Lieutenant de Jack Layton au Québec - Pierre Ducasse a relevé tout un défi
Dans l'immense circonscription nord-côtière de Manicouagan, qui équivaut à 55 fois la superficie de l'Île-du-Prince-Édouard, près de trois électeurs sur quatre se sont prononcés en faveur de la souveraineté en 1995. C'est le cas du candidat local du NPD et lieutenant de Jack Layton au Québec, Pierre Ducasse, qui a aussi voté pour le Parti québécois l'an dernier.
Après le dernier référendum, le jeune homme, qui milite au NPD depuis l'âge de 17 ans, a pris un temps de réflexion pour choisir sa bataille: la souveraineté ou la social-démocratie? «Le fait que je sois encore au NPD montre bien ma réponse», affirme le candidat, qui s'était brillamment illustré lors de la course au leadership de son parti l'an dernier.
«Tant que les Québécois n'auront pas pris une autre décision, je veux travailler à bâtir un Canada social-démocrate. Je ne veux pas que le Québec se réfugie dans un rôle de défense quand on a tellement à contribuer», fait valoir le jeune politicien de 31 ans natif de Sept-Îles.
Le modèle québécois
Lors de la course à la direction, il a d'ailleurs été étonné par la rareté des questions sur le nationalisme québécois alors que tous l'interrogeaient sur les particularités du modèle québécois, que ce soit les garderies, l'assurance-médicaments, les fonds d'investissement de travailleurs ou la loi anti-scab. «Ma fierté d'être Québécois, je l'ai sentie très forte en voyant comment les gens du Canada anglais admiraient ce qui se fait ici.»
La vie n'a cependant pas toujours été de tout repos pour les néo-démocrates québécois, reconnaît-il, allant même jusqu'à parler de la «traversée du désert» des années 1990. «Il fallait y croire en maudit pendant certains bouts. Il y avait plein de frustration chez les membres du Québec en raison de l'ambiguïté sur la question nationale.»
Les souverainistes de la région ne cessent d'ailleurs de lui remettre sur le nez l'appui du caucus néo-démocrate à la loi sur la clarté. Déclarations officielles à l'appui, Ducasse, de son côté, souligne le changement de ton survenu depuis l'arrivée de Jack Layton: reconnaissance du Québec comme nation — «ce qui va au-delà de la société distincte» —, fédéralisme coopératif dans le respect des compétences des provinces et droit de retrait avec pleine compensation, remise en question de la loi sur la clarté, etc. «Il y a tellement de politiciens qui ont fait des carrières en tirant profit de la division sur la question nationale. Nous avons une approche différente, celle de la main tendue», plaide M. Ducasse.
Au-delà du nationalisme, c'est surtout son discours économique original qu'il a mis en avant pendant le Congrès à la chefferie, au terme duquel il a d'ailleurs été honoré du titre de «révélation du NPD». Apôtre du développement local, il critique la propension de la gauche à vouloir tout confier à l'État-providence: «Les solutions ne viennent pas toutes d'en haut. Il faut faire confiance aux communautés et développer des alternatives économiques.»
Au cours de la présente campagne, il a d'ailleurs appris qu'une coopérative de citoyens s'était formée pour acheter la succursale d'une banque de Fermont. «C'est cela, mon projet de société! C'est mauditement intéressant», s'exclame le candidat, qui ne fait pas dans la langue de bois.
Faire campagne avec ses économies
En novembre dernier, Pierre Ducasse quittait son emploi de directeur de la Table nationale des Corporations de développement communautaire du Québec, à Drummondville. Sans salaire, sans chômage, il revient dans son coin de pays et gruge ses économies pour faire campagne à plein temps.
Comme beaucoup de jeunes de la région, il s'est souvent expatrié, que ce soit pour étudier (il détient une maîtrise de sciences politiques à l'Université Laval) ou pour travailler. «Quand j'ai pris la décision de me présenter, il n'y avait aucun doute que ce serait ici.»
La région a selon lui été «délaissée par les libéraux», citant à l'appui le trou noir pour les travailleurs saisonniers à l'assurance-emploi, la nécessité de relier Port-Cartier et Matane par un traversier-rail et de prolonger la route 138 pour rejoindre une quinzaine de villages au nord de Natashquan. «Le Bloc, il a fait son possible, mais nos dossiers n'avancent pas. Pourquoi ne pas faire un coup d'éclat et élire le NPD?», poursuit-il.
Des croûtes à manger
Il a encore des croûtes à manger pour convaincre ses électeurs. Lorsqu'on considère les résultats de 2000 transposés sur la nouvelle carte électorale — Manicouagan englobe maintenant une partie de Charlevoix et de l'Abitibi —, le tableau est d'un bleu vif. Le Bloc québécois y avait récolté 58 % des suffrages, loin devant les libéraux (30 %). Le candidat néo-démocrate de l'époque s'en tirait avec moins de 2 %. «Nous sommes en construction, je laisse les chiffres dans le classeur», réplique le candidat, qui avait récolté seulement 4 % des suffrages lors de sa première tentative en 1997.
Pour un parti qui compte habituellement sur l'appui des syndicats, le NPD est plutôt mal servi dans la région. «Cela a l'air d'un candidat travaillant. Mais c'est un des comtés les plus souverainistes au Québec. Il part avec deux prises contre lui», affirme le président du Conseil central de la Côte-Nord de la CSN, Gilles Belzile. «Les syndicats ont toujours donné beaucoup d'aide au Bloc; cette année cela ne devrait pas être différent», renchérit le permanent régional de la FTQ, Alain Jalbert. Les syndicats s'abstiennent cependant d'appuyer formellement le Bloc québécois.
«On pense que M. Ducasse peut avoir un peu plus de votes qu'aux dernières élections, à cause du mécontentement envers les libéraux», reconnaît l'actuel député bloquiste de Charlevoix, Gérard Asselin, qui brigue maintenant les suffrages dans Manicouagan.
S'il voulait démontrer qu'il est «un vrai Québécois» et un «vrai nationaliste», Pierre Ducasse n'avait «qu'à prendre une carte du Bloc et se présenter à la convention contre moi», ajoute le bloquiste, soulignant qu'à l'instar du Bloc, les néo-démocrates sont confinés à l'opposition éternelle.
Après le dernier référendum, le jeune homme, qui milite au NPD depuis l'âge de 17 ans, a pris un temps de réflexion pour choisir sa bataille: la souveraineté ou la social-démocratie? «Le fait que je sois encore au NPD montre bien ma réponse», affirme le candidat, qui s'était brillamment illustré lors de la course au leadership de son parti l'an dernier.
«Tant que les Québécois n'auront pas pris une autre décision, je veux travailler à bâtir un Canada social-démocrate. Je ne veux pas que le Québec se réfugie dans un rôle de défense quand on a tellement à contribuer», fait valoir le jeune politicien de 31 ans natif de Sept-Îles.
Le modèle québécois
Lors de la course à la direction, il a d'ailleurs été étonné par la rareté des questions sur le nationalisme québécois alors que tous l'interrogeaient sur les particularités du modèle québécois, que ce soit les garderies, l'assurance-médicaments, les fonds d'investissement de travailleurs ou la loi anti-scab. «Ma fierté d'être Québécois, je l'ai sentie très forte en voyant comment les gens du Canada anglais admiraient ce qui se fait ici.»
La vie n'a cependant pas toujours été de tout repos pour les néo-démocrates québécois, reconnaît-il, allant même jusqu'à parler de la «traversée du désert» des années 1990. «Il fallait y croire en maudit pendant certains bouts. Il y avait plein de frustration chez les membres du Québec en raison de l'ambiguïté sur la question nationale.»
Les souverainistes de la région ne cessent d'ailleurs de lui remettre sur le nez l'appui du caucus néo-démocrate à la loi sur la clarté. Déclarations officielles à l'appui, Ducasse, de son côté, souligne le changement de ton survenu depuis l'arrivée de Jack Layton: reconnaissance du Québec comme nation — «ce qui va au-delà de la société distincte» —, fédéralisme coopératif dans le respect des compétences des provinces et droit de retrait avec pleine compensation, remise en question de la loi sur la clarté, etc. «Il y a tellement de politiciens qui ont fait des carrières en tirant profit de la division sur la question nationale. Nous avons une approche différente, celle de la main tendue», plaide M. Ducasse.
Au-delà du nationalisme, c'est surtout son discours économique original qu'il a mis en avant pendant le Congrès à la chefferie, au terme duquel il a d'ailleurs été honoré du titre de «révélation du NPD». Apôtre du développement local, il critique la propension de la gauche à vouloir tout confier à l'État-providence: «Les solutions ne viennent pas toutes d'en haut. Il faut faire confiance aux communautés et développer des alternatives économiques.»
Au cours de la présente campagne, il a d'ailleurs appris qu'une coopérative de citoyens s'était formée pour acheter la succursale d'une banque de Fermont. «C'est cela, mon projet de société! C'est mauditement intéressant», s'exclame le candidat, qui ne fait pas dans la langue de bois.
Faire campagne avec ses économies
En novembre dernier, Pierre Ducasse quittait son emploi de directeur de la Table nationale des Corporations de développement communautaire du Québec, à Drummondville. Sans salaire, sans chômage, il revient dans son coin de pays et gruge ses économies pour faire campagne à plein temps.
Comme beaucoup de jeunes de la région, il s'est souvent expatrié, que ce soit pour étudier (il détient une maîtrise de sciences politiques à l'Université Laval) ou pour travailler. «Quand j'ai pris la décision de me présenter, il n'y avait aucun doute que ce serait ici.»
La région a selon lui été «délaissée par les libéraux», citant à l'appui le trou noir pour les travailleurs saisonniers à l'assurance-emploi, la nécessité de relier Port-Cartier et Matane par un traversier-rail et de prolonger la route 138 pour rejoindre une quinzaine de villages au nord de Natashquan. «Le Bloc, il a fait son possible, mais nos dossiers n'avancent pas. Pourquoi ne pas faire un coup d'éclat et élire le NPD?», poursuit-il.
Des croûtes à manger
Il a encore des croûtes à manger pour convaincre ses électeurs. Lorsqu'on considère les résultats de 2000 transposés sur la nouvelle carte électorale — Manicouagan englobe maintenant une partie de Charlevoix et de l'Abitibi —, le tableau est d'un bleu vif. Le Bloc québécois y avait récolté 58 % des suffrages, loin devant les libéraux (30 %). Le candidat néo-démocrate de l'époque s'en tirait avec moins de 2 %. «Nous sommes en construction, je laisse les chiffres dans le classeur», réplique le candidat, qui avait récolté seulement 4 % des suffrages lors de sa première tentative en 1997.
Pour un parti qui compte habituellement sur l'appui des syndicats, le NPD est plutôt mal servi dans la région. «Cela a l'air d'un candidat travaillant. Mais c'est un des comtés les plus souverainistes au Québec. Il part avec deux prises contre lui», affirme le président du Conseil central de la Côte-Nord de la CSN, Gilles Belzile. «Les syndicats ont toujours donné beaucoup d'aide au Bloc; cette année cela ne devrait pas être différent», renchérit le permanent régional de la FTQ, Alain Jalbert. Les syndicats s'abstiennent cependant d'appuyer formellement le Bloc québécois.
«On pense que M. Ducasse peut avoir un peu plus de votes qu'aux dernières élections, à cause du mécontentement envers les libéraux», reconnaît l'actuel député bloquiste de Charlevoix, Gérard Asselin, qui brigue maintenant les suffrages dans Manicouagan.
S'il voulait démontrer qu'il est «un vrai Québécois» et un «vrai nationaliste», Pierre Ducasse n'avait «qu'à prendre une carte du Bloc et se présenter à la convention contre moi», ajoute le bloquiste, soulignant qu'à l'instar du Bloc, les néo-démocrates sont confinés à l'opposition éternelle.
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