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Le général Harper

Fin stratège et idéologue... pragmatique

Manon Cornellier   12 juin 2004  Canada
Stephen Harper
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper
Ottawa — S'il fallait le comparer à une pièce de jeu d'échecs, le chef conservateur Stephen Harper prendrait sans contredit les allures du roi noir, celui qui attend que son adversaire fasse le premier geste pour ensuite mieux percer ses défenses et profiter de ses faiblesses.

Il n'a pas manqué de le faire durant cette campagne et, après seulement trois semaines de course, le voilà au sommet des sondages. Stephen Harper, premier ministre, ce n'est plus une hypothèse farfelue. Le sondage Ekos, publié dans La Presse et le Toronto Star hier, montre que le Parti conservateur (33,8 %) a devancé les libéraux (30 %) et que M. Harper pourrait se retrouver à la tête d'un gouvernement minoritaire, sinon majoritaire.

Ceux qui le connaissent sont davantage ravis que surpris par la campagne sans bavure qu'il a menée. «Il planifie à l'avance. Il est le genre de général que vous voudriez avoir pour mener une bataille. Quand il examine le terrain, il est capable d'identifier les forces et les faiblesses des différents camps, de cerner la direction d'ensemble et de trouver la façon d'arriver au but sans s'embarrasser des menus détails», raconte Jim Silye, un ancien député réformiste qui est retourné aux affaires en 1997.

M. Harper n'est pas un leader charismatique qui électrise les foules. «Il est affable et de compagnie agréable, mais ce n'est pas lui qui va faire lever un party», rigole M. Silye. Réservé, il sourit peu et refuse de se plier aux diktats des faiseurs d'images.

Âgé de 45 ans, il est né et a grandi à Toronto avant de prendre le chemin de Calgary où il a travaillé brièvement comme analyste-programmeur pour ensuite étudier l'économie.

Passionné de politiques publiques, il travaille ensuite à Ottawa pour le député conservateur Jim Hawkes, mais l'assainissement des finances publiques ne va pas assez vite à son goût et il ne digère pas l'attribution du contrat d'entretien des CF-18 à Bombardier plutôt qu'à Bristol, de Winnipeg.

De retour à Calgary, sa route croise celle de Preston Manning. Ce dernier raconte avoir demandé au professeur Robert Mansell de lui référer son étudiant le plus brillant afin de l'aider à élaborer le programme du Parti réformiste alors en gestation. Le nom de Stephen Harper, qui affiche des notes parfaites, surgit aussitôt.

M. Harper pilotera l'élaboration des politiques et sera candidat réformiste contre M. Hawkes en 1988. Défait, il se retrouve à Ottawa un an plus tard pour assister la première députée réformiste, Deborah Grey. En 1993, il tente sa chance de nouveau et devient député. Il se verra confier le dossier constitutionnel et mettra en avant la «stratégie 20/20» du parti, qui préconise 20 réformes favorables aux provinces et 20 conditions à la séparation du Québec, des idées qui inspireront la Loi sur la clarté.

Mais après seulement un mandat, il quitte le parti à la suite d'un désaccord avec Preston Manning sur la nature populiste du parti. Il prend alors la direction de la Coalition nationale des citoyens, un groupe en faveur de la diminution de la taille de l'État et de la démocratie directe.

S'il se tient loin de l'Alliance canadienne dirigée par Stockwell Day, il est rapidement sollicité pour prendre la relève de ce chef gaffeur et socialement conservateur. Il remporte la course au leadership en 2002 et rétablit l'unité du parti et du caucus. Puis, en 2003, il parvient, avec le chef progressiste-conservateur Peter MacKay, à mettre fin à la division de la droite. En décembre, le nouveau Parti conservateur voit le jour et, en mars dernier, il en prend la direction.

Au fil de toutes ces années, la vision de Stephen Harper a peu changé car une autre de ses caractéristiques est la cohérence intellectuelle, comme en témoignent les nombreux textes qu'il a écrits. M. Harper est un apôtre du conservatisme fiscal qui croit aux lois du marché, à un gouvernement non interventionniste, à un fardeau fiscal réduit afin de laisser le citoyen libre de ses choix. Défenseur de la famille, il préfère soutenir celle-ci à travers le système fiscal.

Selon lui, le gouvernement fédéral devrait se concentrer sur ses tâches prioritaires, comme l'économie, la politique monétaire, la défense, le commerce, l'immigration et la politique étrangère, et laisser aux provinces le soin de gérer leurs secteurs. Il serait prêt cependant à invoquer la Constitution pour forcer les provinces à éliminer les barrières au commerce interprovincial, une idée reprise dans son programme.

Sa volonté de respecter la lettre de la Constitution tout en atténuant le rôle de l'État-providence est particulièrement évident en santé. Durant cette campagne, il parle presque toujours du maintien d'un système d'assurance santé universel plutôt que d'un système public de santé. «Peu importe qui fournit les soins de santé, ce qui compte, c'est qui peut y avoir accès», disait-il le 10 mai dernier. Il est ouvert à des fournisseurs privés comme publics pourvu que l'accès soit universel et gratuit quand celui-ci est médicalement nécessaire. Il revient aux provinces de décider des méthodes de livraison de services, pas à Ottawa, écrivait-il dans le National Post en juin 2001.

En matière de politique étrangère, il serait plus prompt à soutenir les États-Unis, comme il l'a montré durant la guerre en Irak l'an dernier. Il prétend maintenant qu'il parlait d'offrir un appui moral, nos forces étant trop maigres pour faire une contribution. Pourtant, il écrivait en mars 2003, dans le Globe and Mail, que la décision du Canada de ne pas se joindre à la coalition était «une grave erreur».

Le conservatisme social ne l'intéresse pas de prime abord. «C'est la route la plus dangereuse pour le conservatisme», disait-il en 1997, dans une entrevue au Toronto Star. Mais devenu chef en 2002, il doit ménager son aile radicale et, dans un texte très élaboré publié en juin 2003 dans le très conservateur Report Newsmagazine, il souligne la nécessité pour les conservateurs fiscaux et sociaux de faire cause commune contre le «relativisme, la neutralité et l'équivalence morale» de la gauche moderne.

«Nous n'avons pas besoin de redéfinir radicalement le conservatisme, mais il nous faut modifier l'équilibre entre les aspects sociaux et les aspects économiques qui ont toujours existé», écrivait-il. Et d'ajouter: «Rééquilibrer le programme des conservateurs exigera qu'on fasse preuve d'un jugement politique prudent. D'abord, le choix des questions à traiter devra se faire prudemment. Ainsi, le choix des enjeux à caractère social que nous déciderons d'aborder ne devra pas se faire sur une base confessionnelle mais unir l'ensemble des conservateurs [...] Ensuite, nous devons comprendre que les gains réels sont inévitablement progressifs.» Selon lui, toute approche autre que graduelle serait vouée à l'échec en démocratie.

Les questions morales ont toujours hanté le Reform et l'Alliance, et M. Harper n'a pu y échapper depuis la deuxième semaine de campagne, ce dont se sont servis les libéraux pour l'attaquer. Fidèle à ses positions passées, il a dit que son gouvernement ne changerait rien à la situation actuelle en matière d'avortement ou de peine de mort mais, advenant le dépôt d'un projet de loi d'un député, le vote serait libre.

Il va plus loin lorsqu'il est question des droits des homosexuels. À Toronto, jeudi, il disait que l'État n'a pas à se mêler de ce que font deux adultes consentants mais ajoutait que l'orientation sexuelle n'était pas inscrite dans la Charte. Selon lui, il revient aux élus et non aux tribunaux d'en décider. Par conséquent, il promet un vote libre sur un projet de loi rétablissant la définition traditionnelle du mariage, qu'il favorise. Il ne s'oppose pas cependant à la reconnaissance d'une union civile entre conjoints de même sexe.

Stephen Harper tendait la main aux conservateurs progressistes lors de sa victoire en mars et, depuis le début de la campagne, il cherche à projeter une image rassurante et modérée. Les libéraux l'accusent de cacher son jeu. Jim Silye proteste avec véhémence. «Il n'a pas changé ses positions mais a appris à mieux les présenter», dit-il.

En somme, Stephen Harper est un idéologue... pragmatique. Un homme calme, imperturbable et aux idées claires qui connaît son programme à fond tout comme son plan de campagne. S'il les maîtrise, c'est parce que ce sont les siens. Voilà un atout important quand l'adversaire, lui, cherche encore la meilleure manoeuvre pour éviter d'être mis échec et mat.
 
 
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  • jacques langlois
    Inscrit
    samedi 12 juin 2004 09h45
    Une CIA canadienne
    Deja la police et l armée canadienne sont sous la gouverne des agences de renseignements des États Unis et ce depuis la guerre de 1939-1945 .

    Une CIA canadienne ne serait qu un autre truc pour faire disparaître des milliards dans le plus grand secret , secret d'Ètat bien sûr .

    À côté de ce projet, les commandites et le contrôle des armes a feu sont de la petite bière. .Avez vous idee de ce que coûte une agence de renseignements comme la CIA et a quoi ça sert dans la vraie vie .

    Bonne journée.

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