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Des libéraux auront Paul Martin à l'oeil

2 juillet 2004  Canada
Ottawa — Les récriminations contre Paul Martin ont été étouffées par les résultats des élections de lundi mais certains libéraux mettent le premier ministre en garde contre la fronde à laquelle il pourrait devoir faire face s'il ne prend pas immédiatement les mesures qui s'imposent pour réunifier ses troupes.

Ces libéraux soutiennent que M. Martin devrait réintégrer au cabinet des fidèles de l'ex-premier ministre Jean Chrétien et démettre certains de ses propres conseillers, accusés d'avoir prolongé la guerre de tranchées entre les deux camps, ce qui a fait perdre au parti son avance de 30 points dans les sondages.

«Les gens ne voient plus Paul Martin du même oeil, a dit la députée d'Oakville, Bonnie Brown. Il a hérité d'un gouvernement qui disposait de 50 % d'appuis [...] et nous a menés au bord de la défaite.»

La députée estime que le premier ministre doit se débarrasser «d'au moins la moitié» de ses proches conseillers afin de les remplacer par des personnes «qui travaillent dans un esprit de consensus».

M. Martin a indiqué qu'il a l'intention de ne laisser tomber aucun de ses conseillers.

Avec les sondages de mi-campagne qui laissaient croire que les conservateurs avaient le vent dans les voiles et s'apprêtaient à battre les libéraux, plusieurs membres influents du parti ont affirmé en privé qu'il étaient prêts à réclamer, le soir des élections, la démission de M. Martin pour ensuite annoncer la formation d'un comité chargé de revoir la direction de la formation politique.

Une fois connus les résultats du scrutin qui ont permis à M. Martin d'obtenir un gouvernement minoritaire, les contestataires se sont tus... du moins pour le moment.

Comme l'un d'eux l'a cependant affirmé, le chef libéral demeure «en sursis».

D'éventuels candidats à sa succession, comme les anciens ministres Martin Cauchon et John Manley, du cabinet de Jean Chrétien, ont décliné les offres reçues pour se lancer dans une course à la direction.

Jusqu'en décembre

Selon la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette, Paul Martin «a jusqu'en décembre» pour faire la preuve qu'il a sérieusement l'intention de panser les plaies du parti. «Si, à Noël, tout le monde constate qu'on s'en va nulle part, il va avoir des problèmes», a-t-elle dit.

M. Martin sera soumis à un vote de confiance à l'occasion du prochain congrès libéral, qui devrait se tenir à l'automne 2005. Étant donné l'équilibre fragile de son gouvernement minoritaire, qui pourrait tomber dans moins de deux ans, le chef libéral pourrait tenter de reporter ce vote.

Cependant, comme l'ont eux-mêmes démontré les partisans de M. Martin en luttant contre Jean Chrétien, des libéraux rebelles peuvent manoeuvrer autrement pour déstabiliser leur chef.

Mais plusieurs candidats potentiels ont indiqué qu'il n'était pas question de course à la direction. «Je ne crois pas qu'il y ait un grand appétit pour déstabiliser le gouvernement en ce moment», a dit Sheila Copps.

Parmi les fidèles de Jean Chrétien que plusieurs libéraux souhaiteraient voir réintégrer le cabinet figurent Stéphane Dion, Maurizio Bevilacqua et Don Boudria. La réintégration de M. Dion, un tenant de la ligne dure envers le Québec, apparaîtrait comme un puissant symbole à la suite de l'échec de la stratégie de Paul Martin au Québec.






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