Les factions du PC se déchirent
Journée en deux temps hier au congrès conservateur. Alors que le chef Stephen Harper promettait en soirée de ramener le Canada à la table de négociations avec les États-Unis sur le dossier du bouclier antimissile et qu'il saluait avec emphase «la nouvelle famille conservatrice», les factions allianciste et progressiste-conservatrice ont plutôt passé une bonne partie de la journée à s'échanger les coups, projetant l'image d'un parti qui peine à s'entendre.
C'est que la deuxième journée du congrès a jeté du sel sur les plaies encore sensibles de la fusion entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur, démontrant avec éclat que ce mariage de raison entre deux rivaux reste difficile à consommer. C'est une résolution proposée lors d'un atelier sur la constitution du parti qui a mis le feu aux poudres hier matin, créant une onde de choc si importante que le député Peter Mackay, à l'origine de la fusion, n'a pas voulu exclure que l'existence même du Parti conservateur pourrait s'en trouver menacée si cette résolution était adoptée par la majorité des militants aujourd'hui en plénière.
Peter Mackay, l'ancien chef du Parti progressiste-conservateur qui a soudé la droite canadienne avec l'aide de Stephen Harper, a rappelé hier la condition sine qua none pour que la fusion prenne forme il y a plus d'un an: tous les comtés au pays doivent peser le même poids au sein du parti. Ainsi, une circonscription de moins de 100 membres doit pouvoir envoyer le même nombre de délégués au congrès et avoir la même importance lors d'une course au leadership qu'un comté qui renferme des milliers de membres. Une manière d'éviter que les endroits à dominance progressiste-conservatrice, qui comptent moins de militants, notamment au Québec et dans l'est du pays, soient submergés par les militants de l'Alliance, plus nombreux. Car au sein de l'Alliance canadienne, la tradition consistait à donner davantage de pouvoir aux comtés qui abritaient le plus de membres en règle.
Cette condition essentielle à la fusion, que tous croyaient inébranlable, a néanmoins été remise en question hier, ce qui a provoqué une levée de boucliers chez les anciens progressistes-conservateurs et n'a pas manqué de semer la zizanie dans les rangs alliancistes. C'est lors de l'atelier sur la constitution du parti que tout a basculé. Le controversé député Scott Reid, qui a déjà mis son parti dans l'embarras avec ses commentaires sur le bilinguisme, a mis en avant une résolution réclamant de revenir à l'ancien système en vigueur à l'Alliance canadienne. Peter Mackay a eu beau plaider l'inconscience et le danger de cette résolution pour l'avenir du parti, les militants ont tout de même choisi de l'adopter lors de l'atelier.
Furieux, Peter Mackay a claqué la porte de la salle, prenant aussitôt le chemin des nombreux plateaux de télévision pour exprimer sa colère. Sa grande séduction était lancée. Le député doit en effet obtenir une double majorité aujourd'hui en plénière pour défaire cette résolution. D'abord, la majorité des délégués doivent rejeter la proposition lors d'un vote, puis la majorité des provinces doivent également faire de même, puisque le vote des délégués sera également affiché selon la provenance des militants.
Conscient du signal désastreux qui serait envoyé aux militants d'allégeance progressiste-conservatrice, Peter Mackay et ses alliés ont entrepris de mettre tout leur poids dans la balance, multipliant les rencontres, les appels téléphoniques et les points de presse. Mais si cette résolution passe la rampe aujourd'hui et trahit l'entente de la fusion, est-ce que la survie du parti est menacée, a demandé un reporter? «Ce n'est pas le temps de décider ça, nous verrons demain. Mais les militants doivent comprendre l'impact d'une telle décision», a lancé Peter Mackay.
Le député a pris en grippe son collègue Scott Reid, affirmant ne pas comprendre son geste. «Je ne regrette pas cette fusion, mais je trouve très décevant qu'un membre du caucus propose une telle modification en sachant fort bien que c'était une condition à la fusion et que c'est important pour les anciens progressistes-conservateurs, a-t-il lancé sur un ton qui n'acceptait pas de réplique. J'espère clairement que ça ne passera pas à la plénière. J'ai peur qu'une telle mesure ne crée des dissensions dans certaines régions du pays. Sans cette clause, il n'y aurait pas eu de fusion.» Même ton inquiet chez le sénateur conservateur Pierre-Claude Nolin, puisque certaines circonscriptions du Québec ne comptent même pas 100 membres en règle, ce qui les empêcherait d'envoyer le maximum de délégués au congrès et donc d'influencer les orientations du parti. «Dans la genèse de ce mariage, il y avait un principe non négociable et c'est l'égalité des comtés, a-t-il souligné au Devoir. M. Reid pousse une résolution irréfléchie. Ce principe d'équité est fondamental pour nous.»
Le vétéran député John Reynolds, ancien allianciste, a dit respecter le choix des délégués tout en appelant les militants à rejeter cette modification aujourd'hui en plénière. «Certains ont des opinions différentes dans un congrès et c'est normal, a dit ce proche collaborateur de Stephen Harper. Mais j'espère que les militants vont défaire cette résolution. M. Harper espère la même chose, j'en suis certain, car c'est lui qui a construit la fusion. Mais je ne pense pas que le parti soit menacé.»
Malgré cette soudaine chicane de famille qui pourrait mal tourner aujourd'hui, Stephen Harper a tenu à rappeler hier soir le long chemin parcouru par la formation politique depuis la fusion, affirmant avec une joie qui détonait sur le ton de la journée qu'«il n'y a pas si longtemps, nous étions des factions, mais maintenant, nous sommes une famille».
Dans un discours aux forts accents électoraux prononcé devant plus de 2800 délégués gonflés à bloc, le chef conservateur a durement attaqué les libéraux de Paul Martin. «Le Canada est actuellement dirigé par un gouvernement faisant l'objet d'une enquête, a-t-il lancé sous un tonnerre d'applaudissements. Pour savoir ce qui arrive à notre argent, il faut attendre le verdict de la vérificatrice générale, du juge Gomery, de la GRC et de la Sûreté du Québec. On n'a jamais vu ça en 138 ans de Confédération. Et nous ne devons plus jamais voir ça!» Selon lui, les libéraux sont «figés dans la honte, comme un malfaiteur pris la main dans le sac», par un scandale des commandites qui s'amplifie de jour en jour. «C'est le vrai visage du Parti libéral du Canada», a-t-il soutenu, avant d'affirmer que, pour le Parti conservateur, «la politique est une cause, non pas une escroquerie».
Profitant de sa présence au Québec, Stephen Harper a également tiré plusieurs flèches vers le Bloc québécois, soulignant à gros traits que la formation souverainiste ne pourrait jamais régler le déséquilibre fiscal, aider les forces armées, baisser les impôts ou augmenter le pouvoir des provinces. «Quinze ans plus tard, il est temps de se demander ce que le Bloc a accompli depuis 1990. Les libéraux fédéraux n'ont pas changé. Le déséquilibre fiscal se creuse, les scandales continuent et l'invasion des compétences provinciales est plus forte que jamais. La politique du Bloc, c'est la politique de la chaise vide», a-t-il affirmé. Il a aussitôt tendu la main aux Québécois pour changer les choses. «Aujourd'hui, le Parti conservateur a besoin du Québec et le Québec a besoin du Parti conservateur.»
Puis, dans une annonce étonnante, Stephen Harper a promis de «ramener le Canada à la table des négociations» avec les États-Unis dans le dossier du bouclier antimissile s'il était élu. Ajoutant qu'il n'allait pas embarquer dans le projet si celui-ci n'était pas à l'avantage du pays, il a souligné qu'il était dans «l'intérêt du Canada» de négocier sérieusement. Dans le même élan de promesses, il a déclaré qu'un gouvernement conservateur n'entendait absolument pas adopter de loi sur l'avortement mais qu'il rétablirait la définition traditionnelle du mariage tout en conservant des droits égaux aux couples homosexuels. Il a aussi promis un fédéralisme d'ouverture très différent du «paternalisme» libéral.
C'est que la deuxième journée du congrès a jeté du sel sur les plaies encore sensibles de la fusion entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur, démontrant avec éclat que ce mariage de raison entre deux rivaux reste difficile à consommer. C'est une résolution proposée lors d'un atelier sur la constitution du parti qui a mis le feu aux poudres hier matin, créant une onde de choc si importante que le député Peter Mackay, à l'origine de la fusion, n'a pas voulu exclure que l'existence même du Parti conservateur pourrait s'en trouver menacée si cette résolution était adoptée par la majorité des militants aujourd'hui en plénière.
Peter Mackay, l'ancien chef du Parti progressiste-conservateur qui a soudé la droite canadienne avec l'aide de Stephen Harper, a rappelé hier la condition sine qua none pour que la fusion prenne forme il y a plus d'un an: tous les comtés au pays doivent peser le même poids au sein du parti. Ainsi, une circonscription de moins de 100 membres doit pouvoir envoyer le même nombre de délégués au congrès et avoir la même importance lors d'une course au leadership qu'un comté qui renferme des milliers de membres. Une manière d'éviter que les endroits à dominance progressiste-conservatrice, qui comptent moins de militants, notamment au Québec et dans l'est du pays, soient submergés par les militants de l'Alliance, plus nombreux. Car au sein de l'Alliance canadienne, la tradition consistait à donner davantage de pouvoir aux comtés qui abritaient le plus de membres en règle.
Cette condition essentielle à la fusion, que tous croyaient inébranlable, a néanmoins été remise en question hier, ce qui a provoqué une levée de boucliers chez les anciens progressistes-conservateurs et n'a pas manqué de semer la zizanie dans les rangs alliancistes. C'est lors de l'atelier sur la constitution du parti que tout a basculé. Le controversé député Scott Reid, qui a déjà mis son parti dans l'embarras avec ses commentaires sur le bilinguisme, a mis en avant une résolution réclamant de revenir à l'ancien système en vigueur à l'Alliance canadienne. Peter Mackay a eu beau plaider l'inconscience et le danger de cette résolution pour l'avenir du parti, les militants ont tout de même choisi de l'adopter lors de l'atelier.
Furieux, Peter Mackay a claqué la porte de la salle, prenant aussitôt le chemin des nombreux plateaux de télévision pour exprimer sa colère. Sa grande séduction était lancée. Le député doit en effet obtenir une double majorité aujourd'hui en plénière pour défaire cette résolution. D'abord, la majorité des délégués doivent rejeter la proposition lors d'un vote, puis la majorité des provinces doivent également faire de même, puisque le vote des délégués sera également affiché selon la provenance des militants.
Conscient du signal désastreux qui serait envoyé aux militants d'allégeance progressiste-conservatrice, Peter Mackay et ses alliés ont entrepris de mettre tout leur poids dans la balance, multipliant les rencontres, les appels téléphoniques et les points de presse. Mais si cette résolution passe la rampe aujourd'hui et trahit l'entente de la fusion, est-ce que la survie du parti est menacée, a demandé un reporter? «Ce n'est pas le temps de décider ça, nous verrons demain. Mais les militants doivent comprendre l'impact d'une telle décision», a lancé Peter Mackay.
Le député a pris en grippe son collègue Scott Reid, affirmant ne pas comprendre son geste. «Je ne regrette pas cette fusion, mais je trouve très décevant qu'un membre du caucus propose une telle modification en sachant fort bien que c'était une condition à la fusion et que c'est important pour les anciens progressistes-conservateurs, a-t-il lancé sur un ton qui n'acceptait pas de réplique. J'espère clairement que ça ne passera pas à la plénière. J'ai peur qu'une telle mesure ne crée des dissensions dans certaines régions du pays. Sans cette clause, il n'y aurait pas eu de fusion.» Même ton inquiet chez le sénateur conservateur Pierre-Claude Nolin, puisque certaines circonscriptions du Québec ne comptent même pas 100 membres en règle, ce qui les empêcherait d'envoyer le maximum de délégués au congrès et donc d'influencer les orientations du parti. «Dans la genèse de ce mariage, il y avait un principe non négociable et c'est l'égalité des comtés, a-t-il souligné au Devoir. M. Reid pousse une résolution irréfléchie. Ce principe d'équité est fondamental pour nous.»
Le vétéran député John Reynolds, ancien allianciste, a dit respecter le choix des délégués tout en appelant les militants à rejeter cette modification aujourd'hui en plénière. «Certains ont des opinions différentes dans un congrès et c'est normal, a dit ce proche collaborateur de Stephen Harper. Mais j'espère que les militants vont défaire cette résolution. M. Harper espère la même chose, j'en suis certain, car c'est lui qui a construit la fusion. Mais je ne pense pas que le parti soit menacé.»
Malgré cette soudaine chicane de famille qui pourrait mal tourner aujourd'hui, Stephen Harper a tenu à rappeler hier soir le long chemin parcouru par la formation politique depuis la fusion, affirmant avec une joie qui détonait sur le ton de la journée qu'«il n'y a pas si longtemps, nous étions des factions, mais maintenant, nous sommes une famille».
Dans un discours aux forts accents électoraux prononcé devant plus de 2800 délégués gonflés à bloc, le chef conservateur a durement attaqué les libéraux de Paul Martin. «Le Canada est actuellement dirigé par un gouvernement faisant l'objet d'une enquête, a-t-il lancé sous un tonnerre d'applaudissements. Pour savoir ce qui arrive à notre argent, il faut attendre le verdict de la vérificatrice générale, du juge Gomery, de la GRC et de la Sûreté du Québec. On n'a jamais vu ça en 138 ans de Confédération. Et nous ne devons plus jamais voir ça!» Selon lui, les libéraux sont «figés dans la honte, comme un malfaiteur pris la main dans le sac», par un scandale des commandites qui s'amplifie de jour en jour. «C'est le vrai visage du Parti libéral du Canada», a-t-il soutenu, avant d'affirmer que, pour le Parti conservateur, «la politique est une cause, non pas une escroquerie».
Profitant de sa présence au Québec, Stephen Harper a également tiré plusieurs flèches vers le Bloc québécois, soulignant à gros traits que la formation souverainiste ne pourrait jamais régler le déséquilibre fiscal, aider les forces armées, baisser les impôts ou augmenter le pouvoir des provinces. «Quinze ans plus tard, il est temps de se demander ce que le Bloc a accompli depuis 1990. Les libéraux fédéraux n'ont pas changé. Le déséquilibre fiscal se creuse, les scandales continuent et l'invasion des compétences provinciales est plus forte que jamais. La politique du Bloc, c'est la politique de la chaise vide», a-t-il affirmé. Il a aussitôt tendu la main aux Québécois pour changer les choses. «Aujourd'hui, le Parti conservateur a besoin du Québec et le Québec a besoin du Parti conservateur.»
Puis, dans une annonce étonnante, Stephen Harper a promis de «ramener le Canada à la table des négociations» avec les États-Unis dans le dossier du bouclier antimissile s'il était élu. Ajoutant qu'il n'allait pas embarquer dans le projet si celui-ci n'était pas à l'avantage du pays, il a souligné qu'il était dans «l'intérêt du Canada» de négocier sérieusement. Dans le même élan de promesses, il a déclaré qu'un gouvernement conservateur n'entendait absolument pas adopter de loi sur l'avortement mais qu'il rétablirait la définition traditionnelle du mariage tout en conservant des droits égaux aux couples homosexuels. Il a aussi promis un fédéralisme d'ouverture très différent du «paternalisme» libéral.
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