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CHUM: Johnson démolit Outremont

Kathleen Lévesque   2 mars 2005  Canada
L'ancien premier ministre Daniel Johnson a administré hier une gifle aux promoteurs d'Outremont comme emplacement pour l'implantation du futur CHUM. Trente minutes d'une démonstration claire sur l'explosion des coûts, la pénurie de services directs à la population, les retards dans la réalisation et le transport ferroviaire dangereux à proximité auront suffi pour démolir le projet de l'Université de Montréal.

Pour cette deuxième journée de la commission parlementaire spéciale sur le CHUM, l'exposé de M. Johnson est venu conforter le ministre de la Santé, Philippe Couillard, pour qui il est clair que la technopole de la santé et du savoir coûtera au bas mot deux milliards de dollars. «Les budgets vont être défoncés si on va à Outremont», a confirmé Daniel Johnson. Et cet investissement gouvernemental pourrait même handicaper les besoins dans les autres établissements du réseau de la santé, dont en région, a prévenu M. Johnson.

Daniel Johnson a souligné qu'il s'agit de simple bon sens. Selon lui, l'UdeM ne peut dire qu'elle va réaliser le même projet que celui prévu sur l'ancien emplacement du 6000, Saint-Denis, au coût de 1,6 milliard, et qu'en y ajoutant les frais de décontamination, d'expropriation et d'infrastructures, la facture totale baissera à 1,3 milliard de dollars. Pour M. Johnson, l'UdeM tente ainsi de se faire payer le déménagement de ses facultés des sciences de la santé. Et plutôt que de proposer de faire des économies dans le fonctionnement quotidien de l'hôpital pour les engloutir dans le béton, M. Johnson recommande de les investir dans les soins aux patients.

Ainsi, pour ce qui est de la desserte des services de santé dans la population, M. Johnson s'est montré tranchant. Il est faux de prétendre, selon lui, que les besoins des citoyens ne sont pas dans le centre-est de la ville et sur la Rive-Sud, d'où provient 20 % de la clientèle. «On ne peut pas dire aujourd'hui que tous les hôpitaux du CHUM sont à la mauvaise place», a-t-il laissé tomber.

Il s'est indigné des commentaires reçus lors des consultations qu'il a menées; certaines personnes lui auraient fait valoir qu'on ne pouvait pas construire le CHUM au milieu des drogués et des itinérants du centre-ville. «Un CHUM digne de ce nom doit se préoccuper des difficultés de la réalité urbaine», a affirmé l'ancien premier ministre.

Au chapitre des délais pour préparer adéquatement le vaste terrain de la gare de triage du Canadien Pacifique et y construire le CHUM, M. Johnson a établi que l'objectif de 2010-11 est trop serré. À cet égard, le ministre Couillard a rappelé que le projet devrait être soumis au Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) ainsi qu'à l'Office de consultation publique de Montréal pour des changements majeurs de zonage municipal.

Sur la délicate question des risques liés à l'emplacement d'Outremont, qui est ceinturé à l'heure actuelle de voies ferrées où transitent des matières dangereuses, Daniel Johnson a été clair. Le risque est doublement plus important qu'au 6000, Saint-Denis: les mêmes wagons passent en plus de ceux de la compagnie des Chemins de fer Québec-Gatineau. Quant à l'évaluation de la firme d'ingénierie SNC-Lavalin voulant qu'une catastrophe comme un déversement d'un produit toxique ne puisse se produire que tous les 8000 ans, M. Johnson a lancé: «On ne sait pas quand ça arrive; c'est comme gagner à la loto.»

Quelques minutes plus tard, devant les journalistes, il a soutenu que «les citoyens ne devraient pas enduré» une décision gouvernementale qui permettrait de construire le futur CHUM à côté d'une voie ferrée.

Intarissable sur les critiques qu'il avait à formuler sur le projet d'Outremont, Daniel Johnson a également soulevé la question de la synergie. «C'est une excellente idée, mais qui n'est pas à la bonne place», a-t-il assuré.

Au fur et à mesure que les éléments dévastateurs pour Outremont s'additionnaient dans la présentation de M. Johnson, le sourire du ministre Couillard s'allongeait. A contrario, Guy Saint-Pierre, appelé à la rescousse du projet Outremont avec son collègue Armand Couture par le premier ministre Jean Charest en janvier, affichait un air renfrogné. Assis dans la salle les bras croisés, il venait tout juste lui aussi de défendre devant les députés les résultats de ses travaux d'analyse sur le CHUM. Mais voilà, les conclusions du rapport Couture-Saint-Pierre ont surtout nourri les doutes.

MM. Couture et Saint-Pierre ont été mis sur la défensive. S'ils ont maintenu que l'évaluation budgétaire soumise par l'UdeM est «raisonnable», ils ont toutefois cherché à corriger le tir quant à la mission du futur CHUM qui élimine les soins primaires. «Ce qu'on espère, c'est que les problèmes mineurs n'attendront pas dans les urgences d'un hôpital universitaire. Mais je ne veux pas donner l'impression qu'il n'y aurait pas de soins généraux», a affirmé M. Saint-Pierre, qui a ajouté que sa présentation primait sur son rapport.

La force de conviction de Daniel Johnson et l'aisance de cet ancien politicien ont laissé MM. Couture et Saint-Pierre sur la voie de service. M. Johnson s'est posé comme un véritable défenseur de Montréal et de son centre-ville, rappelant la nécessité de dynamiser le coeur économique de la métropole. En comparaison, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est borné jusqu'à maintenant à appuyer le «concept» de technopole de l'UdeM. Ce matin, ce sera son tour de prendre position devant la commission parlementaire.






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