Le missile McKenna
Photo : Agence Reuters
La participation du Canada au projet de bouclier antimissile est déjà très importante, a déclaré hier l’ambassadeur du Canada à Washington, Frank McKenna.
Ottawa — Le controversé bouclier antimissile américain a de nouveau plongé le gouvernement fédéral dans l'embarras hier, mais cette fois la bombe a été lâchée par le camp libéral lui-même. Le nouvel ambassadeur canadien à Washington et proche de Paul Martin, Frank McKenna, a déclenché une véritable tempête en affirmant sans détour que le Canada fait déjà partie du bouclier américain. Selon lui, les États-Unis ont obtenu tout ce qu'ils voulaient avec les modifications apportées au NORAD cet été et il est difficile de voir ce qu'Ottawa pourrait faire de plus.
Ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick et politicien d'expérience, Frank McKenna doit prendre officiellement ses fonctions à Washington dans une semaine. Mais, avant son départ pour la capitale américaine, le comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes, composé de députés issus de tous les partis politiques, a voulu poser quelques questions au nouvel ambassadeur.
Sans détour, pesant ses mots, l'homme fort de la politique canadienne chez nos voisins du Sud a exprimé son point de vue sur le controversé bouclier antimissile, un dossier avec lequel il devra composer une fois en poste.
À une question posée par Jack Layton, le chef du NPD, qui voulait savoir s'il était inquiet de ce projet, Frank McKenna a répondu qu'il était «prématuré» de se prononcer, puisqu'il n'a pas toutes les données en main.
Mais, selon les informations dont il dispose, les États-Unis ne demandent pas d'argent au Canada et promettent de ne placer aucun intercepteur de missile en sol canadien. Frank McKenna a précisé que le gouvernement du Canada «n'a pas encore pris sa décision» et que le Parlement «devra aussi se prononcer» sur le projet.
Toutefois, l'ambassadeur n'y est pas allé par quatre chemins pour souligner la participation déjà énorme du Canada au projet. Selon lui, Ottawa a déjà fait tellement de concessions qu'il est difficile de voir ce que les Américains attendent encore comme signal. «Je ne vois pas exactement ce que les États-Unis veulent vraiment de nous avec ce bouclier actuellement. Ce n'est pas clair pour moi», a-t-il dit.
Frank McKenna juge que les modifications apportées en août dernier au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier, permettent de dire que le Canada fait partie du projet. Le NORAD peut maintenant fournir des renseignements à la Missile Defense Agency, l'organisme responsable de la mise en place du bouclier.
«Je pense que nous avons donné l'essentiel de ce que voulaient les Américains, qui était d'utiliser le NORAD et ses informations pour détecter les missiles», a dit M. McKenna devant le comité. Washington a aujourd'hui tout ce qu'il faut pour exploiter «un système de défense antimissile modeste», a-t-il dit.
Questionné par les journalistes à sa sortie du comité, Frank McKenna a poussé ses affirmations un cran plus loin. «Est-ce que nous faisons partie du programme antimissile?», lui a demandé un reporter. «Nous en faisons partie, a-t-il tranché. Nous en faisons partie maintenant et la question est: que pouvons-nous faire de plus?»
Lors de la visite du président américain à Ottawa en décembre dernier, George W. Bush avait placé Paul Martin dans l'embarras à deux reprises en évoquant le bouclier antimissile. Il demandait alors au Canada de s'engager aux côtés des États-Unis pour protéger le continent à l'aide de ce bouclier.
À propos de ces discours, Frank McKenna s'est interrogé sur ce que les États-Unis voulaient de plus, compte tenu de la forte participation canadienne. «Qu'est-ce que signer [un accord] veut dire? On ne peut pas être plus clair que ça», a-t-il dit.
Bill Graham sur la sellette
Les déclarations de Frank McKenna ont enflammé les partis d'opposition, qui ont talonné le ministre de la Défense durant presque toute la période de questions hier. En l'absence de Paul Martin, actuellement au sommet de l'OTAN à Bruxelles, c'est Bill Graham qui a essuyé le feu nourri de ses adversaires politiques.
Le ministre a tenté de minimiser la portée des propos du nouvel ambassadeur canadien, soutenant que M. McKenna n'a pas contredit la position du gouvernement, puisqu'il parlait seulement de la modification du NORAD, un fait connu.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a plutôt soutenu que le gouvernement avait déjà décidé de participer au bouclier cet été et que les modifications au NORAD représentaient la vraie décision, contrairement à ce que les libéraux prétendent. «Pourquoi le gouvernement a-t-il brisé sa promesse de rendre publics les détails du projet et d'avoir un vote au Parlement avant d'y participer?», a lancé M. Harper. «J'assure la Chambre qu'aucune décision n'a été prise», a répliqué Bill Graham.
Assailli de questions à sa sortie de la Chambre, Bill Graham a rappelé que Frank McKenna avait aussi dit que c'était au gouvernement de prendre une décision dans ce dossier, ce qui signifie selon lui que tout n'est pas joué.
«Il faut que le public canadien comprenne très bien qu'on collabore avec les Américains dans la reconnaissance des menaces qui planent sur l'Amérique du Nord et c'est ce que nous faisons avec le NORAD, a-t-il souligné. Mais modifier le NORAD ne signifie pas une participation au bouclier antimissile, qui, lui, est un système de déploiement de missiles. Nous n'en faisons pas partie.»
Le ministre en veut pour preuve la visite du président Bush en décembre dernier. «George W. Bush lui-même nous a demandé de participer au système. Ça prouve que nous n'en faisons pas partie, selon les Américains», a-t-il dit.
Des propos qui n'ont pas rassuré l'opposition. Gilles Duceppe estime que «c'est la confusion la plus totale» dans ce dossier. Une confusion alimentée par les tergiversations des libéraux, a souligné le chef bloquiste. Jack Layton, quant à lui, s'inquiète des déclarations de Frank McKenna. «Peut-être que c'est M. McKenna qui dit la vérité [et non pas Paul Martin]? Si c'est le cas, nous avons un grand problème, car Paul Martin n'aurait pas dit la vérité aux Canadiens. Ça nécessite une clarification immédiate du gouvernement», a affirmé le chef du NPD. Le bureau du premier ministre est resté muet hier et n'a pas retourné les appels du Devoir.
Ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick et politicien d'expérience, Frank McKenna doit prendre officiellement ses fonctions à Washington dans une semaine. Mais, avant son départ pour la capitale américaine, le comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes, composé de députés issus de tous les partis politiques, a voulu poser quelques questions au nouvel ambassadeur.
Sans détour, pesant ses mots, l'homme fort de la politique canadienne chez nos voisins du Sud a exprimé son point de vue sur le controversé bouclier antimissile, un dossier avec lequel il devra composer une fois en poste.
À une question posée par Jack Layton, le chef du NPD, qui voulait savoir s'il était inquiet de ce projet, Frank McKenna a répondu qu'il était «prématuré» de se prononcer, puisqu'il n'a pas toutes les données en main.
Mais, selon les informations dont il dispose, les États-Unis ne demandent pas d'argent au Canada et promettent de ne placer aucun intercepteur de missile en sol canadien. Frank McKenna a précisé que le gouvernement du Canada «n'a pas encore pris sa décision» et que le Parlement «devra aussi se prononcer» sur le projet.
Toutefois, l'ambassadeur n'y est pas allé par quatre chemins pour souligner la participation déjà énorme du Canada au projet. Selon lui, Ottawa a déjà fait tellement de concessions qu'il est difficile de voir ce que les Américains attendent encore comme signal. «Je ne vois pas exactement ce que les États-Unis veulent vraiment de nous avec ce bouclier actuellement. Ce n'est pas clair pour moi», a-t-il dit.
Frank McKenna juge que les modifications apportées en août dernier au Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier, permettent de dire que le Canada fait partie du projet. Le NORAD peut maintenant fournir des renseignements à la Missile Defense Agency, l'organisme responsable de la mise en place du bouclier.
«Je pense que nous avons donné l'essentiel de ce que voulaient les Américains, qui était d'utiliser le NORAD et ses informations pour détecter les missiles», a dit M. McKenna devant le comité. Washington a aujourd'hui tout ce qu'il faut pour exploiter «un système de défense antimissile modeste», a-t-il dit.
Questionné par les journalistes à sa sortie du comité, Frank McKenna a poussé ses affirmations un cran plus loin. «Est-ce que nous faisons partie du programme antimissile?», lui a demandé un reporter. «Nous en faisons partie, a-t-il tranché. Nous en faisons partie maintenant et la question est: que pouvons-nous faire de plus?»
Lors de la visite du président américain à Ottawa en décembre dernier, George W. Bush avait placé Paul Martin dans l'embarras à deux reprises en évoquant le bouclier antimissile. Il demandait alors au Canada de s'engager aux côtés des États-Unis pour protéger le continent à l'aide de ce bouclier.
À propos de ces discours, Frank McKenna s'est interrogé sur ce que les États-Unis voulaient de plus, compte tenu de la forte participation canadienne. «Qu'est-ce que signer [un accord] veut dire? On ne peut pas être plus clair que ça», a-t-il dit.
Bill Graham sur la sellette
Les déclarations de Frank McKenna ont enflammé les partis d'opposition, qui ont talonné le ministre de la Défense durant presque toute la période de questions hier. En l'absence de Paul Martin, actuellement au sommet de l'OTAN à Bruxelles, c'est Bill Graham qui a essuyé le feu nourri de ses adversaires politiques.
Le ministre a tenté de minimiser la portée des propos du nouvel ambassadeur canadien, soutenant que M. McKenna n'a pas contredit la position du gouvernement, puisqu'il parlait seulement de la modification du NORAD, un fait connu.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a plutôt soutenu que le gouvernement avait déjà décidé de participer au bouclier cet été et que les modifications au NORAD représentaient la vraie décision, contrairement à ce que les libéraux prétendent. «Pourquoi le gouvernement a-t-il brisé sa promesse de rendre publics les détails du projet et d'avoir un vote au Parlement avant d'y participer?», a lancé M. Harper. «J'assure la Chambre qu'aucune décision n'a été prise», a répliqué Bill Graham.
Assailli de questions à sa sortie de la Chambre, Bill Graham a rappelé que Frank McKenna avait aussi dit que c'était au gouvernement de prendre une décision dans ce dossier, ce qui signifie selon lui que tout n'est pas joué.
«Il faut que le public canadien comprenne très bien qu'on collabore avec les Américains dans la reconnaissance des menaces qui planent sur l'Amérique du Nord et c'est ce que nous faisons avec le NORAD, a-t-il souligné. Mais modifier le NORAD ne signifie pas une participation au bouclier antimissile, qui, lui, est un système de déploiement de missiles. Nous n'en faisons pas partie.»
Le ministre en veut pour preuve la visite du président Bush en décembre dernier. «George W. Bush lui-même nous a demandé de participer au système. Ça prouve que nous n'en faisons pas partie, selon les Américains», a-t-il dit.
Des propos qui n'ont pas rassuré l'opposition. Gilles Duceppe estime que «c'est la confusion la plus totale» dans ce dossier. Une confusion alimentée par les tergiversations des libéraux, a souligné le chef bloquiste. Jack Layton, quant à lui, s'inquiète des déclarations de Frank McKenna. «Peut-être que c'est M. McKenna qui dit la vérité [et non pas Paul Martin]? Si c'est le cas, nous avons un grand problème, car Paul Martin n'aurait pas dit la vérité aux Canadiens. Ça nécessite une clarification immédiate du gouvernement», a affirmé le chef du NPD. Le bureau du premier ministre est resté muet hier et n'a pas retourné les appels du Devoir.
Haut de la page

