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Chrétien règle ses comptes

L'ancien premier ministre suivait de très près le programme des commandites

Alec Castonguay   9 février 2005  Canada
L’ancien premier ministre Jean Chrétien était visiblement d’une humeur massacrante tout au long de son témoignage devant la commission Gomery, hier.
Photo : Agence Reuters
L’ancien premier ministre Jean Chrétien était visiblement d’une humeur massacrante tout au long de son témoignage devant la commission Gomery, hier.
Ottawa — Cela faisait presque un an jour pour jour que Jean Chrétien était attendu dans l'arène de la commission Gomery pour expliquer son rôle dans le scandale des commandites. Visiblement d'humeur massacrante, l'ancien premier ministre a été fidèle à lui-même, se bagarrant jusqu'à la dernière minute avec cette enquête publique qu'il exècre.

À la barre, M. Chrétien a dû toutefois reconnaître qu'il suivait de très près le déroulement des activités de commandites, même s'il ne prenait aucune décision sur le choix des événements et des agences de publicité. Il a même contredit ses anciens ministres, Stéphane Dion en tête, qui affirmaient ne pas être au courant de l'existence du programme.

Tout au long de la journée, Jean Chrétien n'a pas hésité à engager un duel politique avec le procureur principal de la commission, Me Bernard Roy, un ancien chef de cabinet du premier ministre conservateur Brian Mulroney. Les références aux allégeances du procureur ont été abondantes, alors que ce dernier tentait de rester concentré sur son travail. Une seule fois M. Roy a légèrement dévié du mandat de la commission, lorsqu'il a demandé à M. Chrétien ce qu'il «avait fait pour le fédéralisme avant 1995», lui qui se vantait d'avoir sauvé le pays depuis le début de la journée.

Mais l'arrogance affichée par Jean Chrétien a culminé en toute fin de journée, lors du contre-interrogatoire mené par son avocat. Dans un coup de théâtre manifestement bien préparé, l'ancien premier ministre a résumé tout le mépris que ce processus d'enquête lancé par son rival, Paul Martin, lui inspire.

Ayant toujours en travers de la gorge les commentaires faits par le juge Gomery aux médias avant Noël, à savoir que les balles de golf commandées à même le programme des commandites, avec le motif de la feuille d'érable et au nom de M. Chrétien, faisaient «mauvais goût de village» [small town cheap], l'ancien premier ministre en a profité pour régler ses comptes.

Tranquillement, faisant sans cesse référence aux «villages» d'où étaient originaires les donateurs, Jean Chrétien a sorti de sa mallette une série de balles de golf qu'il a reçu en cadeau. Une à une, il a commenté la qualité des boîtes qui les contenaient, pour finalement nommer avec insistance ceux qui lui avaient remis ces présents: Bill Clinton, George Bush père, George W. Bush et d'autres présidents du monde entier. Pour enfoncer le clou davantage, Jean Chrétien a extirpé une balle de golf avec la marque du cabinet d'avocats Ogilvy Renault, où Brian Mulroney, le procureur Bernard Roy et la fille du juge Gomery travaillent. Et il a bien pris soin de mentionner le nom de la fille du juge. «Je sais que "mauvais goût" et "Westmount" est un oxymoron», a-t-il nargué, voulant démontrer que des balles de golf à son nom étaient une dépense justifiable.

Mais avant cette vengeance sans nuance contre le juge et le procureur en chef de la commission, lesquels n'ont d'ailleurs pas réagi malgré une colère évidente, Jean Chrétien avait tenté de démontrer toute la journée qu'il ne s'occupait pas de la «mécanique» des commandites. Bien sûr, il autorisait les millions de dollars en provenance de la réserve secrète pour l'unité nationale, puisqu'il en avait le contrôle exclusif, mais une fois l'argent autorisé, «c'était aux ministres de voir à le dépenser et ils étaient responsables de l'argent», a-t-il soutenu.

Plusieurs fois l'ancien premier ministre reviendra sur le fait que les détails étaient réglés à une hiérarchie inférieure. Jean Pelletier, son chef de cabinet, était d'ailleurs le responsable des dossiers de l'unité nationale à son bureau, a affirmé l'ancien premier ministre.

Par contre, même si aucune liste d'événements n'atterrissait sur son bureau pour une approbation, puisque c'était du ressort de Jean Pelletier, M. Chrétien suivait tout de même de très près l'évolution des activités de commandites. L'ancien premier ministre a même contredit M. Pelletier, qui affirmait la veille que jamais les deux hommes n'avaient parlé des commandites entre 1996 et 2000.

«C'est sûr qu'on en parlait à mon bureau avec M. Pelletier. Il fallait voir à l'impact politique des événements», a lancé Jean Chrétien. Ce dernier s'est ensuite lancé dans une longue énumération des événements qui avaient lieu au Québec et auxquels le fédéral avait cru bon de contribuer financièrement. De Montréal à La Tuque en passant pas la Beauce et le Lac-Saint-Jean, le premier ministre savait très bien ce qui était profitable comme visibilité. Les comtés à tendance souverainiste étaient spécialement visés.

Donc, même si le premier ministre «ne se mêlait pas de la plomberie», il était manifestement bien au fait des événements, soulignant que son expérience politique et celle de son entourage était un atout. «Un fonctionnaire de la Saskatchewan ne peut pas savoir quoi commanditer au Québec», a-t-il dit. Les suggestions en haut lieu devenaient donc indispensables.

Jean Chrétien a toutefois souligné, comme son chef de cabinet la veille, que jamais il n'a entendu parler des agences de publicité retenues pour effectuer les contrats, pas plus que des commissions touchées au passage.

L'ancien premier ministre n'a pas manqué également de ramener dans sa barque ses anciens ministres, dont certains sont encore en poste dans le gouvernement Martin, qui ont cherché à se dissocier des commandites. Plusieurs d'entre eux, notamment Stéphane Dion et Lucienne Robillard, ont affirmé ne pas avoir été au courant de l'existence du programme avant un bon moment. Or, selon M. Chrétien, il était évident que les commandites étaient en cours. «J'ai été énormément surpris d'entendre M. Dion dire qu'il n'était pas au courant, puisqu'il était à la réunion du cabinet [en 1996, quand la stratégie s'est décidée, comme tous les ministres d'ailleurs]. Il n'avait qu'à sortir dehors au Québec pour le voir», a-t-il dit, faisant ainsi référence aux drapeaux du Canada et aux nombreux événements financés par le fédéral.

Contributions inexplicables

Jean Chrétien n'a pas été en mesure hier d'expliquer pourquoi un de ses amis et militant actif au sein du PLC n'a pas vu tous ses dons électoraux dévoilés à Élections Canada. Jacques Corriveau, qui a aussi touché de l'argent des commandites par l'entremise de sa firme Pluri Design, a versé 5009 $ à Jean Chrétien pour le scrutin de 2000. Or les livres d'Élections Canada n'affichent que 1500 $.

Pourquoi? a demandé le procureur. «Je ne sais pas, je n'ai jamais vu ces documents. Je me fiais à mes organisateurs», a plaidé Jean Chrétien. Ce dernier a aussi affirmé qu'il ne savait rien de la générosité de Jacques Corriveau et de son épouse, qui ont versé plus de 61 000 $ au PLC et à Jean Chrétien entre 1993 et 2003.
 
 
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  • Ivan Jobin
    Inscrit
    mercredi 9 février 2005 08h57
    L'Illusionniste de Shawiiwi
    Il sortait des balles de golf à profusion de sa boîte magique, mais cachait dans sa manche la vérité. La magie noire de son administration ne sera dévoilée que lorsque les lapins véreux cachés dans son chapeau auront soif de franchise.. L'illusionniste de Shawinigan a beau se péter les bretelles ses culottes tomberont bien un ces jours.

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