dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'aventure internationale de la Catalogne

Caterina García   9 mars 2005  Canada
La ville de Barcelone vue de la mer.
Photo : Agence Reuters
La ville de Barcelone vue de la mer.
On dit que le «modèle québécois» les a inspirés. Les Catalans ont, eux aussi, des visées internationales. Avec l'élection du gouvernement socialiste de Rodríguez Zapatero, ils retrouvent d'ailleurs leur pouvoir d'agir. Regard sur une autre «province».

Les communautés autonomes espagnoles, à cause de circonstances politiques liées à la transition vers la démocratie, ont commencé à mener des activités internationales plus tard que de nombreuses autres régions de différents pays industrialisés. Dans le cas de la Catalogne, pionnière de l'Espagne en cette matière, les activités internationales ne datent que des années 1980.

La présence internationale de la Catalogne est le résultat de la convergence de quatre facteurs: la mondialisation (au niveau international), l'intégration européenne et la construction de l'Europe des régions (au niveau régional), le développement des communautés autonomes — l'équivalent des provinces canadiennes — (au niveau étatique), et le dynamisme politique et économique de la Catalogne (au niveau national). Pour favoriser la croissance économique et l'épanouissement de la nation, les deux objectifs centraux du gouvernement catalan, la Catalogne devait s'ouvrir sur le monde.

Consolidation

Dans un premier temps, le nationalisme en Catalogne a eu un impact déterminant dans la mise en oeuvre d'une politique internationale. Cependant, très rapidement, le pragmatisme économique prendra le dessus et les manifestations nationalistes, qui dérangeaient beaucoup le gouvernement central et provoquaient chez lui des réactions hostiles envers toute action extérieure, se sont modérées même si les buts de la politique internationale de la Catalogne n'ont pas réellement changé. Depuis ses premières activités internationales, la Catalogne a parcouru un long chemin. Elle a aujourd'hui consolidé et normalisé ses actions internationales.

La consolidation de l'activité internationale de la Catalogne signifie que sa politique internationale n'est plus l'addition d'actions isolées et sporadiques, mais plutôt le fruit d'une ligne de conduite qui résulte de décisions politiques réfléchies, avec des buts définis, et qui repose sur une structure institutionnelle. Les activités internationales de la Catalogne dès les années 1990 ont été, par rapport à celles des années 1980, animées par la recherche de fonctionnalité dans le cadre du développement des compétences autonomes et par l'application du principe de subsidiarité de l'Union européenne.

La normalisation des activités internationales de la Catalogne fait référence au fait que celle-ci a réussi à changer la perception du gouvernement central selon laquelle toutes les activités extérieures des États autonomes étaient une menace pour l'unité et la cohérence de la politique étrangère de l'Espagne.

Normalisation

Il est difficile de donner la date précise qui marquerait le début du processus de normalisation. Cette évolution est plutôt le résultat d'un processus répété de négociations politiques formelles et informelles qui ont été appuyées par la jurisprudence du «Tribunal Constitucional» (Cour suprême). À cet égard, il faut souligner l'importance d'un jugement du 24 mai 1994 où le Tribunal Constitucional va admettre la possibilité que les communautés autonomes mènent des activités extérieures lorsqu'elles ne touchent pas la réserve étatique de l'article 149.1.3. de la Constitution (selon laquelle les relations internationales sont une compétence exclusive de l'État) et qu'elles ne perturbent pas l'exercice des activités internationales de l'État. Le Tribunal considéra que l'Union européenne avait introduit une dimension nouvelle aux relations internationales, à mi-chemin entre le national et l'international, et que, par conséquent, l'État espagnol ne pouvait pas empêcher les communautés autonomes d'avoir des relations directes avec l'UE.

Si l'on peut sans doute affirmer que les relations extérieures de la Catalogne se sont normalisées par rapport aux débuts, il faut dire que les relations politiques entre le gouvernement central et les gouvernements autonomes ont eu une incidence notable sur les obstacles que le premier posait aux communautés autonomes. Ainsi, pendant le deuxième mandat du président José-Maria Aznar du «Partido Popular», la droite espagnole, les relations se sont raréfiées et cela a eu un impact très négatif sur l'action extérieure des communautés autonomes qui se sont trouvées, à nouveau, devant des obstacles qui avaient pourtant été levés auparavant. La radicalisation du gouvernement Aznar était une réaction centralisatrice aux revendications autonomistes croissantes de la part du Pays basque et de la Catalogne. Le gouvernement Aznar, avec une vision très centraliste de l'Espagne, voyait dans ces demandes décentralisatrices une menace à la Constitution et à l'unité de l'État. Sa réaction fut de recourir aux tribunaux afin de faire déclarer anticonstitutionnelles les activités extérieures des différentes communautés autonomes.

Ce n'est qu'en mars 2004, avec l'élection d'un nouveau gouvernement, que se produit la «deuxième normalisation» des activités extérieures des communautés autonomes. Très rapidement, le gouvernement socialiste de Rodríguez Zapatero s'est montré ouvert à certaines revendications des communautés autonomes. De plus, le Tribunal Constitucional a levé une partie des interdictions aux délégations internationales de la Catalogne qu'avaient imposées le gouvernement Aznar. Le signe le plus visible de cette nouvelle normalisation a été l'accord qui permet aux communautés autonomes de participer au Conseil des ministres de l'Union européenne. Ce mécanisme déjà utilisé par d'autres régions de pays européens n'avait jamais été mis en place en Espagne malgré qu'il s'agisse d'une demande répétée des communautés autonomes depuis 14 ans.

À cette attitude plus favorable du gouvernement espagnol envers la Catalogne doit s'ajouter une nouvelle harmonie politique entre les deux ordres de gouvernement. Après 23 ans de règne du Parti CiU («Convergència i Unió», droite nationaliste modérée), le nouveau gouvernement catalan, une coalition tripartite qui inclut les socialistes, les nationalistes de gauche et l'ancien Parti communiste), sans renoncer à une active politique extérieure, est moins menaçant pour le gouvernement espagnol parce qu'il se manifeste ouvertement en faveur de la coopération avec le gouvernement central, mais aussi parce les liens politiques et personnels entre les deux ordres de gouvernement rendent plus facile cette nouvelle normalisation des relations internationales de la Catalogne.

***

Caterina García est professeure titulaire de relations internationales à l'université Pompeu Fabra de Barcelone.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012