Copps persiste et signe
Contre Kyoto et pour la guerre en Irak, Paul Martin est un homme «ambitieux jusqu'à en être malsain»
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Les premières fuites d'extraits du livre de l'ex-ministre Sheila Copps, à paraître mardi, ont soulevé une véritable tempête sur la colline parlementaire hier. Les révélations ont mis le bureau du premier ministre sur les dents alors que les quelques ministres présents à la Chambre des communes démentaient les divulgations contenues dans l'ouvrage.
Mais le vent n'est pas près de se calmer. Le livre de Sheila Copps, dont Le Devoir a obtenu copie, contient plusieurs autres allégations explosives sur Paul Martin et son entourage: utilisation de son ministère et de l'argent des contribuables pour ses ambitions politiques, volonté d'empêcher la ratification du protocole de Kyoto, penchant en faveur de la guerre en Irak, manoeuvres illégales lors de l'investiture de Sheila Copps dans son comté d'Hamilton-Est, etc.
Malgré la controverse, Sheila Copps, elle, ne lâche pas le morceau. Dans une grande entrevue accordée au Devoir à nos bureaux d'Ottawa, l'ex-vice-première ministre et collègue de Paul Martin au cabinet pendant dix ans maintient sa version des faits. Et pas uniquement sur les premières fuites parues dans les journaux hier, à savoir que Paul Martin aurait voulu changer en douce la loi canadienne sur la santé pour la remplacer par une législation «plus flexible». En effet, ce livre-choc va beaucoup plus loin.
«Absolument, tout est véridique, dit-elle. Je n'ai pas de raison d'inventer des histoires, et quand on lit le livre au complet, on voit que ça s'insère dans le contexte. Mais je savais que l'entourage de Paul Martin voudrait me discréditer, c'est toujours comme ça qu'il procède.»
Le bureau de Paul Martin a effectivement sorti l'artillerie lourde pour répondre à Sheila Copps. «C'est complètement faux», ont lancé en choeur Pierre Pettigrew et Anne McLellan après la période de questions à la Chambre des communes alors que, fait inhabituel et révélateur de la tension, le bureau du premier ministre ressortait de vieux documents secrets pour tenter de prouver que Mme Copps a tort.
Par contre, solide caution morale, l'ex-premier ministre Jean Chrétien a obtenu un exemplaire du livre avant sa publication et en signe même la préface. Mme Copps n'a toutefois pas pu dire s'il a lu le bouquin et approuvé toutes les révélations.
Martin utilisait son ministère à des fins politiques
Les passages qui traitent de Paul Martin et de son entourage — environ la moitié du livre — ne font pas dans la dentelle. Mme Copps dépeint un homme «ambitieux jusqu'à en être malsain» et qui n'a jamais cessé de travailler à devenir premier ministre depuis 1984.
Ainsi, tout au long de son règne comme ministre des Finances, jusqu'en 2002, Paul Martin aurait utilisé sans sourciller ses énormes pouvoirs de numéro deux du gouvernement à des fins strictement politiques. L'actuel premier ministre se serait servi de l'argent public et du ministère des Finances pour enrôler des membres du Parti libéral dans son équipe de campagne au leadership tout en faisant chanter ses collègues au cabinet.
«Même après sa défaite de 1990 [contre Jean Chrétien], Martin continua sa campagne au leadership sans même se permettre un temps de repos», écrit-elle dans son livre intitulé La Batailleuse. «Son premier objectif était de s'assurer que son éventuel couronnement ne soit pas menacé par un nouveau concurrent, quel qu'il soit. En tant que ministre des Finances, au coeur même du gouvernement, il était en position de réaliser cet objectif. Je me rappelle un de mes collègues de la côte Est me disant qu'il avait promis d'appuyer Paul Martin dans la course au leadership de 2003 en échange de la réfection d'une route dans sa circonscription. Cette entente avait été conclue en 1999.»
Elle poursuit: «Martin agitait la carotte et le bâton partout dans le pays pour s'assurer que rien n'entrave sa victoire à la prochaine course au leadership. La carotte était bien sûr les pouvoirs considérables du budget du ministère des Finances tandis que, pour tout député qui ne prêtait pas allégeance, le bâton était la menace d'être chassé de sa propre circonscription à la prochaine assemblée d'investiture.»
Sheila Copps avance également que Paul Martin utilisait habilement les médias pour discréditer ses collègues et prendre le crédit d'une bonne nouvelle. Les fuites dans les journaux, c'était sa spécialité, dit-elle.
«La stratégie était particulièrement patente durant les jours qui précédaient la retraite semi-annuelle du cabinet, peut-on lire. La veille de la réunion, il y avait toujours un ou deux journalistes importants qui bénéficiaient d'une fuite du ministère des Finances qui révélait le contenu de ce qu'il allait présenter au cabinet. Une autre fuite révélait inévitablement les comportements dépensiers ou les projets déraisonnables de certains collègues de M. Martin, ainsi que leur nom, bien sûr. La plupart des fuites étaient conçues pour donner de lui l'image d'un homme économe et d'un administrateur éclairé alors que tout concurrent potentiel apparaissait sous le jour le plus négatif possible.»
Dans son livre, elle écrit que «les premières publicités négatives préparées pour le scrutin de 2004 ont servi d'avertissement aux Canadiens: "Si Stephen Harper avait été premier ministre l'an dernier, les Forces canadiennes se battraient en Irak"; "Si Stephen Harper devient premier ministre, vous aurez le choix pour vos soins de santé entre être riche ou ne pas tomber malade". Dans les deux cas, on aurait facilement pu remplacer le nom de Stephen Harper par celui de Paul Martin».
Sheila Copps ne s'arrête pas là, accumulant les allégations dans plusieurs domaines. Ainsi, Paul Martin aurait été farouchement opposé au protocole de Kyoto et n'aurait pas souhaité diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ne serait-ce que de 1 %. Paul Martin était aussi d'accord pour aller en guerre contre l'Irak, et ce sont ses alliés au cabinet qui auraient fait tout le travail pour lui l'an dernier puisqu'il en était exclu depuis un an.
Le livre fait mention de plusieurs facettes de la carrière de Sheila Copps, des temps forts qu'elle a vécus dans les ministères qu'elle a dirigés jusqu'à la difficulté d'être une femme et d'élever une famille dans la jungle politique (elle a été la première députée à accoucher en cours de mandat).
Évincée sans ménagement de sa circonscription par un fidèle de l'actuel premier ministre, Sheila Copps a toujours dit qu'elle s'était fait voler par le clan Martin. Son livre contient-il de la rancoeur, une volonté de régler ses comptes? «Non, le but était de parler de ma carrière, mais je ne pouvais pas le faire sans révéler certaines choses», a-t-elle dit au Devoir. «Je sais que les comptes ne seront pas réglés avec ce livre, mais ce n'est pas de la rancoeur, plutôt un ressentiment que je vais probablement garder toute ma vie.»
Au bureau du premier ministre, la riposte n'a pas tardé hier. Scott Reid, directeur des communications et conseiller de Paul Martin, a affirmé au Devoir que les révélations de Sheila Copps sont «fausses et ridicules». «Les ministres à l'époque et même les gens qui ont rédigé le budget où M. Martin aurait voulu s'en prendre à la loi canadienne sur la santé affirment que ça ne tient pas debout, dit-il. C'est irresponsable et sans fondement.»
Le bureau du premier ministre a même ressorti un document préparatoire au budget de 1995. Ce document est daté de 20 jours avant le dépôt du budget à la Chambre. On y mentionne que la loi canadienne sur la santé sera renforcée avec ce budget. «C'est sûr, il n'y avait que moi, Paul Martin, Jean Chrétien et David Dodge [le sous-ministre des Finances à l'époque] qui étions au courant», plaide Sheila Copps. Il est effectivement impossible de savoir si le budget comme tel a changé dans l'intervalle.
La forte réaction du bureau du premier ministre montre l'importance du dossier de la santé alors que Paul Martin a mené toute sa dernière campagne électorale en accusant Stephen Harper de vouloir revoir cette loi.
Mais le vent n'est pas près de se calmer. Le livre de Sheila Copps, dont Le Devoir a obtenu copie, contient plusieurs autres allégations explosives sur Paul Martin et son entourage: utilisation de son ministère et de l'argent des contribuables pour ses ambitions politiques, volonté d'empêcher la ratification du protocole de Kyoto, penchant en faveur de la guerre en Irak, manoeuvres illégales lors de l'investiture de Sheila Copps dans son comté d'Hamilton-Est, etc.
Malgré la controverse, Sheila Copps, elle, ne lâche pas le morceau. Dans une grande entrevue accordée au Devoir à nos bureaux d'Ottawa, l'ex-vice-première ministre et collègue de Paul Martin au cabinet pendant dix ans maintient sa version des faits. Et pas uniquement sur les premières fuites parues dans les journaux hier, à savoir que Paul Martin aurait voulu changer en douce la loi canadienne sur la santé pour la remplacer par une législation «plus flexible». En effet, ce livre-choc va beaucoup plus loin.
«Absolument, tout est véridique, dit-elle. Je n'ai pas de raison d'inventer des histoires, et quand on lit le livre au complet, on voit que ça s'insère dans le contexte. Mais je savais que l'entourage de Paul Martin voudrait me discréditer, c'est toujours comme ça qu'il procède.»
Le bureau de Paul Martin a effectivement sorti l'artillerie lourde pour répondre à Sheila Copps. «C'est complètement faux», ont lancé en choeur Pierre Pettigrew et Anne McLellan après la période de questions à la Chambre des communes alors que, fait inhabituel et révélateur de la tension, le bureau du premier ministre ressortait de vieux documents secrets pour tenter de prouver que Mme Copps a tort.
Par contre, solide caution morale, l'ex-premier ministre Jean Chrétien a obtenu un exemplaire du livre avant sa publication et en signe même la préface. Mme Copps n'a toutefois pas pu dire s'il a lu le bouquin et approuvé toutes les révélations.
Martin utilisait son ministère à des fins politiques
Les passages qui traitent de Paul Martin et de son entourage — environ la moitié du livre — ne font pas dans la dentelle. Mme Copps dépeint un homme «ambitieux jusqu'à en être malsain» et qui n'a jamais cessé de travailler à devenir premier ministre depuis 1984.
Ainsi, tout au long de son règne comme ministre des Finances, jusqu'en 2002, Paul Martin aurait utilisé sans sourciller ses énormes pouvoirs de numéro deux du gouvernement à des fins strictement politiques. L'actuel premier ministre se serait servi de l'argent public et du ministère des Finances pour enrôler des membres du Parti libéral dans son équipe de campagne au leadership tout en faisant chanter ses collègues au cabinet.
«Même après sa défaite de 1990 [contre Jean Chrétien], Martin continua sa campagne au leadership sans même se permettre un temps de repos», écrit-elle dans son livre intitulé La Batailleuse. «Son premier objectif était de s'assurer que son éventuel couronnement ne soit pas menacé par un nouveau concurrent, quel qu'il soit. En tant que ministre des Finances, au coeur même du gouvernement, il était en position de réaliser cet objectif. Je me rappelle un de mes collègues de la côte Est me disant qu'il avait promis d'appuyer Paul Martin dans la course au leadership de 2003 en échange de la réfection d'une route dans sa circonscription. Cette entente avait été conclue en 1999.»
Elle poursuit: «Martin agitait la carotte et le bâton partout dans le pays pour s'assurer que rien n'entrave sa victoire à la prochaine course au leadership. La carotte était bien sûr les pouvoirs considérables du budget du ministère des Finances tandis que, pour tout député qui ne prêtait pas allégeance, le bâton était la menace d'être chassé de sa propre circonscription à la prochaine assemblée d'investiture.»
Sheila Copps avance également que Paul Martin utilisait habilement les médias pour discréditer ses collègues et prendre le crédit d'une bonne nouvelle. Les fuites dans les journaux, c'était sa spécialité, dit-elle.
«La stratégie était particulièrement patente durant les jours qui précédaient la retraite semi-annuelle du cabinet, peut-on lire. La veille de la réunion, il y avait toujours un ou deux journalistes importants qui bénéficiaient d'une fuite du ministère des Finances qui révélait le contenu de ce qu'il allait présenter au cabinet. Une autre fuite révélait inévitablement les comportements dépensiers ou les projets déraisonnables de certains collègues de M. Martin, ainsi que leur nom, bien sûr. La plupart des fuites étaient conçues pour donner de lui l'image d'un homme économe et d'un administrateur éclairé alors que tout concurrent potentiel apparaissait sous le jour le plus négatif possible.»
Dans son livre, elle écrit que «les premières publicités négatives préparées pour le scrutin de 2004 ont servi d'avertissement aux Canadiens: "Si Stephen Harper avait été premier ministre l'an dernier, les Forces canadiennes se battraient en Irak"; "Si Stephen Harper devient premier ministre, vous aurez le choix pour vos soins de santé entre être riche ou ne pas tomber malade". Dans les deux cas, on aurait facilement pu remplacer le nom de Stephen Harper par celui de Paul Martin».
Sheila Copps ne s'arrête pas là, accumulant les allégations dans plusieurs domaines. Ainsi, Paul Martin aurait été farouchement opposé au protocole de Kyoto et n'aurait pas souhaité diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ne serait-ce que de 1 %. Paul Martin était aussi d'accord pour aller en guerre contre l'Irak, et ce sont ses alliés au cabinet qui auraient fait tout le travail pour lui l'an dernier puisqu'il en était exclu depuis un an.
Le livre fait mention de plusieurs facettes de la carrière de Sheila Copps, des temps forts qu'elle a vécus dans les ministères qu'elle a dirigés jusqu'à la difficulté d'être une femme et d'élever une famille dans la jungle politique (elle a été la première députée à accoucher en cours de mandat).
Évincée sans ménagement de sa circonscription par un fidèle de l'actuel premier ministre, Sheila Copps a toujours dit qu'elle s'était fait voler par le clan Martin. Son livre contient-il de la rancoeur, une volonté de régler ses comptes? «Non, le but était de parler de ma carrière, mais je ne pouvais pas le faire sans révéler certaines choses», a-t-elle dit au Devoir. «Je sais que les comptes ne seront pas réglés avec ce livre, mais ce n'est pas de la rancoeur, plutôt un ressentiment que je vais probablement garder toute ma vie.»
Au bureau du premier ministre, la riposte n'a pas tardé hier. Scott Reid, directeur des communications et conseiller de Paul Martin, a affirmé au Devoir que les révélations de Sheila Copps sont «fausses et ridicules». «Les ministres à l'époque et même les gens qui ont rédigé le budget où M. Martin aurait voulu s'en prendre à la loi canadienne sur la santé affirment que ça ne tient pas debout, dit-il. C'est irresponsable et sans fondement.»
Le bureau du premier ministre a même ressorti un document préparatoire au budget de 1995. Ce document est daté de 20 jours avant le dépôt du budget à la Chambre. On y mentionne que la loi canadienne sur la santé sera renforcée avec ce budget. «C'est sûr, il n'y avait que moi, Paul Martin, Jean Chrétien et David Dodge [le sous-ministre des Finances à l'époque] qui étions au courant», plaide Sheila Copps. Il est effectivement impossible de savoir si le budget comme tel a changé dans l'intervalle.
La forte réaction du bureau du premier ministre montre l'importance du dossier de la santé alors que Paul Martin a mené toute sa dernière campagne électorale en accusant Stephen Harper de vouloir revoir cette loi.
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