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Objectif Ontario pour les conservateurs

Le congrès du parti est l'occasion de régler les questions d'ordre moral et d'adopter un programme fort

Manon Cornellier   19 mars 2005  Canada
Les résultats des élections en Ontario ont laissé un goût amer à Stephen Harper et au Parti conservateur, qui espéraient une récolte plus abondante face à des libéraux handicapés par le scandale des commandites et une performance décevante de
Photo : Jacques Nadeau
Les résultats des élections en Ontario ont laissé un goût amer à Stephen Harper et au Parti conservateur, qui espéraient une récolte plus abondante face à des libéraux handicapés par le scandale des commandites et une performance décevante de
Depuis les élections du 28 juin 2004, le chef conservateur Stephen Harper tente de faire valoir la crédibilité de son parti auprès des Québécois. Si l'opération est essentielle pour mériter le titre de parti national, ça ne suffit pas quand on rêve de former un gouvernement. Il faut aussi gagner des sièges et le champ de bataille le plus convoité et offrant le plus de potentiel au Parti conservateur reste l'Ontario.

Les conservateurs ontariens qui participent depuis jeudi au congrès d'orientation du PC sont arrivés à Montréal avec l'objectif bien arrêté de donner à leur parti une image et un programme qui puissent séduire leurs concitoyens. «Une image de parti moderne, modéré et ouvert», répètent en choeur nombre de têtes d'affiche du PC dans la province.

«Ce congrès arrive à un moment critique pour le parti afin d'améliorer ses chances en Ontario lors des prochaines élections fédérales», croit Tony Clement, un ancien ministre du gouvernement provincial de Mike Harris et partisan de la première heure de l'union des forces de droite.

«Nous n'avions pas de programme politique débattu et appuyé par les membres aux dernières élections et, à cause de cela, les libéraux ont pu remplir ce verre vide et prétendre que le PC appuyait des idées qui n'avaient parfois rien à voir avec la réalité. Le congrès est donc une chance d'imposer notre propre marque, de préciser ce qu'un gouvernement conservateur ferait et ne ferait pas», dit-il.

Bob Dechert est un conservateur ontarien de longue date qui s'est joint dès la fin des années 1990 aux efforts de Preston Manning pour unir les forces de la droite. Il fut ensuite membre de l'Alliance canadienne pour rallier le nouveau PC et être candidat conservateur dans Mississauga-Erindale lors des dernières élections fédérales.

Pour lui aussi, le congrès est un moment de vérité et, à son avis, les militants ontariens doivent s'assurer que «les choses vont dans la bonne direction». «Dans une perspective ontarienne, il faut que le parti se dote d'un programme politique qui soit attirant pour les électeurs urbains de l'Ontario.» C'est-à-dire, dit-il, des politiques innovatrices en matière de transport, d'environnement, de justice, de logement, de productivité. Tony Clement ajoute l'immigration et la santé publique.

«Les délégués souhaitent avoir des politiques qui leur permettent de gagner des sièges en Ontario. Ils veulent que le débat autour des enjeux moraux soit réglé, poursuit M. Dechert. À chaque élection, on se fait accuser d'avoir un plan caché [hidden agenda]. On en a beaucoup souffert l'an dernier en Ontario, surtout dans les comtés urbains. Les gens sentent que, s'ils peuvent débattre de ces enjeux de façon ouverte et raisonnable, les Canadiens pourraient enfin savoir à quelle enseigne nous logeons et constater que nous sommes une solution de rechange raisonnable, conventionnelle et centriste aux libéraux qui, en contrepartie, ne pourront plus nous accuser d'avoir un plan caché lors des prochaines élections.»

Peu importe à qui on parle, le commentaire est le même. L'absence de programme a été le principal handicap du parti lors des dernières élections et les libéraux en ont tiré un avantage indu, eux qui s'étaient déjà fait une spécialité depuis des décennies, répètent plusieurs, de présenter les conservateurs comme des gens aux idées extrêmes et enclins à l'intolérance.

En Ontario, ce fut dévastateur, en particulier dans les villes. Ceci explique peut-être que tout le monde y parle maintenant de l'importance d'avoir un programme urbain bien étoffé. Le gros des votes se trouve dans les villes en Ontario et ceux des campagnes sont déjà largement acquis aux conservateurs.

Bob Dechert est convaincu, comme bien d'autres, d'avoir perdu ses élections à cause de la campagne de peur des libéraux. Il soutient qu'il menait une semaine avant le vote mais que tout a dégringolé après les coups de butoir des dernières publicités négatives du Parti libéral du Canada. Et comme le PC n'a pas vraiment répondu, les attaques souvent centrées sur des enjeux moraux ont porté.

Tony Clement est d'ailleurs heureux que ce genre de questions soient débattues aujourd'hui en plénière, peu importe les dangers que cela comporte. Selon lui, cela permettra de mettre fin à plusieurs controverses et de montrer ce que pensent la majorité des membres.

Pour rejoindre l'Ontario, par contre, le parti devra aller plus loin et se doter de ce qu'il appelle «une thèse de gouvernement», pense-t-il. Les libéraux, dit-il, ont toujours été capables d'exposer les raisons pour lesquelles ils pensaient devoir être élus. «Le PC doit faire la même chose, expliquer qui il est, pourquoi et comment il veut gouverner.»

Avec ses 106 comtés, l'Ontario détient plus du tiers des 308 circonscriptions fédérales. En détenir le contrôle, comme les libéraux y sont parvenus en 1993, en 1997 et en 2000, garantit pratiquement l'accession au pouvoir. Cette mainmise unique dans l'histoire ontarienne n'est toutefois pas près de se répéter depuis que le Parti progressiste-conservateur et l'Alliance canadienne ont uni leurs forces en décembre 2003, mettant ainsi un terme à la division du vote de droite et à l'élection par défaut de libéraux ontariens.

Lors des dernières élections, les libéraux ont senti les premiers effets de cette union. Alors qu'ils avaient fait élire 100 députés sur 103 en 2000, ils n'en ont obtenu que 75 sur 106 en juin dernier. Les conservateurs, de leur côté, sont passés de deux à 24 sièges avec 31,5 % des voix.

Le bond peut paraître impressionnant, mais il a laissé un goût amer aux troupes de Stephen Harper, qui espéraient une récolte plus abondante face à des libéraux handicapés par le scandale des commandites et une performance décevante de Paul Martin. L'organisateur conservateur dans la province, l'ancien ministre provincial John Baird, s'était même permis de rêver à voix haute, vers la fin de la campagne, à une cinquantaine de sièges. Et il croyait que son parti ferait une vraie percée dans les banlieues de Toronto, celles du code régional 905 qui ont fait le succès de Mike Harris. Le PC n'a arraché que six des 24 sièges en question. Un de ses candidats-vedettes, Tony Clement, a mordu la poussière et tous les comtés à forte population d'origine ethnique lui ont échappé. À travers la province, par contre, 17 candidats conservateurs ont vu les libéraux les devancer avec 5000 voix ou moins, quand ce n'était pas une simple poignée.

Les militants ontariens estiment donc qu'avec la recette adéquate, leur parti peut faire des gains dans leur province. Reste à trouver l'amalgame juste. Le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, John Tory, conseille pour sa part à M. Harper de prendre la défense de la province, qui est partie en guerre contre Ottawa sur le déséquilibre fiscal. M. Tory, qui fera son entrée à la législature provinciale après avoir remporté jeudi une élection partielle, voudrait que les conservateurs fédéraux occupent ainsi un terrain laissé vierge par les libéraux fédéraux.

On saura aujourd'hui, lors de la plénière du congrès, si son appel sera entendu. Les militants fédéraux sont divisés sur la question. Un premier atelier a rejeté hier une résolution sur le sujet, les participants s'opposant à ce que le fédéral transfère davantage d'argent aux provinces. Selon eux, ils devraient plutôt utiliser les surplus pour réduire le fardeau fiscal.

Mais au même moment, un autre atelier appuyait la même résolution recommandant à un gouvernement conservateur fédéral de travailler avec les provinces pour corriger ce déséquilibre et de le faire en augmentant les transferts, en réduisant les impôts ou encore en transférant des points d'impôt aux provinces.

Il reste aussi à faire passer le message. Les efforts répétés de Stephen Harper au Québec ont fait grogner de nombreux militants ontariens qui avaient l'impression qu'on négligeait leur province et son potentiel de croissance. Bob Dechert, Tony Clement et la sénatrice ontarienne, Marjorie LeBreton, défendent leur chef sans hésitation. M. Clement note que M. Harper a visité aussi souvent, sinon plus, l'Ontario que le Québec, mais que ses passages ont eu moins d'écho. Pour ces trois vétérans du PC, le chef doit poursuivre ses efforts dans les deux provinces et ne pas en négliger une pour l'autre.

Selon M. Dechert, la solution en Ontario ne se trouve pas, de toute façon, dans une présence plus intense du chef mais dans un message qui rejoint les électeurs des grands centres urbains de la province. Marjorie LeBreton, qui est une amie intime de la famille Mulroney et une ancienne conseillère de l'ex-premier ministre, abonde en ce sens mais pense aussi que le parti doit faire plus en matière d'organisation locale pour former les militants, amasser des fonds, repérer d'éventuels candidats.

Marjorie LeBreton conclut en résumant la pensée de tout le monde. «J'espère qu'au bout du compte, nous aurons un message moderne et modéré auquel les gens pourront s'identifier», dit-elle. Elle saura ce soir si ce sera mission accomplie.
Les résultats des élections en Ontario ont laissé un goût amer à Stephen Harper et au Parti conservateur, qui espéraient une récolte plus abondante face à des libéraux handicapés par le scandale des commandites et une performance décevante de Bien des stratèges conservateurs pensent que la campagne de peur des libéraux a coûté cher au Parti conservateur en Ontario lors des dernières élections.
 
 
 
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