L'opposition augmente la pression sur Martin
Ottawa — La position minoritaire des libéraux au Parlement pourrait leur donner du fil à retordre, et très rapidement. Les partis d'opposition leur en ont donné un avant-goût hier. Les conservateurs ont averti qu'ils traiteront le discours du Trône comme un projet comme un autre, ce qui pourrait les amener à voter contre. Le Bloc québécois a promis de forcer un vote sur le bouclier antimissile si le gouvernement n'en tient pas un. Et tous les partis d'opposition entendent forcer l'élection d'un libéral à la présidence de la Chambre, que ça plaise ou non.
Avec 135 députés, les libéraux ont 20 sièges de moins que ce qui est nécessaire pour détenir la majorité aux Communes. Ils ont besoin de l'appui d'au moins un autre parti pour faire adopter le discours du Trône, le budget et les projets de loi.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a prévenu hier, à sa sortie d'un déjeuner avec la gouverneure générale, que ses députés et lui «feront tout ce qu'[ils] croient être dans le meilleur intérêt du pays, que ce soit en appuyant ou en n'appuyant pas quelque chose». «Et cela démarre avec le discours du Trône», a-t-il ajouté, mettant du même coup ce dernier au même rang que tous les projets de loi.
Comme le vote sur le budget, le vote sur le discours du Trône est considéré comme un vote de confiance à l'égard du gouvernement. Un rejet entraînerait la défaite du gouvernement et, normalement, la dissolution du Parlement et des élections précipitées.
Les conservateurs ne peuvent défaire le gouvernement avec leurs 99 députés et, pour l'instant, aucun autre parti n'évoque, du moins publiquement, de vote contre le discours du Trône. Le caucus bloquiste doit se rencontrer aujourd'hui pour discuter de sa stratégie parlementaire, a indiqué le chef bloquiste Gilles Duceppe en conférence de presse hier. Le discours du Trône sera à l'ordre du jour, mais il a décrit celui-ci comme une longue déclaration d'intentions qu'il reste à traduire en projets de loi et chacun sera évalué selon son mérite, a-t-il dit.
Un des dossiers qu'il veut voir étudier en priorité aux Communes est celui du bouclier antimissile américain. M. Duceppe a rappelé aux libéraux que le Bloc ne laisserait pas le gouvernement décider seul d'une participation canadienne. Il réagissait ainsi au ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, qui affirmait dans plusieurs entrevues récentes que l'exécutif avait le pouvoir exclusif de conclure des traités et que le gouvernement pourrait donc se passer d'un vote au Parlement ou même faire fi du résultat s'il devait y en avoir un.
Rappelant les promesses du premier ministre Martin de combattre le déficit démocratique, Gilles Duceppe l'a invité à démontrer son sérieux en faisant participer le Parlement à cette décision. Si le gouvernement devait agir seul — parce que «les libéraux ne se rendent pas encore compte qu'ils sont minoritaires», croit-il —, «le Bloc, dès que l'occasion se présentera dans une journée de l'opposition, proposera que le Canada se retire du bouclier antimissile».
Le Bloc a l'appui des autres partis d'opposition puisqu'ils se sont entendus cet été pour exiger la ratification des traités par le Parlement. Mais contrairement à M. Harper, M. Duceppe a évité de laisser planer des menaces, refusant de dire si la motion sur le bouclier antimissile pourrait être accompagnée d'une motion de non-confiance à l'égard du gouvernement, ce qui pourrait mener à sa défaite. «On verra le moment venu. Pour l'instant, on veut un vote à la Chambre», a-t-il dit.
Le dossier du bouclier est en train de se transformer en panier de crabes pour le gouvernement Martin. L'opposition du Bloc, du NPD et de plusieurs députés libéraux était connue, mais beaucoup de gens présumaient que les conservateurs, comme les anciens alliancistes, appuyaient le projet. M. Harper a semé un sérieux doute hier en disant hésiter.
«Pour l'instant, on ne soutient ni ne rejette la participation du Canada à un système de défense antimissile parce que le gouvernement libéral n'a fourni aucune précision. On veut que le gouvernement donne au Parlement des précisions sur cet accord pour que nous puissions faire une évaluation appropriée pour en discuter et soumettre la question à un vote», a-t-il dit.
Les partis d'opposition ont développé une certaine cohésion au cours de l'été, en particulier autour de demandes de changement à la procédure parlementaire. Selon le chef conservateur, ils se sont, avec «ces relations cordiales et productives», donné un rôle et une influence plus importants au sein du Parlement. «Nous ne sommes pas le gouvernement, mais nous avons un mot important à dire», a-t-il dit.
Les partis d'opposition ont aussi adopté la même stratégie à l'égard de l'élection du président de la Chambre qui aura lieu lundi prochain, premier jour des travaux parlementaires. Tout annonce que l'heureux élu sera libéral puisque tous, et même le député indépendant, Chuck Cadman, ont décidé de se retirer de la course.
Le président de la Chambre, qui n'est plus choisi par le premier ministre, doit être élu par ses pairs. Tous les députés peuvent être candidats. Il leur suffit de laisser leur nom sur le bulletin de vote. Ceux qui ne sont pas intéressés doivent le faire savoir par écrit au greffier de la Chambre.
L'exercice est confidentiel pour l'instant et la liste finale ne sera connue qu'en fin de journée dimanche, mais les trois partis d'opposition disent qu'aucun de leurs députés n'entend rester en lice. «Il n'y aura pas de bloquistes sur le bulletin», a dit avec fermeté Gilles Duceppe. Même son de cloche du côté du Parti conservateur, du NPD et du bureau de M. Cadman.
Les 54 députés bloquistes seront, comme ceux des autres partis, libres de voter pour qui ils veulent, mais tout le monde évoquait hier les bons services du président sortant, le libéral Peter Milliken, qui veut être candidat.
Cela signifierait un vote de moins pour les libéraux mais cela sera davantage un embêtement qu'une menace puisque le président peut voter quand il y a égalité des voix. Le directeur adjoint aux communications du premier ministre Martin, Marc Roy, note que le gouvernement fédéral n'est pas dans la même situation que celui du Nouveau-Brunswick, où la majorité de Bernard Lord ne tient qu'à un vote. «Nous ne sommes pas à un vote près de la majorité. Nous sommes minoritaires par une vingtaine de voix et je ne pense pas que l'élection à la présidence d'un député libéral ou d'un autre parti ait un impact sur le résultat des votes», dit-il avec philosophie.
Avec la Presse canadienne
Avec 135 députés, les libéraux ont 20 sièges de moins que ce qui est nécessaire pour détenir la majorité aux Communes. Ils ont besoin de l'appui d'au moins un autre parti pour faire adopter le discours du Trône, le budget et les projets de loi.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a prévenu hier, à sa sortie d'un déjeuner avec la gouverneure générale, que ses députés et lui «feront tout ce qu'[ils] croient être dans le meilleur intérêt du pays, que ce soit en appuyant ou en n'appuyant pas quelque chose». «Et cela démarre avec le discours du Trône», a-t-il ajouté, mettant du même coup ce dernier au même rang que tous les projets de loi.
Comme le vote sur le budget, le vote sur le discours du Trône est considéré comme un vote de confiance à l'égard du gouvernement. Un rejet entraînerait la défaite du gouvernement et, normalement, la dissolution du Parlement et des élections précipitées.
Les conservateurs ne peuvent défaire le gouvernement avec leurs 99 députés et, pour l'instant, aucun autre parti n'évoque, du moins publiquement, de vote contre le discours du Trône. Le caucus bloquiste doit se rencontrer aujourd'hui pour discuter de sa stratégie parlementaire, a indiqué le chef bloquiste Gilles Duceppe en conférence de presse hier. Le discours du Trône sera à l'ordre du jour, mais il a décrit celui-ci comme une longue déclaration d'intentions qu'il reste à traduire en projets de loi et chacun sera évalué selon son mérite, a-t-il dit.
Un des dossiers qu'il veut voir étudier en priorité aux Communes est celui du bouclier antimissile américain. M. Duceppe a rappelé aux libéraux que le Bloc ne laisserait pas le gouvernement décider seul d'une participation canadienne. Il réagissait ainsi au ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, qui affirmait dans plusieurs entrevues récentes que l'exécutif avait le pouvoir exclusif de conclure des traités et que le gouvernement pourrait donc se passer d'un vote au Parlement ou même faire fi du résultat s'il devait y en avoir un.
Rappelant les promesses du premier ministre Martin de combattre le déficit démocratique, Gilles Duceppe l'a invité à démontrer son sérieux en faisant participer le Parlement à cette décision. Si le gouvernement devait agir seul — parce que «les libéraux ne se rendent pas encore compte qu'ils sont minoritaires», croit-il —, «le Bloc, dès que l'occasion se présentera dans une journée de l'opposition, proposera que le Canada se retire du bouclier antimissile».
Le Bloc a l'appui des autres partis d'opposition puisqu'ils se sont entendus cet été pour exiger la ratification des traités par le Parlement. Mais contrairement à M. Harper, M. Duceppe a évité de laisser planer des menaces, refusant de dire si la motion sur le bouclier antimissile pourrait être accompagnée d'une motion de non-confiance à l'égard du gouvernement, ce qui pourrait mener à sa défaite. «On verra le moment venu. Pour l'instant, on veut un vote à la Chambre», a-t-il dit.
Le dossier du bouclier est en train de se transformer en panier de crabes pour le gouvernement Martin. L'opposition du Bloc, du NPD et de plusieurs députés libéraux était connue, mais beaucoup de gens présumaient que les conservateurs, comme les anciens alliancistes, appuyaient le projet. M. Harper a semé un sérieux doute hier en disant hésiter.
«Pour l'instant, on ne soutient ni ne rejette la participation du Canada à un système de défense antimissile parce que le gouvernement libéral n'a fourni aucune précision. On veut que le gouvernement donne au Parlement des précisions sur cet accord pour que nous puissions faire une évaluation appropriée pour en discuter et soumettre la question à un vote», a-t-il dit.
Les partis d'opposition ont développé une certaine cohésion au cours de l'été, en particulier autour de demandes de changement à la procédure parlementaire. Selon le chef conservateur, ils se sont, avec «ces relations cordiales et productives», donné un rôle et une influence plus importants au sein du Parlement. «Nous ne sommes pas le gouvernement, mais nous avons un mot important à dire», a-t-il dit.
Les partis d'opposition ont aussi adopté la même stratégie à l'égard de l'élection du président de la Chambre qui aura lieu lundi prochain, premier jour des travaux parlementaires. Tout annonce que l'heureux élu sera libéral puisque tous, et même le député indépendant, Chuck Cadman, ont décidé de se retirer de la course.
Le président de la Chambre, qui n'est plus choisi par le premier ministre, doit être élu par ses pairs. Tous les députés peuvent être candidats. Il leur suffit de laisser leur nom sur le bulletin de vote. Ceux qui ne sont pas intéressés doivent le faire savoir par écrit au greffier de la Chambre.
L'exercice est confidentiel pour l'instant et la liste finale ne sera connue qu'en fin de journée dimanche, mais les trois partis d'opposition disent qu'aucun de leurs députés n'entend rester en lice. «Il n'y aura pas de bloquistes sur le bulletin», a dit avec fermeté Gilles Duceppe. Même son de cloche du côté du Parti conservateur, du NPD et du bureau de M. Cadman.
Les 54 députés bloquistes seront, comme ceux des autres partis, libres de voter pour qui ils veulent, mais tout le monde évoquait hier les bons services du président sortant, le libéral Peter Milliken, qui veut être candidat.
Cela signifierait un vote de moins pour les libéraux mais cela sera davantage un embêtement qu'une menace puisque le président peut voter quand il y a égalité des voix. Le directeur adjoint aux communications du premier ministre Martin, Marc Roy, note que le gouvernement fédéral n'est pas dans la même situation que celui du Nouveau-Brunswick, où la majorité de Bernard Lord ne tient qu'à un vote. «Nous ne sommes pas à un vote près de la majorité. Nous sommes minoritaires par une vingtaine de voix et je ne pense pas que l'élection à la présidence d'un député libéral ou d'un autre parti ait un impact sur le résultat des votes», dit-il avec philosophie.
Avec la Presse canadienne
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