Kyoto - Dion veut dompter l'industrie automobile
Le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, a lancé hier un avertissement très clair aux constructeurs automobiles dont la production est chaque année plus énergivore: «Ajustez-vous!» — et rapidement! — si vous ne voulez pas voir le Canada adopter des stratégies californiennes, caractérisées par une réglementation pionnière.
De la Californie où il est en mission d'information sur les politiques de contrôle des émissions du plus important parc automobile d'un État de l'Amérique du Nord, le ministre précise que les constructeurs automobiles doivent se faire une tête rapidement car, dit-il, le gouvernement Martin entend dévoiler le nouveau plan national de lutte contre les changements climatiques d'ici le 16 février, date à laquelle le protocole de Kyoto entrera légalement en vigueur.
Le Canada entend obtenir des constructeurs automobiles présents sur le marché canadien qu'ils améliorent de 25 % globalement d'ici 2010 l'efficacité énergétique de l'ensemble des véhicules alors vendus au Canada. Cette amélioration de l'efficacité énergétique des nouveaux véhicules permettra d'atteindre une réduction des émissions de gaz à effet de serre de cinq mégatonnes (Mt). Présentement, le parc automobile canadien est responsable du tiers des émissions au pays. Cette réduction de 5 Mt est loin de correspondre au tiers des 240 Mt que le Canada devra retrancher du niveau d'émissions prévu si rien ne change au pays.
«L'industrie, reconnaît le ministre, n'aura pas un gros laps de temps pour s'ajuster.» Mais, note Stéphane Dion, les Européens, les Japonais et les Australiens en sont déjà là par des ententes exécutoires avec les constructeurs.
«Donc, ajustez-vous! Ça ne sert à rien de résister, ajoute Stéphane Dion. C'est mauvais sur le plan économique de toute façon. Je lisais une déclaration du stratège en chef de General Motors, qui a déclaré: eh bien, on a pris du retard dans le marché des hybrides et on a besoin de le rattraper! C'est là que je me suis dit: bon sang, les gouvernements d'Amérique du Nord auraient dû faire ce que les Européens, les Australiens et les Japonais ont fait. Notre industrie automobile, aujourd'hui, au lieu de perdre des parts de marché en Europe et de se faire gruger en Amérique du Nord, serait au contraire un leader. Donc, ce que nous devons faire pour l'industrie automobile est bon pour l'environnement mais c'est aussi bon pour l'économie.»
Le ministre Dion, qui participe à cette mission gouvernementale avec son collègue des Transports, Jean Lapierre, reconnaît que le tempo de la Californie n'est pas le même que celui du Canada. La Californie a adopté une réglementation, après entente hors cour avec les constructeurs automobiles, qui imposera une réduction de la consommation des voitures de 30 % en 2016. Le Canada, lui, doit atteindre l'objectif de Kyoto d'ici 2012 au plus tard. En réduisant de 240 Mt ses émissions, le Canada les ramènerait à 6 % sous le niveau de 1990. Il est cependant loin du compte avec un niveau actuel qui dépasse de 20 % celui de 1990.
Que fera le gouvernement fédéral si les constructeurs ne conviennent pas volontairement d'un objectif de réduction rapidement afin de permettre au Canada de divulguer ce que le ministre Dion qualifie de «plan convaincant»?
«Si l'industrie ne joue pas la carte du volontariat, eh bien, on jouera d'autres options. La preuve, c'est que je suis ici, en Californie», commente le ministre, qui a d'ailleurs rencontré hier le gouverneur, Arnold Schwarzenegger, un partisan de la ligne dure devant les constructeurs automobiles. Le gouverneur, grand amateur de Hummer, le véhicule le plus polluant construit en Amérique, s'en est fait offrir un à l'hydrogène tout récemment pour bien manifester sa volonté de transition vers des voitures plus propres.
«Oui, poursuit le ministre Dion, on sera prêts à agir promptement [en cas d'échec des pourparlers] avec d'autres options, mais on ne le souhaite pas. Moi, je suis très confiant que l'industrie automobile, qui a accepté une entente en Europe et en Australie, aura une entente avec le Canada. D'ailleurs, les constructeurs sont en avance sur leurs cibles en Europe.»
Le ministre ajoute qu'il n'entend pas fléchir sur l'objectif de réduction de 5 Mt assigné au secteur de l'automobile, ce qui devrait, dit-il, ramener à la baisse la consommation globale du parc roulant à moyen terme alors qu'elle ne cesse d'augmenter chaque année. Il entend aussi demander des efforts similaires à d'autres secteurs apparentés et dit jongler avec une politique plus globale qui pourrait favoriser tous les véhicules moins énergivores, y compris les motos et les scooters. «On pourra peut-être s'en reparler après le budget», dit-il.
Au moment où le Canada jongle encore avec des formules pour améliorer l'efficacité de son parc énergétique et flirte avec l'idée de réduire le fardeau de réduction des grands émetteurs, l'Europe mettait en vigueur au cours des derniers jours le premier marché international de droits d'émissions de gaz carbonique. Les 12 000 sources principales de ce continent se voient chacune assigner des objectifs de réduction. Celles qui dépasseront leurs objectifs pourront vendre les crédits obtenus sur un marché boursier à ceux qui n'ont pas réussi à atteindre leurs objectifs. Les retardataires auront le choix entre acheter les crédits des entreprises ayant dépassé leurs objectifs ou payer une amende annuelle de 40 euros par tonne illégale de GES jusqu'en 2008 et de 100 euros par la suite. Sur le nouveau marché boursier, les crédits s'échangeaient hier à 8,5 euros.
De leur côté, quatre groupes écologistes canadiens ont demandé hier au gouvernement Martin de mettre de côté le scénario d'une réduction du fardeau des grands émetteurs de GES, que dévoilait Le Devoir lundi et dont l'existence a été confirmée par le ministre des Ressources naturelles, John Efford. Cette «prime au lobby du pétrole et des grandes industries» équivaut à abandonner sans le dire l'atteinte des objectifs de Kyoto, estiment l'Institut Pembina, Greenpeace, la Fondation Suzuki et le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick.
De la Californie où il est en mission d'information sur les politiques de contrôle des émissions du plus important parc automobile d'un État de l'Amérique du Nord, le ministre précise que les constructeurs automobiles doivent se faire une tête rapidement car, dit-il, le gouvernement Martin entend dévoiler le nouveau plan national de lutte contre les changements climatiques d'ici le 16 février, date à laquelle le protocole de Kyoto entrera légalement en vigueur.
Le Canada entend obtenir des constructeurs automobiles présents sur le marché canadien qu'ils améliorent de 25 % globalement d'ici 2010 l'efficacité énergétique de l'ensemble des véhicules alors vendus au Canada. Cette amélioration de l'efficacité énergétique des nouveaux véhicules permettra d'atteindre une réduction des émissions de gaz à effet de serre de cinq mégatonnes (Mt). Présentement, le parc automobile canadien est responsable du tiers des émissions au pays. Cette réduction de 5 Mt est loin de correspondre au tiers des 240 Mt que le Canada devra retrancher du niveau d'émissions prévu si rien ne change au pays.
«L'industrie, reconnaît le ministre, n'aura pas un gros laps de temps pour s'ajuster.» Mais, note Stéphane Dion, les Européens, les Japonais et les Australiens en sont déjà là par des ententes exécutoires avec les constructeurs.
«Donc, ajustez-vous! Ça ne sert à rien de résister, ajoute Stéphane Dion. C'est mauvais sur le plan économique de toute façon. Je lisais une déclaration du stratège en chef de General Motors, qui a déclaré: eh bien, on a pris du retard dans le marché des hybrides et on a besoin de le rattraper! C'est là que je me suis dit: bon sang, les gouvernements d'Amérique du Nord auraient dû faire ce que les Européens, les Australiens et les Japonais ont fait. Notre industrie automobile, aujourd'hui, au lieu de perdre des parts de marché en Europe et de se faire gruger en Amérique du Nord, serait au contraire un leader. Donc, ce que nous devons faire pour l'industrie automobile est bon pour l'environnement mais c'est aussi bon pour l'économie.»
Le ministre Dion, qui participe à cette mission gouvernementale avec son collègue des Transports, Jean Lapierre, reconnaît que le tempo de la Californie n'est pas le même que celui du Canada. La Californie a adopté une réglementation, après entente hors cour avec les constructeurs automobiles, qui imposera une réduction de la consommation des voitures de 30 % en 2016. Le Canada, lui, doit atteindre l'objectif de Kyoto d'ici 2012 au plus tard. En réduisant de 240 Mt ses émissions, le Canada les ramènerait à 6 % sous le niveau de 1990. Il est cependant loin du compte avec un niveau actuel qui dépasse de 20 % celui de 1990.
Que fera le gouvernement fédéral si les constructeurs ne conviennent pas volontairement d'un objectif de réduction rapidement afin de permettre au Canada de divulguer ce que le ministre Dion qualifie de «plan convaincant»?
«Si l'industrie ne joue pas la carte du volontariat, eh bien, on jouera d'autres options. La preuve, c'est que je suis ici, en Californie», commente le ministre, qui a d'ailleurs rencontré hier le gouverneur, Arnold Schwarzenegger, un partisan de la ligne dure devant les constructeurs automobiles. Le gouverneur, grand amateur de Hummer, le véhicule le plus polluant construit en Amérique, s'en est fait offrir un à l'hydrogène tout récemment pour bien manifester sa volonté de transition vers des voitures plus propres.
«Oui, poursuit le ministre Dion, on sera prêts à agir promptement [en cas d'échec des pourparlers] avec d'autres options, mais on ne le souhaite pas. Moi, je suis très confiant que l'industrie automobile, qui a accepté une entente en Europe et en Australie, aura une entente avec le Canada. D'ailleurs, les constructeurs sont en avance sur leurs cibles en Europe.»
Le ministre ajoute qu'il n'entend pas fléchir sur l'objectif de réduction de 5 Mt assigné au secteur de l'automobile, ce qui devrait, dit-il, ramener à la baisse la consommation globale du parc roulant à moyen terme alors qu'elle ne cesse d'augmenter chaque année. Il entend aussi demander des efforts similaires à d'autres secteurs apparentés et dit jongler avec une politique plus globale qui pourrait favoriser tous les véhicules moins énergivores, y compris les motos et les scooters. «On pourra peut-être s'en reparler après le budget», dit-il.
Au moment où le Canada jongle encore avec des formules pour améliorer l'efficacité de son parc énergétique et flirte avec l'idée de réduire le fardeau de réduction des grands émetteurs, l'Europe mettait en vigueur au cours des derniers jours le premier marché international de droits d'émissions de gaz carbonique. Les 12 000 sources principales de ce continent se voient chacune assigner des objectifs de réduction. Celles qui dépasseront leurs objectifs pourront vendre les crédits obtenus sur un marché boursier à ceux qui n'ont pas réussi à atteindre leurs objectifs. Les retardataires auront le choix entre acheter les crédits des entreprises ayant dépassé leurs objectifs ou payer une amende annuelle de 40 euros par tonne illégale de GES jusqu'en 2008 et de 100 euros par la suite. Sur le nouveau marché boursier, les crédits s'échangeaient hier à 8,5 euros.
De leur côté, quatre groupes écologistes canadiens ont demandé hier au gouvernement Martin de mettre de côté le scénario d'une réduction du fardeau des grands émetteurs de GES, que dévoilait Le Devoir lundi et dont l'existence a été confirmée par le ministre des Ressources naturelles, John Efford. Cette «prime au lobby du pétrole et des grandes industries» équivaut à abandonner sans le dire l'atteinte des objectifs de Kyoto, estiment l'Institut Pembina, Greenpeace, la Fondation Suzuki et le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick.
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