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L'opposition se coalise contre Martin

Le Bloc, le NPD et le PC s'entendent sur un plan d'attaque dans les dossiers du déséquilibre fiscal, de l'assurance-emploi, des commandites et du bouclier antimissile

Alec Castonguay   27 août 2004  Canada
Les partis d'opposition à la Chambre des communes se sont concertés afin de forcer le gouvernement minoritaire de Paul Martin à prendre position sur certains sujets controversés, promettant du même coup une rude rentrée parlementaire aux libéraux. Le Devoir a appris que le gouvernement devra se prononcer clairement sur le déséquilibre fiscal, le bouclier antimissile et la caisse de l'assurance-emploi, en plus d'être placé dans embarras avec la remise sur pied du comité des Comptes publics sur le scandale des commandites.

Majoritaires au sein du nouveau Parlement avec un total de 172 députés sur 308, le Parti conservateur, le Bloc québécois et le NPD ont décidé de travailler en étroite collaboration afin de faire avancer certains dossiers et de pousser le gouvernement libéral à tenir compte des partis d'opposition. Il y a environ dix jours, une rencontre privée entre les trois chefs a eu lieu à Montréal pour mettre la table pour les différents fronts communs envisageables.

L'annonce officielle de ces ententes doit être faite au cours des prochains jours ou au plus tard dans quelques semaines. Gilles Duceppe, visiblement heureux de ces nouvelles alliances circonstancielles, n'a pas voulu s'avancer lors de la réunion de son caucus, dans la région de Québec. «On a décidé avec les autres chefs de maintenir des liens de communication, a-t-il dit. On vous reviendra avec les propositions que nous ferons en tant que partis majoritaires à la Chambre. Des accords ont été pris entre M. Harper, M. Layton et moi. On va revoir les textes sur ces accords et, quand tout sera prêt, on vous l'annoncera. Mais je peux vous dire que les choses vont changer radicalement.»

Selon les informations obtenues par Le Devoir auprès des divers partis, plusieurs thèmes sont déjà arrêtés alors qu'il ne manquerait que le choix des méthodes à utiliser pour forcer le gouvernement à prendre position. On étudie ainsi l'hypothèse d'exiger un vote grâce à une motion unanime de l'opposition, tout comme on examine l'idée d'une concertation sur les amendements au discours du Trône. Ainsi, le PC, le Bloc et le NPD vont s'entendre au préalable sur leurs amendements respectifs, question de s'assurer qu'ils passent lors du vote final. «Il faut quand même faire attention à ce qui sera exigé pour ne pas que les libéraux votent contre leur propre discours du Trône», a soutenu une source bloquiste.

Même s'il reste certaines choses à régler, les partis d'opposition ont déjà une bonne idée de la direction qu'ils veulent imprimer à la session qui commencera le 4 octobre. Tout d'abord, le déséquilibre fiscal sera ramené sur le tapis. «M. Harper a clairement pris position sur ce sujet durant la dernière campagne électorale et, avec l'accord des autres partis, c'est sûr qu'il va forcer le gouvernement à se prononcer là-dessus», a déclaré au Devoir l'un des proches conseillers du chef conservateur. Le NPD, plus centralisateur, aurait accepté «du bout des lèvres» une telle proposition.

On demandera aussi que les libéraux agissent dans le dossier de la caisse de l'assurance-emploi. Cheval de bataille du NPD et du Bloc depuis plusieurs années, le gouvernement devra finalement bouger. «La caisse d'assurance-emploi sera à l'ordre du jour, tous les partis sont d'accord», a expliqué une personne au fait des négociations au Bloc. «Mais les raisons sont différentes. Le NPD et le Bloc veulent y voir pour les travailleurs alors que le PC veut donner moins de pouvoir au gouvernement dans ce domaine.»

Bouclier antimissile

Le bouclier antimissile ferait toujours l'objet de négociations entre les partis d'opposition, même si une entente serait imminente. Alors que tous s'entendent pour demander un vote du Parlement sur tous les traités internationaux, les opinions restent très divisées sur le projet de défense américain. Normalement, la décision de suivre le gouvernement des États-Unis relève uniquement du premier ministre et non de la Chambre des communes.

«Ça reste à voir, mais c'est plutôt positif», a expliqué une autre source au Devoir, toujours sous le sceau de l'anonymat afin de ne pas faire dérailler les négociations de dernière minute. «Le Parti conservateur veut que le Canada participe au bouclier mais pourrait vouloir un vote pour forcer les libéraux récalcitrants à s'afficher et le gouvernement à prendre position publiquement.» De leur côté, le Bloc et le NPD sont clairement opposés au bouclier et reprochent depuis des mois au gouvernement de tergiverser dans ce dossier.

Le NPD n'a toutefois pas réussi à faire avancer son idée de représentation proportionnelle. Les trois partis ne sont pas aussi attachés à ce thème que le parti de Jack Layton, ce qui a empêché le NPD de faire figurer ce sujet au sommet de la liste des priorités de l'opposition.

Une source a expliqué qu'aucun parti ne se travestira dans le seul but d'embêter le gouvernement. «Chacun va suivre son programme et faire les compromis qui s'imposent, mais tout le monde va rester dans ses créneaux principaux. Pas question de déroger dans les grandes lignes», a dit cette source.

«Il y a encore du travail à faire [entre les partis d'opposition] et il faut prendre le temps de bien le faire, a dit Gilles Duceppe hier. On a une certaine expérience des fronts communs ponctuels dans le passé sur des enjeux particuliers.» Et le parti compte bien mettre cette expérience à profit.

Malgré les tractations de coulisses et la dure session parlementaire que le Bloc, le NPD et le PC promettent aux libéraux, Gilles Duceppe a tenu à préciser que son parti et les autres formations politiques manoeuvreront «de façon responsable et respectueuse» envers la population, bien conscient que les Canadiens ne veulent pas retourner aux urnes trop rapidement.

Retour du scandale des commandites

En plus de l'enquête publique sur le scandale des commandites menée par le juge Gomery, Paul Martin et ses troupes devront essuyer les critiques sur un autre front dès octobre. Le comité des Comptes publics, chargé au printemps dernier de faire la lumière sur le scandale et dissous au déclenchement des élections, sera ainsi remis sur pied.

Cette fois-ci, les libéraux seront minoritaires au comité. «Ça va prendre une nouvelle importance avec les libéraux minoritaires», a expliqué au Devoir Benoît Sauvageau, qui siégera au comité pour le compte du Bloc. «Il va y avoir moins d'obstruction de leur part, les questions seront plus tranchantes et le rapport sera plus étoffé. Il y aura une meilleure concertation des trois partis pour faire connaître la vérité. Ce sera mieux qu'au printemps dernier, plus efficace.»

Benoît Sauvageau entend faire en sorte que le comité travaille en harmonie avec l'enquête publique du juge Gomery, qui aura lieu au même moment. «Nous serons l'appoint, a-t-il dit. Parfois, nous pourrons amener de l'eau au moulin de l'enquête; parfois, ce sera le contraire. Je pense qu'on peut se pencher sur certaines choses sans recouper l'enquête, notamment en s'attardant au rôle des sociétés d'État dans le scandale.»

Le député du Bloc, bien conscient que la partisanerie politique a pesé dans la balance au printemps dernier, croit que les députés feront mieux cette fois-ci. «Oui, il y avait des aspects partisans, a reconnu Benoît Sauvageau. Les libéraux tiraient de leur côté et nous aussi. Mais en général, les gens ont beaucoup appris avec les travaux du comité. Là, on va aller en chercher encore plus. Il faut savoir tout ce qui s'est passé.»
 
 
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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 27 août 2004 18h20
    Bouclier et scrutin proportionnel
    Bouclier antimissile
    Il serait bon que l'opposition concentre ses efforts pour que le Canada ne participe pas au bouclier antimissile américain. Les Conservateurs ne son guère de cet avis, eux qui voulaient participer à la guerre en Irak aux côtés des États-Unis. Ils ont tort. Quel intérêt le Canada a-t-il à participer à un projet illusoire? Du temps de l'Union soviétique et de la Guerre froide, il aurait été possible que s'abatte une pluie de missiles intercontinentaux qui, destinés aux États-Unis, auraient pu retomber sur le Canada. La menace soviétique a disparu avec la fin de l'URSS, comme le reconnaissent les États-Unis. Les commissions américaines chargées d'évaluer la menace de missiles transcontinentaux ont conclu (sauf, comme par hasard, la commission Rumsfeld) a l'inexistence d'une telle menace pendant de nombreuses années. Les essais (truqués) de destruction de missiles par des missiles tueurs ont coûté de 70 à 100 milliards de dollars, sans résultats concrets. Et comme l'a montré l'attaque du 11 septembre, la véritable menace n'est pas celle de missiles, mais d'attaques terroristes. Comme le faisait remarquer le général américain Gene Habiger, spécialiste de la défense antimissile, une bombe atomique, cachée dans un des milliers de conteneurs débarqués dans des ports et commandée à distance, est une menace beaucoup plus dangereuse que des missiles.
    En fait, le bouclier antimissile relève de la politique, comme l'a fait remarquer R. Gates, ancien directeur de la CIA. Ce qui a fait dire à un sénateur américain que la défense antimissile est devenue une théologie, pas une technologie. Ce n'est donc pas une question scientifique, mais une question de croyance!
    Que va donc faire le Canada dans cette galère, pour traiter d'une menace qualifiée de peu plausible, par le général de l'armée de l'air Habiger?
    Scrutin proportionnel
    Il serait bon que le Bloc québécois et le Parti conservateur lisent le rapport de la Commission du droit du Canada, intitulé «Un vote qui compte : la réforme électorale au Canada». Le document fait voir que le système de scrutin actuel uninominal majoritaire à un tour affecte sérieusement la participation des électeurs et la démocratie canadienne. Après une étude poussée, la Commission recommande d'adopter un système électoral de représentation proportionnelle mixte. C'est un système à deux votes: un vote pour le représentant de la circonscription et un vote de parti. D'après la Commission, «la réforme du système électoral devrait constituer une priorité sur la scène politique». Sans remédier à tous les maux politiques du pays c'est «une étape nécessaire et essentielle à l'amélioration de la démocratie au Canada. Sans elle, nous sommes confrontés au problème de faire fonctionner une institution du XIXe siècle dans une société du XXIe siècle.» Ce n'est plus acceptable.

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