Le rêve de Parizeau
Jacques Parizeau — qui d'autre? — avait été on ne peut plus explicite sur l'avantage que les souverainistes québécois pourraient tirer de ce qu'il appelait un « Parlement à l'italienne ».
«Les souverainistes n'ont pas intérêt à ce qu'un grand nombre de personnes regardent encore Ottawa comme un gouvernement stable, sérieux. Il faut que l'image projetée soit celle d'un gouvernement faible, désorienté et qui va l'être plus encore à l'avenir. Ça, c'est parfait», expliquait l'ancien premier ministre avec sa franchise habituelle.
C'était en janvier 1991. Attablé dans un restaurant de Québec, M. Parizeau envisageait l'avenir avec optimisme. La naissance récente du Bloc québécois, qui pouvait raisonnablement aspirer à la balance du pouvoir, le faisait rêver à l'élection d'un «Parlement à l'italienne» qui achèverait de déconsidérer le Canada aux yeux des Québécois. Dans son esprit, on ne pouvait espérer meilleure «condition gagnante».
Furieux, Lucien Bouchard s'était vivement défendu de souhaiter un «Parlement bordelisé». Gilles Duceppe, qui ne tient pas davantage à être perçu comme un saboteur, doit se féliciter d'avoir réussi à convaincre M. Parizeau de se contenter d'un rôle de spectateur durant la dernière campagne.
Le destin des hommes est imprévisible. À l'époque, le chef du PQ était convaincu que l'élection de Jean Chrétien à la direction du Parti libéral du Canada, au lieu de l'aimable Paul Martin, était un cadeau du ciel. M. Chrétien serait parfait dans le rôle du «vilain» qui allait pousser les Québécois dans les bras du Bloc. Qui aurait cru que M. Martin serait encore plus efficace que lui ?
***
À première vue, un gouvernement libéral minoritaire n'était pas le scénario idéal pour les souverainistes. Un gouvernement conservateur, sans le moindre élu au Québec, aurait constitué une forme de séparation de facto. Il aurait cependant été illusoire de penser que cette situation puisse durer jusqu'à la «deuxième période», c'est-à-dire jusqu'à l'élection d'un gouvernement péquiste, à plus forte raison jusqu'à la tenue d'un autre référendum.
Le nouveau gouvernement Martin ne survivra peut-être pas beaucoup plus longtemps, mais l'élection d'un cinquième gouvernement libéral de suite devient toute une gageure. Depuis plusieurs semaines, on entend les couteaux s'affûter dans le camp des innombrables ennemis que M. Martin s'est faits au cours des derniers mois. Même s'il a réussi à sauver les meubles, on attendait infiniment mieux de lui.
Si le Bloc réussit à maintenir son emprise sur le Québec, il est encore permis d'espérer que les conservateurs prendront le pouvoir avant la tenue d'un éventuel référendum. Encore faudrait-il que Stephen Harper réussisse à apprivoiser les Canadiens.
M. Duceppe devrait rapidement faire son deuil d'une balance du pouvoir dont les inconvénients auraient sans doute fini par l'emporter sur les avantages. Le chef du Bloc avait beau répéter qu'il ne ferait aucun compromis, il était illusoire de penser qu'il aurait pu imposer ses vues. Jouer les saboteurs dans un «Parlement à l'italienne» n'aurait fait que le desservir.
Son champ d'action pour les prochains mois est tout trouvé. Dans la dynamique fédérale-provinciale, une alliance entre libéraux et néo-démocrates ne peut que renforcer la tendance à la centralisation. Il ne faudrait pas trop compter sur Jack Layton pour s'insurger des empiètements d'Ottawa. Pour le gouvernement Charest, les résultats d'hier n'augurent rien de bon.
mdavid@ledevoir.com
«Les souverainistes n'ont pas intérêt à ce qu'un grand nombre de personnes regardent encore Ottawa comme un gouvernement stable, sérieux. Il faut que l'image projetée soit celle d'un gouvernement faible, désorienté et qui va l'être plus encore à l'avenir. Ça, c'est parfait», expliquait l'ancien premier ministre avec sa franchise habituelle.
C'était en janvier 1991. Attablé dans un restaurant de Québec, M. Parizeau envisageait l'avenir avec optimisme. La naissance récente du Bloc québécois, qui pouvait raisonnablement aspirer à la balance du pouvoir, le faisait rêver à l'élection d'un «Parlement à l'italienne» qui achèverait de déconsidérer le Canada aux yeux des Québécois. Dans son esprit, on ne pouvait espérer meilleure «condition gagnante».
Furieux, Lucien Bouchard s'était vivement défendu de souhaiter un «Parlement bordelisé». Gilles Duceppe, qui ne tient pas davantage à être perçu comme un saboteur, doit se féliciter d'avoir réussi à convaincre M. Parizeau de se contenter d'un rôle de spectateur durant la dernière campagne.
Le destin des hommes est imprévisible. À l'époque, le chef du PQ était convaincu que l'élection de Jean Chrétien à la direction du Parti libéral du Canada, au lieu de l'aimable Paul Martin, était un cadeau du ciel. M. Chrétien serait parfait dans le rôle du «vilain» qui allait pousser les Québécois dans les bras du Bloc. Qui aurait cru que M. Martin serait encore plus efficace que lui ?
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À première vue, un gouvernement libéral minoritaire n'était pas le scénario idéal pour les souverainistes. Un gouvernement conservateur, sans le moindre élu au Québec, aurait constitué une forme de séparation de facto. Il aurait cependant été illusoire de penser que cette situation puisse durer jusqu'à la «deuxième période», c'est-à-dire jusqu'à l'élection d'un gouvernement péquiste, à plus forte raison jusqu'à la tenue d'un autre référendum.
Le nouveau gouvernement Martin ne survivra peut-être pas beaucoup plus longtemps, mais l'élection d'un cinquième gouvernement libéral de suite devient toute une gageure. Depuis plusieurs semaines, on entend les couteaux s'affûter dans le camp des innombrables ennemis que M. Martin s'est faits au cours des derniers mois. Même s'il a réussi à sauver les meubles, on attendait infiniment mieux de lui.
Si le Bloc réussit à maintenir son emprise sur le Québec, il est encore permis d'espérer que les conservateurs prendront le pouvoir avant la tenue d'un éventuel référendum. Encore faudrait-il que Stephen Harper réussisse à apprivoiser les Canadiens.
M. Duceppe devrait rapidement faire son deuil d'une balance du pouvoir dont les inconvénients auraient sans doute fini par l'emporter sur les avantages. Le chef du Bloc avait beau répéter qu'il ne ferait aucun compromis, il était illusoire de penser qu'il aurait pu imposer ses vues. Jouer les saboteurs dans un «Parlement à l'italienne» n'aurait fait que le desservir.
Son champ d'action pour les prochains mois est tout trouvé. Dans la dynamique fédérale-provinciale, une alliance entre libéraux et néo-démocrates ne peut que renforcer la tendance à la centralisation. Il ne faudrait pas trop compter sur Jack Layton pour s'insurger des empiètements d'Ottawa. Pour le gouvernement Charest, les résultats d'hier n'augurent rien de bon.
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