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Commandites: Martin veut maintenant protéger Chrétien, croient les bloquistes

9 juin 2004  Canada
Québec — Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a accusé hier le premier ministre, Paul Martin, d'être moins déterminé à faire la lumière sur le scandale des commandites depuis qu'il a appelé l'entourage de Jean Chrétien à la rescousse de sa campagne.

Dans une entrevue télévisée diffusée lundi, M. Martin est revenu sur une déclaration qu'il avait faite en février, à savoir que le scandale ne pouvait être le résultat que d'une «direction politique».

«Non, a soutenu le chef libéral lundi. J'ai dit qu'il devait y avoir eu une direction, mais que je n'étais pas certain d'où elle venait.»

Dans la même entrevue, Paul Martin a aussi admis que le public n'avait «pas encore obtenu les réponses» qu'il cherchait sur l'origine du scandale. «Cela va prendre beaucoup de temps», a précisé le premier ministre, en laissant entendre qu'il pourrait s'agir d'années.

Hier, M. Duceppe a fait un lien entre ces déclarations de son opposant libéral et le retour en force des fidèles de l'ex-premier ministre Jean Chrétien dans la campagne.

«Au moment où il fait cet aveu, il appelle Jean Chrétien à la rescousse», a affirmé hier le chef bloquiste, lors d'un point de presse tenu dans un hôtel de Sainte-Foy. «On demande aux troupes et aux amis de M. Chrétien de revenir pour aider la campagne libérale, alors moi je pense qu'il y a un lien entre les deux.»

Les stratèges bloquistes prétendent qu'en diminuant soudain les attentes à l'égard du scandale des commandites, les libéraux tentent de «protéger» leur ancien chef. Ce dernier s'apprête d'ailleurs à demander à la Commission d'enquête publique sur les commandites, présidée par le juge John Gomery, le droit de contre-interroger des témoins.

«Lorsque M. Martin parlait de direction politique [...], cela veut dire qu'il y a des ministres qui savaient, a lancé Gilles Duceppe. Or, au moment où le scandale se produit, la direction, elle est exercée par Jean Chrétien.»

Une fois de plus, le chef du Bloc a sommé le premier ministre de s'expliquer davantage sur le scandale. Si M. Martin ne le fait pas, cela voudra dire qu'il a «exactement la même attitude que Jean Chrétien», a ajouté M. Duceppe.

«Quel que soit l'état de sa campagne, quelle que soit l'invitation faite à M. Chrétien et à ses alliés de participer à cette campagne, M. Martin a le devoir de faire la lumière et de dire ce qu'il savait quand il nous a dit qu'il savait, le 12 février dernier, qu'il y avait une direction politique. [...] Il a jusqu'au 28 juin.»

On a appris lundi que l'enquête criminelle de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sur le scandale des commandites avait coûté 1,3 million de dollars aux contribuables depuis son ouverture, en mai 2002.

Jusqu'ici, l'ancien directeur du programme des commandites, Charles Guité, et le président de la firme Groupaction, Jean Brault, ont été accusés de fraude et de complot pour fraude dans l'affaire, tandis que Paul Coffin, de Coffin Communication, a été inculpé de fraude.

En février, un rapport de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, confirmait qu'une poignée de firmes de publicité proches des libéraux fédéraux ont touché quelque 100 millions des 250 millions de dollars dépensés dans le programme des commandites, dont le but principal était d'accroître la visibilité d'Ottawa au Québec dans la foulée du référendum de 1995. Dans certains cas, des agences ont reçu des chèques fédéraux en effectuant peu ou pas de travail.

L'enquête parlementaire menée cet hiver a permis de constater que le cabinet du premier ministre, le ministère des Travaux publics et plusieurs sociétés d'État ont été impliqués dans l'affaire, de près ou de loin.






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