commission Gomery ont mis au jour ce projet par lequel la visibilité du Canada a été assurée jusqu'en Italie. Le programme des commandites, faut-il le rappeler, devait rehausser la présence du gouvernement fédéral au Québec, dans la foulée du référendum de 1995.
Mme Tremblay a en outre confirmé l'importance du leadership pris par Alfonso Gagliano dans la gestion du programme, comme en font foi ses propres discussions avec son patron, Charles Guité. Celui-ci ne mentionnait presque jamais l'entourage politique du ministre dans ses échanges avec Mme Tremblay sur les questions touchant le programme des commandites. «À 99,9 % du temps, M. Guité parlait du ministre», a-t-elle dit.
Mme Tremblay a enfin confirmé un autre cas d'ingérence, cette fois dans la sélection des fournisseurs d'articles promotionnels, une tâche qui relevait normalement des agences de publicité. En août 2000, Mme Tremblay a écrit personnellement à un employé de Gosselin Communications Stratégiques pour lui ordonner de prendre un nouveau fournisseur pour la production de 20 000 T-shirts. Il s'agissait d'Alain Renaud, un employé de Groupaction. «M. Guité m'avait déjà dit que M. Renaud était un lobbyiste pour le Parti libéral», a ajouté Mme Tremblay.
Une loge payée par le grand public
En pleine saison des impôts, les contribuables canadiens seront par ailleurs intéressés d'apprendre que leur effort fiscal a servi par le passé à acheter une loge corporative au Centre Corel, le domicile des Sénateurs d'Ottawa. À la demande de Charles Guité, Gosselin Communications Stratégiques a fait l'acquisition de cette loge en 1997-98. Le gouvernement en détenait le tiers, un investissement de 33 000 $, mais il a décidé d'en devenir l'unique actionnaire la saison suivante, pour un déboursé de 100 000 $. Les Alfonso Gagliano, Don Boudria et Denis Coderre, trois ténors du gouvernement Chrétien, ont notamment fréquenté cette loge, de même que MM. Guité, Gosselin et leurs épouses respectives.
Les Sénateurs d'Ottawa ont bénéficié pour leur part de commandites de quelque 600 000 $. L'agence de M. Gosselin a empoché enfin 93 987 $ en commissions et frais de majoration, en plus de facturer 3414 heures de travail en deux ans (386 718 $) et des frais de production de 155 056 $. M. Gosselin s'est défendu en affirmant qu'il a tout simplement exaucé le voeu de son client.
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