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Les grandes villes à la solde des libéraux?

Antoine Robitaille   12 juin 2004  Canada
Si tant de maires des plus grandes villes canadiennes ont pourfendu le Parti conservateur depuis quelques jours — le maire Campbell de Vancouver allant jusqu'à les traiter de «barbares» —, c'est qu'ils ont des «affiliations politiques claires» et participent à «l'agenda de certains partis fédéraux», principalement le Parti libéral. C'est ce qu'a déclaré hier au Devoir le candidat-vedette du Parti conservateur dans Ahuntsic, Jean Fortier. Ce dernier, qui a été président du comité exécutif de la Ville de Montréal sous Pierre Bourque dans les années 90, a entre autres pointé le maire Gilles Vaillancourt, de Laval, reconnu pour ses affinités libérales.

Ce ne sont pas uniquement les épithètes malveillantes qui mettent M. Fortier en colère mais la «nouvelle conception» des villes canadiennes, lesquelles cherchent à se présenter comme des «entités en soi» et non plus comme des créatures des provinces. Cela transpire des principes de la «nouvelle entente» que les maires réclament instamment depuis des mois et qu'ils ont encore une fois demandée solennellement dans une «déclaration» rendue publique hier à Montréal, à la clôture du Forum national sur la croissance économique des grandes villes du Canada. Le chef libéral Paul Martin est d'ailleurs venu en personne leur promettre une fois de plus hier, une fois réélu, de «s'asseoir pour conclure» une telle entente qui procurerait aux villes une «source de revenus stable», des «revenus de croissance».

Or «la raison pour laquelle les municipalités et les provinces en général ont des difficultés, c'est parce qu'il y a un profond déséquilibre fiscal au Canada», a déclaré Jean Fortier, qui dit refléter ainsi la position officielle de son parti et de son chef Stephen Harper. Selon M. Fortier, le problème, c'est que «le fédéral ne donne pas l'argent qui est dû aux provinces, lesquelles ne peuvent que retourner bien peu aux municipalités; c'est aussi simple que ça». Selon lui, les libéraux tentent de refaire avec les villes ce qu'ils ont fait dans les domaines de la santé et de l'éducation: «Ils mettent de l'argent au frigo, puis, lors des élections, ils débarquent dans un domaine de compétence provinciale», a dit M. Fortier. «Regardez ce qu'ils font dans les garderies. C'est complètement ridicule.» Si le fédéral franchissait ce pas avec les villes, selon lui, cela signifierait qu'il finirait par «être contraint de faire du micro-management dans les municipalités». M. Fortier dit que lorsqu'il travaillait à Infrastructures Québec, il a vu le fédéral «s'impliquer de façon excessive». Pour une raison simple: «Une fois qu'on donne de l'argent, il faut surveiller, et une fois qu'on surveille, on contrôle selon nos critères.» Et c'est pourquoi il appuie la position de son parti, qui consiste à mettre presque fin au programme d'infrastructures. Aussi, il précise qu'un gouvernement conservateur verserait de 30 à 50 % des taxes d'accise aux provinces afin qu'elles les remettent aux villes. «Et après ça, lorsqu'on aura mis fin au déséquilibre fiscal, les provinces auront une marge de manoeuvre suffisante pour mieux financer les villes.»

M. Fortier insiste sur le fait que l'argent «perçu en trop» par le fédéral doit retourner aux municipalités uniquement par le truchement des provinces, «les seules à avoir compétence en cette matière». Mais cela ne nous ramène-t-il pas, comme l'affirmait hier encore le maire de Toronto, David Miller, à la Constitution de 1867, une époque où plus de 80 % des habitants du pays vivaient à la campagne? «Ben voyons donc!», s'exclame Jean Fortier. «Qui a donc permis aux maires de modifier la Constitution canadienne?»

Sur cette question, notons que le Bloc québécois est totalement d'accord avec le Parti conservateur. «Y a-t-il une constitution dans ce pays?», s'interrogeait le député bloquiste Yvan Loubier hier devant les ambitions du fédéral dans le domaine municipal. M. Loubier a par ailleurs tenu à condamner vivement «l'épithète révoltante de "barbares"» utilisée par le maire Campbell à l'endroit des conservateurs. Le problème des villes, c'est le déséquilibre fiscal, a-t-il déclaré. «Si on commence à créer implicitement un autre ordre de gouvernement, on ne pourra plus gérer ce pays», a-t-il dit.






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