La destinée de Gilles Duceppe
5 juillet 2004
Canada
Gilles Duceppe est sorti vainqueur au Québec le 28 juin. Il n'aura pas pour autant la partie facile, piégé entre son rôle de chef de file souverainiste nouvellement adulé et celui de chef d'un parti voué à la défense des intérêts du Québec au Parlement fédéral.
Pour les partisans de la souveraineté, la prochaine étape cruciale est celle des élections provinciales, probablement en 2007. Mais en tant que chef d'un parti fédéral, Duceppe doit garder l'oeil sur le prochain scrutin canadien, qui devrait avoir lieu auparavant, au plus tard en 2006, les gouvernements minoritaires étant généralement peu enclins à prolonger l'inconfort.
Au cours des deux prochaines années, le Bloc est condamné à être un allié objectif de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec à Ottawa. Or, Jean Charest sera l'homme à vaincre pour les souverainistes lors des prochaines élections provinciales.
Chaque fois que le Québec fera un gain, en matière de financement de la santé ou dans quelque autre domaine, Gilles Duceppe devra applaudir et laisser son adversaire fédéraliste cueillir les dividendes politiques.
***
Il est virtuellement impossible pour Gilles Duceppe de faire mieux au prochain scrutin fédéral. Avec 54 députés et 49 % des suffrages, il vient de rééditer l'exploit de 1993. Il a récolté le 28 juin près de 300 000 votes de plus qu'en 2000. Dans 18 mois, lorsque Paul Martin voudra transformer son gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire, Gilles Duceppe ne pourra qu'enregistrer un recul.
Les libéraux ont perdu 370 000 votes au Québec en 2004 par rapport aux élections fédérales antérieures. L'analyse publiée samedi dans cette page par le professeur Louis Massicotte indique qu'une part importante de ces électeurs n'ont pas reporté leur vote sur le Bloc. Ils se sont abstenus d'aller voter. Soit pour punir le PLC à cause des divers scandales, soit pour punir Paul Martin d'avoir malmené les amis de Jean Chrétien.
La prochaine fois, Paul Martin aura mis le scandale des commandites derrière lui, il aura réconcilié les factions au sein du PLC et il aura rendu quelques décisions favorables au Québec. Il devrait donc rétablir l'appui à son parti dans cette province.
Le nouveau Parti conservateur n'a pas fait mieux cette fois-ci qu'avaient fait en 2000, ensemble, l'Alliance canadienne et l'ancien Parti progressiste-conservateur de Joe Clark. Dans l'ensemble du Canada, il a fait pire. Stephen Harper a perdu les Red Tories. Il ne les rattrapera pas de sitôt.
Par contre, et en dépit de la colère des électeurs contre les libéraux, le Bloc n'est pas parvenu à incarner, aux yeux des Québécois, la seule solution de rechange. Avec 159 000 votes au Québec, le NPD y a recruté 95 000 électeurs de plus qu'en 2000. Le Parti vert, pourtant peu connu, a reçu l'appui de près de 109 000 citoyens, 80 000 de plus qu'aux dernières élections.
Lors du prochain rendez-vous électoral fédéral, Gilles Duceppe ne peut qu'enregistrer un recul. Pourquoi devrait-il en porter l'odieux?
***
Le vote du 28 juin indique par ailleurs que la base électorale souverainiste est encore solide. La répartition du vote montre que l'appui au Bloc provient très majoritairement de la mouvance indépendantiste. Duceppe ne doit pas grand-chose aux fédéralistes sinon d'être fidèle à son engagement de défendre les intérêts du Québec.
Il est clair que Duceppe fut élu en tant que chef souverainiste. Au sein des appareils partisans, les militants savent que, grâce à cette victoire du Bloc, ils peuvent tourner la page sur la défaite péquiste d'avril 2003.
Duceppe est en grande partie responsable du maintien de l'appui à la souveraineté au niveau que l'on connaît aujourd'hui (autour de 45 %). Il parle de souveraineté avec constance et sérénité, comme disait Jacques Parizeau. Il a su jouer habilement dans cette dernière campagne la carte de la différence québécoise. Il n'a jamais exercé le pouvoir et n'a jamais participé à des décisions impopulaires de gouvernements antérieurs. Il a su garder des liens avec la gauche social-démocrate québécoise et canadienne, avec les mouvements pacifistes, écologistes et altermondialistes, et ouvrir des canaux de communication avec les populations issues de l'immigration.
Le poste de chef du Parti québécois n'est pas libre. Et la décision de le libérer appartient à Bernard Landry. Jusqu'à présent, ce dernier jouissait de l'appui de péquistes qui ne voyaient pas en quoi Pauline Marois ou François Legault feraient mieux que lui aux prochaines élections. Ces gens-là se sont peut-être trouvé un candidat. Il faudrait bien sûr que celui-ci soit intéressé par le poste.
Mais Gilles Duceppe est à Ottawa depuis 14 ans. Il est placé devant la perspective de jouer en vedette américaine de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec. Il est confronté à un inévitable recul au prochain scrutin fédéral. En contre-partie, la possibilité pourrait lui être offerte, si Bernard Landry lui laisse le chemin libre, de prendre la relève des Lévesque, Johnson, Bouchard, Parizeau et Landry à la tête d'un mouvement qui a encore une fois démontré sa puissance.
Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel.
michel.venne@inm.qc.ca
Pour les partisans de la souveraineté, la prochaine étape cruciale est celle des élections provinciales, probablement en 2007. Mais en tant que chef d'un parti fédéral, Duceppe doit garder l'oeil sur le prochain scrutin canadien, qui devrait avoir lieu auparavant, au plus tard en 2006, les gouvernements minoritaires étant généralement peu enclins à prolonger l'inconfort.
Au cours des deux prochaines années, le Bloc est condamné à être un allié objectif de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec à Ottawa. Or, Jean Charest sera l'homme à vaincre pour les souverainistes lors des prochaines élections provinciales.
Chaque fois que le Québec fera un gain, en matière de financement de la santé ou dans quelque autre domaine, Gilles Duceppe devra applaudir et laisser son adversaire fédéraliste cueillir les dividendes politiques.
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Il est virtuellement impossible pour Gilles Duceppe de faire mieux au prochain scrutin fédéral. Avec 54 députés et 49 % des suffrages, il vient de rééditer l'exploit de 1993. Il a récolté le 28 juin près de 300 000 votes de plus qu'en 2000. Dans 18 mois, lorsque Paul Martin voudra transformer son gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire, Gilles Duceppe ne pourra qu'enregistrer un recul.
Les libéraux ont perdu 370 000 votes au Québec en 2004 par rapport aux élections fédérales antérieures. L'analyse publiée samedi dans cette page par le professeur Louis Massicotte indique qu'une part importante de ces électeurs n'ont pas reporté leur vote sur le Bloc. Ils se sont abstenus d'aller voter. Soit pour punir le PLC à cause des divers scandales, soit pour punir Paul Martin d'avoir malmené les amis de Jean Chrétien.
La prochaine fois, Paul Martin aura mis le scandale des commandites derrière lui, il aura réconcilié les factions au sein du PLC et il aura rendu quelques décisions favorables au Québec. Il devrait donc rétablir l'appui à son parti dans cette province.
Le nouveau Parti conservateur n'a pas fait mieux cette fois-ci qu'avaient fait en 2000, ensemble, l'Alliance canadienne et l'ancien Parti progressiste-conservateur de Joe Clark. Dans l'ensemble du Canada, il a fait pire. Stephen Harper a perdu les Red Tories. Il ne les rattrapera pas de sitôt.
Par contre, et en dépit de la colère des électeurs contre les libéraux, le Bloc n'est pas parvenu à incarner, aux yeux des Québécois, la seule solution de rechange. Avec 159 000 votes au Québec, le NPD y a recruté 95 000 électeurs de plus qu'en 2000. Le Parti vert, pourtant peu connu, a reçu l'appui de près de 109 000 citoyens, 80 000 de plus qu'aux dernières élections.
Lors du prochain rendez-vous électoral fédéral, Gilles Duceppe ne peut qu'enregistrer un recul. Pourquoi devrait-il en porter l'odieux?
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Le vote du 28 juin indique par ailleurs que la base électorale souverainiste est encore solide. La répartition du vote montre que l'appui au Bloc provient très majoritairement de la mouvance indépendantiste. Duceppe ne doit pas grand-chose aux fédéralistes sinon d'être fidèle à son engagement de défendre les intérêts du Québec.
Il est clair que Duceppe fut élu en tant que chef souverainiste. Au sein des appareils partisans, les militants savent que, grâce à cette victoire du Bloc, ils peuvent tourner la page sur la défaite péquiste d'avril 2003.
Duceppe est en grande partie responsable du maintien de l'appui à la souveraineté au niveau que l'on connaît aujourd'hui (autour de 45 %). Il parle de souveraineté avec constance et sérénité, comme disait Jacques Parizeau. Il a su jouer habilement dans cette dernière campagne la carte de la différence québécoise. Il n'a jamais exercé le pouvoir et n'a jamais participé à des décisions impopulaires de gouvernements antérieurs. Il a su garder des liens avec la gauche social-démocrate québécoise et canadienne, avec les mouvements pacifistes, écologistes et altermondialistes, et ouvrir des canaux de communication avec les populations issues de l'immigration.
Le poste de chef du Parti québécois n'est pas libre. Et la décision de le libérer appartient à Bernard Landry. Jusqu'à présent, ce dernier jouissait de l'appui de péquistes qui ne voyaient pas en quoi Pauline Marois ou François Legault feraient mieux que lui aux prochaines élections. Ces gens-là se sont peut-être trouvé un candidat. Il faudrait bien sûr que celui-ci soit intéressé par le poste.
Mais Gilles Duceppe est à Ottawa depuis 14 ans. Il est placé devant la perspective de jouer en vedette américaine de Jean Charest dans la défense des intérêts du Québec. Il est confronté à un inévitable recul au prochain scrutin fédéral. En contre-partie, la possibilité pourrait lui être offerte, si Bernard Landry lui laisse le chemin libre, de prendre la relève des Lévesque, Johnson, Bouchard, Parizeau et Landry à la tête d'un mouvement qui a encore une fois démontré sa puissance.
Michel Venne est directeur général de l'Institut du Nouveau Monde. Il s'exprime ici à titre personnel.
michel.venne@inm.qc.ca
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